Mélanie Pain + Beaty Heart @La Flèche d’Or, Vendredi 11 avril

Mélanie Pain

Beaty Heart ouvre le bal d’une soirée placée sous le signe de la pop bigarrée. Bigarrée, oui, avec ces anglais jouant dans la cour de Vampire Weekend sans pour autant opérer à une vulgaire décalcomanie sans intérêt. Car le trio se distingue par cette empreinte dans le territoire défriché auparavant par Paul Simon avec « Graceland », initiateur de la rencontre pop et la world music, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, dans la jungle « Ryderienne » des Happy Mondays, éminent groupe mancunien 90′s. Les rythmes sont marqués et invitent clairement à danser, à la manière d’une mini Hacienda (sans les acides). Multi-instrumentistes et touche-à-tout manifestement doués, les Beaty Heart s’échangent les postes et parviennent à insuffler suffisamment de bonnes ondes pour entraîner le public parisien venu majoritairement voir l’un des secrets les mieux gardés de la pop française : Mélanie Pain.

Justement, il y a une recette Mélanie Pain comme il peut y avoir une recette Émilie Simon. Cette pop expérimente, défriche, sans pour autant tomber dans l’inaccessible. Elle m’évoque parfois (j’avoue je suis allé chercher loin) la dactylographie sonore de The Great Escape de Blur avec les petits solis de synthés parsemant les morceaux de touches analogiques insolites. La mixture est judicieuse et le trio parfaitement en place (chant/clavier, guitare/clavier, batterie/choeurs), résumant l’image de la famille (recomposée) idéale. Alternant l’anglais et le français avec des figures souples et synchronisées, Mélanie envisage ses chansons avec le souci de l’arrangement intelligent en évitant l’écueil du formatage radiophonique calibré pour plaire à la veuve, l’orphelin et le chaland du samedi après-midi chez Carrefour. Comme pour souligner ce plateau idéal, coïncidence ou pas, on notera l’excellent « Bye Bye Manchester » en guise d’amuse bouche.

Playlist « Beginning Spring 14″

 

Beginning spring

Arrivé prématurément cette année, le printemps a ouvert une brèche à quelques chansons délicieuses, à écouter tranquillement entre chien et loup, ou à savourer égoïstement dans son casque alors que le gris parisien, stagnant du ciel au béton, semble s’ouvrir partiellement à quelques nuances de bleu et à quelques pics d’ensoleillement. Allant puiser dans la pop du nouveau Foster The People ou l’élégance de Frànçois & The Atlas Mountains, cette playlist dévoile quelques curiosités indés (Bombay Bicycle Club ou Elysian Fields), les prémices d’une collaboration originale entre JB Dunckel (Air) et Bardi Johanssson (Bang Gang) avec le projet Starwalker et le retour des meilleurs « sons of » de l’année avec Wild Beasts, dont nous avions partagé les louanges ces colonnes. Alors, let’s beginning spring !

Wild Beasts – Perfect Tense (2014)

Wild Beasts - Perfect Tense (2014)

Sans crier gare, les rejetons de Mark Hollis et Martin L. Gore se sont pointés, pas plus tard que le mois dernier, dans les bacs et sur toutes les plateformes de streaming et de téléchargement. Auréolés de retours critiques plus qu’enthousiastes avec leur nouvel album (« Perfect Tense »), les anglais de Wild Beasts chassent sur les terres délaissées de Talk Talk et parviennent à sublimer un genre que l’on croyait perdu ou enfoncé dans les méandres du très fourre-tout dubstep. Dès les premières secondes de « Wanderlust », on entend ces sonorités new wave que l’on jurerait appartenir aux années 80 de « Music For The Masses ». En évitant l’écueil de la pâle copie, c’est avant tout des compositions bien ficelées, d’une belle richesse harmonique qui parviennent à toucher la corde sensible (l’atmosphère sublime de « Mecca » sonnant comme un classique) sans jamais la briser. Peut-être qu’à un moment, on adorerait que les chevaux s’emballent, débloquant ainsi une machine calée sur un rythme lent et profond… Certains sonorités s’approchent des prémices indus chères au Depeche Mode de « Some Great Reward » (« Daughters ») et apportent ce qu’il faut pour nous tenir à distance. Impromptu, « A Simple Beautiful Truth » vient rompre momentanément avec l’introspection pour flirter avec un déhanché pop réservé (on se lance quelques instants puis, par timidité, on rejoint notre table avant de se plonger dans l’amusement des autres). Les titres de ce nouvel album forment un noyau dur où la tension est mesurée, où chaque seconde compte… Le processus est messianique et l’élégance d’une pureté admirable.

Lo-Fang – Look Away (2014)

Lo-Fang_Blue Film (2014)

Au grès de déambulations nocturnes sur les plateformes de streaming s’échappent parfois quelques jolis moments de pureté, de grâce et de simplicité qui finissent par tourner en boucle. Aujourd’hui, c’est la musique d’un dénommé Lo-Fang, jeune californien proposant une folk à cheval entre Anthony & The Johnsons ou David Kitt. Mais il est difficile d’être hyper catégorique sur les références… Parfois on jurerait entendre le timbre de Lightburn Murray (The Dears) quand tout à coup d’échappent des rythmes électroniques dubstep parfaitement ancrés dans l’époque (Y voir le fantôme de James Blake?). Sorti fin février sur l’excellent label 4AD, l’album « Blue Film » est très réussi, surprenant parfois et révélant des hits indés, en témoigne le céleste « Look Away ».

Twenty Feet From Stardom (2013)

Twenty-Feet-From-Stardom-Documentaire

Tout juste auréolé de l’Oscar du Meilleur Documentaire, le film « Twenty Feet From Stardom » s’est penché sur le métier de choriste, trop souvent occulté au profit du vedettariat certes évident des acteurs principaux (chanteurs, musiciens…). A travers le portrait de la crème des choristes américaines (dont l’extraordinaire Lisa Fischer, choriste attitrée des Rolling Stones depuis la tournée Voodoo Lounge de 1995), le documentaire s’attache à rétablir une vérité : sans ces voix exceptionnelles, quelques unes des plus grandes chansons rock, soul ou pop ne seraient probablement pas aussi réussies. De Ray Charles aux Stones en passant par Sting ou Bruce Springsteen, tous s’accordent à rendre hommage à ces grandes voix qui, malgré ce don miraculeux, ne parvinrent pas à s’imposer en tant qu’artistes « solos ». Encartée « choristes », peu réussirent à gravir les marches de la célébrité avec leur propre univers, leurs propres chansons… Mais, ce qu’il reste à travers l’histoire mise en scène par Morgan Neville, c’est une décharge émotionnelle d’une incroyable intensité servie par des voix et des personnalités exceptionnelles. En traçant leurs parcours respectifs, Darlene Love, Merri Clayton, Claudia Lennear ou Lisa Fisher délivrent une belle déclaration d’amour à la musique et offrent un plaisir indicible, celui d’un bonheur immédiat qui ravira, à n’en point douter, toutes les sensibilités musicales. Pour l’éternité, ce moment a capella avec Lisa Fischer, dont je ne vous ferai pas l’affront, chères lectrices, chers lecteurs, d’y apporter quelques éclaircissements, restera gravé dans le marbre d’un coeur amoureux. À découvrir absolument, ces « Oscars du premier rôle de la musique » !

Damon Albarn – Lonely Press Play (2014)

Damon Albarn

L‘insatiable Damon Albarn, éminent personnage de la pop music britannique, vient surprendre son monde avec un album solo à paraître le 28 avril  prochain (« Everyday Robots »). Alors que la masse des fans de Blur attendaient un hypothétique nouvel album… 10 ans après un « Think Tank », certes très réussi mais amputé du guitariste et autre tête pensante Graham Coxon, c’est un opus épuré, au tempo lent et rompant radicalement avec les dernières productions de Gorillaz, qui viendra accompagner le passage au printemps.

Sur ce nouvel extrait (« Lonely Press Play »), on retrouve un aperçu de l’inspiration du londonien, entre mélodies et sonorités à la fois plongées dans la ville et dans un espace-temps harmonique que l’on jurerait échappé d’un petit coin de La Havane. Une première étape au grès d’un vent léger que l’on sent venir… doucement.

Tiyan – Doctor Danger (2014)

Tiyan

Quelques semaines avant la sortie de son nouvel E.P, Tiyan lance « Doctor Danger », un premier single pop aussi efficace que soigné, dans ses arrangements et dans sa production. Objet d’une expérience anatomique pour le moins loufoque, mis (presque) à nu et sous l’emprise d’un docteur tenant ici sa vengeance (on soupçonnerait presque une sortie parfaitement calée avec la journée de la femme… 8 mars 2014), l’impassible Tiyan parvient à créer l’adhésion par une simplicité mélodique et une combinaison parfaitement équilibrée entre chanson et traitement synthétique aux petits oignons. Vite, la suite !

Ah, j’allais oublier, la vidéo a été réalisée par Claustr&Phobia, un duo de réalisatrices qui monte…

 
 

 

La cover de la semaine #1

The Rolling Stones

Keith Richards deux séances studio d’Exile On Main Street (1972)

Death In Vegas

Richard Fearless de Death In Vegas dans son home studio

 

Après l’écoute du CD n°2 de l’édition Deluxe de l’indispensable « Exile On Main Street » des Rolling Stones, je tombe sur le morceau « So Divine (Aladdin Story) » en plage 6. Quelques dizaines de secondes après le début de cette rareté des insatiables Glimmer Twins, je reconnais immédiatement l’excellent « Aladdin’s Story » de Death In Vegas sur l’album « Contino Sessions » sorti en 1999. Bien exécutée, avec la nonchalance que l’on connait de Richard Fearless et Tim Holmes quand ils s’éprenaient de savants mélanges de rock, de musique électronique et de toutes sortes de samples récoltées ça et là dans leurs périgrinations nocturnes dans les clubs anglais (notamment sur l’album « Dead Elvis »), la reprise est parfaite pour annoncer un début de soirée sur fauteuil cigare. Donc, voilà la première cover de l’année 2014 mise en lumière (tamisée) !

The Rolling Stones, « So Divine (Aladdin’s Story) »

Death In Vegas, « Aladdin’s Story »

Top 15 de l’année 2013

Top 15 de l'année 2013

Notre équipe, après de longues discussions, s’est enfin décidée à partager son Top 15 de l’année musicale 2013. Au départ, nous nous étions mis d’accord sur 10 albums clôturant une bon cru 2013 mais il s’est avéré que la liste des bonnes surprises s’allongeait dès que nous évoquions le nom d’un artiste qui a marqué ces douze derniers mois. Alors, c’est 15 albums, entre valeurs sûres, come back impromptu et curiosités prometteuses, que nous avons classé, non sans débat houleux, dans ce top définitif.

1- David Bowie – The Next Day
2- Daft Punk – Random Access Memories
3- Arcade Fire – Reflektor
4- Jackson And His Computer Band – Glow
5- The Strokes – Comedown Machine
6- Etienne Daho – Les Chansons De L’innocence Retrouvée
7- Disclosure – Settle
8- Emiliana Torrini – Tookah
9- Travis – Where You Stand
10- Of Montreal – Lousy With Sylvianbriar
11- Depeche Mode – Delta Machine
12- The Polyphonic Spree – Yes It Is
13- Paul Mc Cartney – New
14- John Grant – Pale Green Ghosts
15- Orval Carlos Cibellius – Superforma

 

Iceland Airwaves Festival, Vendredi 1er novembre

Islande

Iceland Airwaves Festival 2013

Nous accusons un peu de retard pour ce compte-rendu du troisième jour de l’Iceland Airwaves Festival… Mais le retour en France a été plus délicat que prévu et les premières heures sur le sol parisien n’ont pas été d’une limpidité phénoménale. Gris, pollution, encombrement dans les transports et mines abbatues viennent s’opposer à la beauté de l’île et son exceptionnelle qualité de vie. Qu’importe, le désir profond est d’y retourner, peut-être en été pour parcourir ce fabuleux territoire où l’océan côtoie le maquis et la montagne avec une étonnante proximité.

John Grant

John Grant @ Kex Hostel 

Premier concert de la journée en « Off Venue » de l’Iceland Airwaves, John Grant dans le hall rustique et à la fois contemporain (à la Berlinoise) du Kex Hostel. La foule est impressionnante, massée devant le petit salon de l’hôtel où se trouve une petite bibliothèque ornée de vieux livres, d’objets hétéroclites et de… vinyles. Après une petite dizaine de minutes d’attente et l’annonce d’une diffusion simultanée sur KEXP Radio Seattle, John Grant s’empare du micro et démarre son set. D’emblée, on est scotché par le son, absolument parfait, restituant magnifiquement la voix et les arrangements du groupe (l’acoustique est précise et confortable). Moment cocasse, alors qu’une dizaine d’enfants sont agglutinés devant la scène (une sortie scolaire probablement), John Grant annonce qu’il va devoir adapter ses paroles et ainsi mettre au placard (ponctuellement) ses bien célèbres « motherfucker ». « GMF » et son « Greatest Motherfucker » se transforme donc en « The Greatest Living Creature »… Suivra la splendide « Marz » (rappelant le meilleur de Scott Walker et Elton John) du non moins splendide « Queen Of Denmark » qui démontre les étonnantes capacités vocales de l’américain. « Pale Green Ghost » et son atmosphère post apocalyptique prend une autre dimension dans ce Kex Hostel transfiguré et prêt à décoller (l’arrangement electro est véritablement adapté à la scène et permet quelques débordements analogiques bienvenues). Délicieux.

Carmen Villain

Carmen VillainKvosin Hotel

Découverte loin d’être renversante, Carmen Villain mêle Velvet Underground et shoegazing anglais. Répétitive, nonchalante (le guitariste avait l’air de s’ennuyer profondément, recroquevillé et prêt à s’endormir sur son tabouret) et souvent poussive, la musique s’encombre dans des tapis de guitares (les mêmes accords grattés où pas grand chose d’intéressant ne ressort. Comme quoi la reconversion top model-artiste est loin d’être chose sûre et heureuse. Aller, on switche vers la Wallonie qui investit la scène du Kvosin Hotel.

Girls In Hawaï

Girls In Hawaï @ Kvosin Hotel

Malgré quelques difficultés liées à des réglages de son, les belges remplissent le contrat et réussissent à donner de l’ampleur à leurs chansons qui sont des moments pop à la fois touchants, enjoués ou dotés d’une énergie rock prenante. Les harmonies vocales des deux chanteurs guitaristes marchent parfaitement et inévitablement, comme leurs aînés de dEUS, on retient une empreinte sonore, une marque de fabrique qui définit . Auteurs d’un troisièmes album particulièrement réussit sorti en cette rentrée 2013 (« Everest »), Antoine Wielemans et sa bande continuent leur bonhomme de chemin reprenant ainsi les rennes d’un projet que l’on attend toujours tous les trois ans, dans les bacs.

Asgeir Trausti.

Ásgeir Trausti @ Kex Hostel

Prodige de la scène islandaise et véritable sensation de l’année en Islande, le jeune Ásgeir Trausti et ses vingt et un printemps trouve sa voie dans la folk de Bon Iver (le mimétisme de la voix est évident) et l’ambiant dubstep de James Blake. Donc pas de surprise malgré un talent véritable et une sincérité dans le propos. La foule est dense dans le salon du Kex Hostel, acquise et désireuse d’approcher celui qui peut rêver d’une carrière internationale à la Sigur Rós (son album « Dýrð í dauðaþögn » a été réinterprété en anglais). Retranché derrière sa guitare ou son clavier, l’islandais enchaîne ses chansons sans regarder le public. On le devine introverti, peu confiant en lui malgré l’évidente maîtrise de son art. A suivre !

Mariam The Believer

Mariam The Believer @ Gamla Bío

LA vraie découverte du festival ! La suédoise Mariam dévoile un charisme et une fougue qui servent des chansons pop denses et lorgnant vers la tension scénique que l’on retrouve chez Nick Cave & The Bad Seeds. Diva à la voix mutante, allant de la force au murmure, Mariam dose parfaitement son set, combinant rock puissant, pop et moments apaisés. La veille, elle enflammait La Flèche D’Or à Paris.  On attend un compte-rendu histoire de vérifier l’emballement.

Villagers

Villagers @ Gamla Bío

« Becoming A Jackal » avait eu l’effet d’une bombe lors de sa sortie en 2010. Critiques, fans, l’évident consensus autour de ce premier album n’avait rien d’un buzz ou d’un quelconque enthousiasme démesuré (chose assez récurrente dans la presse ces dernières années).  Songwriter d’exception, Conor J. O’Brien a bien saisi l’essence de la chanson folk et mène Villagers vers les sommets (« Becoming A Jackal » a reçu un Ivor Novello Award de meilleure chanson) tout en s’essayant à la musique électronique que l’on retrouve parsemé dans son récent « Awayland ». Ce deuxième album, bien qu’ambitieux et plus relevé dans l’instrumentation, n’a pas la même constance que le précédent et pêche sur la fin. Sur la scène du Gamla Bíó, les Irlandais sont justes et dosent parfaitement leurs interventions dans le respect de la confection studio. O’Brien, le plus souvent accompagné de sa guitare acoustique, montre qu’il ne cantonne pas son interprétation à la folk et sait exploser quand les chansons virent à une montée rock (l’intense final de « Nothing Arrived »).

Épilogue de Festival

Une clôture de festival en ce qui nous concerne, avec des images, des sons, des chansons et des émotions plein la tête. Après avoir éprouvé un certain nombre d’événements musicaux depuis dix ans, je dois dire que cette expérience islandaise est la meilleure, la plus mémorable, par la qualité de la programmation, par les possibilités d’immersion en musique islandaise, mais surtout par l’exceptionnel cadre et cette ambiance qui règne dans la ville. Reykjavik, ville rock, Reykjavik, ville rêvée, ville de musique, ville de beauté et petit microcosme protégé de la sinistrose et des complaintes européennes. Un must à découvrir une fois avant le trépas.

Iceland Airwaves Festival, Jeudi 31 octobre

Reykjavik

Iceland Airwaves Festival 2013

Deuxième jour de festival, entre des déambulations dans les rues de Reykjavik et un programme bien ficelé dans la très réussie application dédiée au festival. Le temps est ensoleillé et l’ambiance dans la ville toujours aussi propice à l’euphorie.

Première halte au Koffin Café, un peu au hasard dans le off-venue, le groupe islandais My Brother Is Pale, sorte de Muse ressuscité façon Showbiz. Parfaitement comprise, la règle instaurée par Matthew Bellamy continue de faire des petits. Sans surprendre, le groupe réussit parfois à toucher, grâce à une excellente maîtrise de l’instrument mais peine à s’extirper du mimétisme Muse ou Kings Of Leon. L’avant dernière chanson, dont je ne connais le nom, s’avère plus ambitieuse avec une touche electro plutôt bienvenue malgré un lyrisme (trop) exacerbé.

Original Melody

Original Melody @Gamli Gaukurin

Ces gars la n’ont pas l’air de rappeurs, plutôt de bûcherons ou d’étudiants en lettres modernes (en fin de cycle, précisons, et avec quelques années d’endormissement) mais l’habit ne fait pas le MC et ces trois là maîtrisent l’art du flow et leurs solides références old school façon hip-hop 90′s. Des guests (un sax et une chanteuse) accompagneront l’ensemble pour le saupoudrage sexy et la clôture sur un choeur improvisé de potes présents dans la salle… Super instrus et sens du show viendront convaincre le public, captif et sensible au head banging. Bonne pioche d’autant que les lascars n’avaient pas foulé la scène depuis 3 ans !

Tempel

Tempel @Gamla Bíó 

Les quatre suédois nous ramènent vers Mogwaï et un post rock où les guitares tapissent le spectre sonore d’effets et saturations denses. Parfois, on se prend à cette atmosphère qui révèle quelques moments planants, parfaits pour s’approprier les paysages lunaires que dessinent le groupe. La bande originale de film n’est jamais loin et la communion s’apparente à un vaste banquet où tout le monde serait tenu au silence ou à l’explosion. Au choix.

Samaris

Samaris @Gamla Bíó 

Peu enclin à bouger et préférant observer un moment de repos dans cette ancienne salle de cinéma au charme typique, nous attendons  Samaris et son imagerie singulière. Ce combo étrange combine une sorte d’electronica et de musique down tempo nous ramenant vers Björk (le chant est un marqueur évident) sans pour autant retrouver l’exceptionnelle force émotionnelle résidant dans la voix de la légende islandaise. Les instrumentaux sont plutôt bien ficelés et les sons intéressant mais on parvient difficilement à s’accrocher à quelque chose. Chose plutôt curieuse, la clarinettiste au jeu difficilement discernable n’apporte pas grand chose… Un bon potentiel néanmoins pour un groupe qui a déjà obtenu quelques récompenses locales.

Jagwar Ma

Jagwar Ma @Reykjavik Art Museum

Ou comment envoyer la sauce rock sans batterie? À l’évidence, la formule trio guitare voix, basse et machines fonctionne à merveille. Les australiens ressortent clairement la veille recette de leurs aînés (The Music, BRMC…) mais parviennent à insuffler ce qu’il faut de neuf pour ne pas tomber dans la redite. Du neuf, oui, avec cette sauce dancefloor qu’apprécierait sans doute Shaun Ryder en bon patron de l’amphet rock et des happy mondays. Serait-ce la formule d’un rock futuriste où le sacro saint basse batterie guitare chant serait définitivement relayé au rang d’objet de musée ou de relique préhistorique ? N’allons pas trop vite en besogne. Jagwar Ma a clairement identifié un potentiel et a probablement saisi quelque chose qui échappe sans doute à la scène rock actuelle. L’envie de tuer le père, de définitivement clore le chapitre 70´s en s’appropriant une nouvelle façon de traiter ses chansons. Minuit et quelques, on finit ce second jour de festival avec déjà l’envie d’en découdre demain. Big programmation en vue !

Iceland Airwaves Festival, Mercredi 30 octobre

Iceland

Iceland Airwaves Festival 2013

La 15ème édition de l’Iceland Airwaves Festival s’annonce sous les meilleurs auspices avec un temps froid, certes (nous sommes à 300 kilomètres du Groenland, rappelons-le), mais dépourvu de tout branle-bas de combat climatique. Pas de tempête, ni de déluge en prévision, nous commençons à arpenter les rues Reykjavik, la petite capitale insulaire de 120 000 âmes, en découvrant ça et là, la qualité de vie de l’Islandais qui vit en osmose avec la musique. Les magasins de disques sont légion et offrent au mélomane une caverne d’Ali Baba où les rangées de vinyles s’étendent et où l’espace donne l’opportunité aux musiciens d’offrir de belles prestations acoustiques dans un cadre juste parfait (festival off-venue). Nous aurons l’occasion de tomber sous le charme de Hanna Lees, une jeune américaine qui chante à la manière d’Alela Diane, avec sa guitare acoustique entourée de vêtements, pantoufles et pulls islandais (les fameux !). Le folk s’imbibe dans le magasin &PO pendant que l’on imagine déjà l’effervescence gagnant progressivement la ville. Les artistes gagnent les rues, du petit bar du coin jusqu’à la salle prestigieuse, en passant par la boutique de fringues hipster. D’ailleurs, il n’est pas rare de les croiser dans la rue, avec leur guitare en bandoulière, allant à leur prochain gig, toujours à la recherche d’un nouveau public. Notre programme est bouclé, entre artistes internationaux et pépites locales mais il est plutôt réjouissant de savoir que nous pouvons tomber à tout moment sur un nouveau talent qui sera peut-être le Sigur Rós de demain… Première sensation forte prévue au programme, Agent Fresco et son rock alternatif combinant pop songs efficaces et métal décoiffant. Une excellente entrée en matière dans le « lourd » de la programmation du Airwaves. À cinq minutes à pied, nous rejoignons le Harpa Center, l’immense centre culturel islandais avec son architecture contemporaine impressionnante. Nous retrouvons Bloodgroup, une sorte d’OVNI pas vraiment abouti, mélangeant une sorte d’emo rock et de trip-hop façon Archive. Pas réellement convaincant, nous quittons les lieux avant de retrouver l’immense Emiliana Torrini, une des fiertés de la nation avec Björk, et sa voix envoutante. Depuis plus de dix ans, elle parcourt le monde avec des chansons gracieuses qui sont parvenues à lui apporter une notoriété mondiale, répandant ainsi la bonne parole insulaire. Belle entrée en matière avant d’attaquer le deuxième jour où les concerts démarrent très tôt, un peu partout… A demain pour la daily review !

Paul McCartney – « New » (2013)

Paul McCartney - New (2013)

Tout le monde en parle, certes, et ajouter quelques lignes à l’édifice d’une presse unanime, est-ce réellement utile? Sans doute que cet hommage se dispersera parmi tant d’autres sur Internet ou trouvera quelques lecteurs curieux d’un blog… curieux. Qu’importe,  l’envie l’emporte contre la raison et il est difficile de s’y détourner. L’hommage en question se révèle à travers un album, celui de Paul McCartney qu’il a très justement appelé « New ». Après six ans d’absence sur les tablettes de la pop, Macca nous invite à célébrer une carrière d’une richesse qu’il n’est plus nécessaire de décrire (entre les Beatles, les Wings et une carrière solo) tant elle marque une empreinte majeure dans la musique de ces cinquante dernières années. L’album s’ouvre sur « Save Us » et annonce la forme olympique du natif de Liverpool arguant un rock façon Strokes (à l’écoute des guitares du couplet, on retrouve ce son saturé très plein et délicatement crade). « Queenie Eye » marque des franches retrouvailles avec les Wings et « Band On The Run » sur un exercice pop (Dieu que le pré refrain et le refrain sont parfaits !). « Early Days » convoque à l’évidence les Paul, John, George et Ringo avec un morceau dont il a le secret, celui d’une simple chanson nostalgique avec juste l’essentiel de la pop : une voix et une guitare. Passé une première moitié d’album tournée vers ce qu’il fait de mieux, « Appreciate » marque une sorte de rupture en tentant une exploration avec quelques touches électroniques et un groove frôlant le hip-hop. Très réussie, cette chanson verra suivre un tour de force remarquable de pop classique (« Everybody Out There ») qui aurait eu toute sa place dans les meilleures morceaux de Paul période Wings. Joie de vivre, refrains entonnés, énergie contagieuse et pop parfaite, ce titre résume parfaitement le savoir-faire de l’ex-Beatles. A 71 ans, Macca ne montre aucun signe de faiblesse et rassure sur (peut-être) encore une décennie de chansons originales. On se prend à rêver de ce projet avec Bob Dylan sans trop y croire. Peut-être réservé à notre lot de fantasmes les plus secrets… « Hosanna » nous invite à retrouver « Flaming Pie », son album de 1997, accouché dans la douleur alors que Linda s’apprêtait à nous quitter. Passé ce moment de calme, « I Can Bet » relance la machine rock tant aimée, celle de « Run Devil Run » (1999) son album de reprises de standards rock’n'roll, avant de laisser la placer à une autre déambulation exploratrice et démontrant une volonté d’aller de l’avant et percer une bulle de musique électronique (« Looking At Her »). Sans pour autant omettre la mélodie (hé, on parle du vrai king of pop !), la rythmiques aux sonorités d’une boîte à rythme et la basse synthétique s’échappant ça et là se révèlent comme un marqueur « sonore » de l’époque. La chanson est impeccablement produite (comme la majorité des titres par différents producteurs de renom dont Mark Ronson et Paul Epsworth) par Giles Martin, rejeton de George Martin, considéré à juste titre comme le cinquième Beatle et responsable d’un nombre conséquent d’innovations de production sur les albums des Fab Four. Avant de laisser le silence s’imposer, Paul ferme la marche avec des adieux, des « à la prochaine » dirons-nous, seul au piano, sur un morceau caché (« Scared »), fragile, que l’on devine écrit pour Linda, John ou ces rencontres qui marquent une vie. Paul a marqué la nôtre, sans aucun doute, et continuera de surprendre, vivant, dans l’au-delà, grâce à cet héritage musicale phénoménal. Meilleur album depuis telle ou telle date? Qui s’en préoccupe à part les généralistes accoucheurs de papiers en série? Personne. Et tant mieux. Ecoutons et apprécions.

Le Built For Training sonore de Gillette

Gillette

Réalisateur génial et adepte du Do It Yourself et de trouvailles plastiques en tout genre, Michel Gondry a mis son talent au service de la marque Gillette pour un spot publicitaire original et à fort dosage de testostérone. Crées à partir de matière sonore réelle (l’entraînement de quelques joueurs  de la NFL), ces sons « musculaires » mélangent mouvements corporels et bruits d’appareils de salle de sport. Le résultat, assez spectaculaire, est le fruit du travail de composition musicale de Phil Mossman (LCD Soundsystem) associé au talent de Michel Gondry déjà responsable de quelques uns des plus brillants clips des vingt dernières années (Björk, Daft Punk, The White Stripes, The Chemical Brothers…).

Ohmwork dans Stratégies

 stratégies

L‘Ecole de Communication ISCOM, dont notre fondateur est diplômé (ndlr. Nicolas Lordier, promotion 2005, ci-dessous), vient de mettre à l’honneur ses anciens étudiants dans l’édition du 30 mai du magazine Stratégies. Axant la surcouv’ sur vingt et un professionnels en en poste dans la communication ou le marketing digital, l’Ecole a très judicieusement eu l’idée d’intégrer la dimension sonore dans la palette métiers proposée ici. Merci à l’ISCOM et vive le design sonore dans le digital !

nicolas lordier