Les classiques de la semaine (et qui tuent) #1

Ce morceau me donne envie de pleurer. « The Straight And The Narrow » est le chant du cygne de la britpop, ou plutôt, la pierre angulaire d’une ultime commémoration. Car Pulp a déjà fait le boulot, trois ans auparavant, avec l’épique et merveilleux « This Is Hardcore » . Et puis, il me rappelle ma première année à Paris, vierge de pollution, de stress et d’explosions rock’n’rolliennes (presque)… Une période bénite, en somme. C’était fin 2003 ou début 2004, Spiritualized venait jouer le très garage « Amazing Grace » à la Maroquinerie, petit scène parisienne de toutes les claques sonores (Beta Band, Kula Shaker, Nada Surf, etc) chères à la fin des années 90. Je me souviens encore de Jason Pierce, assis sur chaise, avec sa Stratocaster et un monticule de pédales d’effet. Assis aux premières loges, j’assistais alors à un déluge sonore de toute beauté mais passons… « The Straight And The Narrow » me donne toujours envie de pleurer et, à chaque fois, j’ai besoin de l’écouter trois ou quatre fois pour que l’immersion soit totale. La plénitude, quoi. Cette ballade, pas au sens cliché du terme, convoque le religieux (« The trouble with the straight and the narrow Is it’s so thin, I keep sliding off to the side, And the devil makes good use of these hands of mine ») et, avec une évidence presque arrogante, va chercher la beauté absolue dans l’arrangement et l’orchestration. Jason Pierce est une sorte de génie, caché des lieux communs, en mission depuis 25 ans avec Spiritualized, son inusable et splendide navire qui, d’après ses dires, devrait se poser pour l’éternité. Doit-on s’en lamenter? Probablement pas. Avec « Let It Come Down », « Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space » et « Amazing Grace », il tient une trilogie définitive que l’on pourra écouter en boucle, toujours, qu’importe, que le rock soit une pièce de musée, fossilisé à tout jamais (ce qui n’arrivera pas, n’est-ce pas?) ou flottant dans une constellation. Amen.

 

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