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Les classiques de la semaine (et qui tuent) #2

David Bowie, presque 3 ans après sa disparition (déjà…), revient avec le coffret « Loving The Alien » regroupant sa période discographique de 1983 à 1988. Une petite réécoute de l’album « Let’s Dance », seul album incontournable de la décennie eighties du Thin White Duke avec le génial « Scary Monsters » sorti en 80, est donc lancée sans perte mais avec fracas, considérant un volume acceptable pour apprécier le travail calibré « funky hits » du maestro Nile Rodgers à la production. Hormis le hit « Let’s Dance » qui installe Bowie dans les stades, les clubs et lui assure une retraite dorée, « China Girl » écrit avec Iggy (qui dispose également de sa version) et « Modern Love » qui ouvre l’album, on retrouve ce titre, « Criminal World », échappé de la discographie du groupe Metro, en guise de réjouissance. Tout y est succulent, de la ligne de basse de Carmine Rojas, ossature en mode patron XXL, en passant par la voix de Bowie, enjôleuse, susurrant les couplets comme s’il se confiait sur la préparation d’un plan diabolique, jusqu’à l’apparition de Stevie Ray Vaughan en majesté, serial killer de la guitare, qui exécute sa partie bluesy sous amphétamine et fait s’envoler le morceau. Paraît-il que le loustic serait resté 2 heures en studio pour enregistrer la totalité des solos de l’album… Le monstre !  Alors, faut-il revoir son appréciation sur cette soit-disant décennie sèche du grand David? Le Major Tom avait-il déserté le terrain de l’inspiration? Les 2-3 albums qui ont suivi ne représente aucun réel intérêt, en revanche, « Let’s Dance » se tient admirablement bien avec ses 8 pièces d’expression. On aime, on réécoute, en boucle !

 

 

Les classiques de la semaine (et qui tuent) #1

Ce morceau me donne envie de pleurer. « The Straight And The Narrow » est le chant du cygne de la britpop, ou plutôt, la pierre angulaire d’une ultime commémoration. Car Pulp a déjà fait le boulot, trois ans auparavant, avec l’épique et merveilleux « This Is Hardcore » . Et puis, il me rappelle ma première année à Paris, vierge de pollution, de stress et d’explosions rock’n’rolliennes (presque)… Une période bénite, en somme. C’était fin 2003 ou début 2004, Spiritualized venait jouer le très garage « Amazing Grace » à la Maroquinerie, petit scène parisienne de toutes les claques sonores (Beta Band, Kula Shaker, Nada Surf, etc) chères à la fin des années 90. Je me souviens encore de Jason Pierce, assis sur chaise, avec sa Stratocaster et un monticule de pédales d’effet. Assis aux premières loges, j’assistais alors à un déluge sonore de toute beauté mais passons… « The Straight And The Narrow » me donne toujours envie de pleurer et, à chaque fois, j’ai besoin de l’écouter trois ou quatre fois pour que l’immersion soit totale. La plénitude, quoi. Cette ballade, pas au sens cliché du terme, convoque le religieux (« The trouble with the straight and the narrow Is it’s so thin, I keep sliding off to the side, And the devil makes good use of these hands of mine ») et, avec une évidence presque arrogante, va chercher la beauté absolue dans l’arrangement et l’orchestration. Jason Pierce est une sorte de génie, caché des lieux communs, en mission depuis 25 ans avec Spiritualized, son inusable et splendide navire qui, d’après ses dires, devrait se poser pour l’éternité. Doit-on s’en lamenter? Probablement pas. Avec « Let It Come Down », « Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space » et « Amazing Grace », il tient une trilogie définitive que l’on pourra écouter en boucle, toujours, qu’importe, que le rock soit une pièce de musée, fossilisé à tout jamais (ce qui n’arrivera pas, n’est-ce pas?) ou flottant dans une constellation. Amen.

 

The Chameleons, trésor caché du rock


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écouverts sur ma plateforme préférée (Qobuz, à force de la nommer, je vais finir par être accusé d’un prosélytisme « Steve Jobsien » ou pire d’être un agent infiltré de la plateforme musicale haute définition), The Chameleons ou l’art de la pratique post punk. Nous sommes au début des années 80 en Angleterre, Joy Division a ouvert la voix à ceux qui rêvaient d’un punk plus « intello » et moins destroy, les Smiths envisagent le romantisme dans le rock saupoudré d’une rebellion envers le pouvoir Thatcherien et les Cure font cohabiter étrangeté et prémices du gothique. J’y retrouve également quelques éléments qui m’évoquent les premiers albums de Midnight Oil (dans l’état d’esprit et le son), autre découverte fatale de mon adolescence (merci au paternel et à sa collection de Cds, que j’ai dépassé depuis quelques temps maintenant). Adoubés par John Peel en personne, j’ai eu du mal à sélectionner un titre représentatif de leur (courte) discographie. Cela dit, « A View From A Hill » constitue un vrai joyau de songwriting enrobé d’une atmosphère délicieusement embrumée et d’une beauté saisissante. Et puis, c’est le dernier morceau de l’album « Script Of The Bridge »(1983) considéré, à très juste titre, comme un indispensable. A découvrir de toute urgence !

Velvet Underground Revisited

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister au concert-hommage rendu au Velvet Underground l’an dernier à La Cité de la Musique (dans le cadre du Festival Days Off), Citedelamusiquelive.tv vous permet de vivre un instant gracieux avec quelques pointures de la scène pop actuelle : Gaz Coombes (Supergrass), Nigel Godrich (le producteur que l’on ne présente plus), Joey Waronker (batteur de Beck notamment), Nicolas Godin (moitié du duo d’Air), Colin Greenwood (bassiste de Radiohead)… Supergroupe monté pour l’occasion, c’est avec délectation que l’on retrouve les grands morceaux de Lou Reed and co interprétés avec talent par des fans respectueux d’une des oeuvres majeures de la musique contemporaine du vingtième siècle. Chapeau également pour l’ambiance visuelle.

A découvrir ici.

Peter Hook revient sur l'époque Joy Division

Disparu des écrans New Order depuis 2007, Peter Hook, bassiste et figure mythique du combo de la Factory Records, revient sur les années Joy Division, celles qui virent l’avènement de toute une génération pré-new wave. Avec son aplomb et sa bonhommie légendaires, il met la main sur la archives du NME (légende de la presse musicale britannique) consacrées au groupe et nous rappelle à quel point cette courte période (1976-1980) avec Ian Curtis, Barney Sumner et Stephen Morris furent déterminantes dans la suite de sa carrière, à l’aube de la période house rock et de la Hacienda, club mythique lancé par le non moins mythique Tony Wilson. Comme nous le savons, Peter Hook a quitté New Order et n’a pas participé au concert explosif des mancuniens à La Fête de L’Huma (samedi 14 septembre au Parc de La Courneuve) et leur avenir est, comme il le dit, « In the hands of the lawyers ». « Love will tear us apart » comme ils aimaient à la clamer…

Roxy Music – The Complete Studio Recordings 1972-1982

 
 

Passer à côté de Roxy Music dans les seventies, c’est comme si vous omettiez de rendre visite au Paris des cabarets lors d’une déambulation nocturne dans la capitale. Clinquante, glamour, riche et fouillée, la musique du groupe est une pierre angulaire d’un rock qui revêt ses plus beaux atours (Bowie, T-Rex, Queen, Sparks pour cet attrait de la mise en scène, du spectacle débridé et des costumes outranciers). Je ne suis pas un « archiviste » de Bryan Ferry and co mais, conscient de de l’impact de la musique du groupe (Roxy Music fut un des premiers groupes à travailler son artwork avec la mise en scène d’égéries féminines comme Jerry Hall, mannequin et -ex de Mick Jagger, sur « Siren » ou Amanda Lear sur « For Your Pleasure »), pionnière dans une certaine mesure (l’apport des premières explorations sonores de Brian Eno dans la première période, le free sax d’Andy Mc Kay, le son de guitare de Phil Manzanera), je reviens sur la décennie des anglais par l’intermédiaire de ce superbe coffret rassemblant les huit albums (en dix années de carrière !) et un double avec des B-Sides et des mix alternatifs. Première impression, outre cette familiarité avec l’oeuvre de Bowie, on sent un goût prononcé pour l’expérimentation (« For Your Pleasure », dans mon top 3 de leur discographie) qui côtoie l’emphase (« Country Life ») et une certaine forme d’aristocratie patinée de manières d’esthètes, intellectuelles et avant-gardistes. Car Roxy Music est tout sauf un groupe hésitant, leurs chansons sont riches d’arrangements variées et le sens de la composition est aigu, parfois presque théâtral (on frôle la musique progressive, alors représentée par Genesis et King Crimson, sur la Face B de « Country Life »), avec un grand sens de l’anti-conventionnel et de l’expérimentation (l’immense « Sentimental Fool » sur « Sirens »). C’est également surprenant de voir à quel point ils ont pu avoir de l’influence sur la scène musicale actuelle (Anthony And The Johnsons par exemple, si l’on se réfère à l’album « Sirens », top 3 également ou Chris Isaak si l’on approche « Flesh + Blood). Avec « Manifesto », le groupe suit de près les pérégrinations berlinoises de Bowie en réussissant le tour de force d’être encore plus consistant en matière de son et plus accessibles dans la construction des titres. Cet album de 1979 est aussi l’occasion de souligner le travail impressionnant de Gary Tibbs à la basse dont la présence au sein du groupe ne dura que le temps de cet album et de « Flesh + Blood », avant-dernier opus réussi tourné vers les années 80 et lorgnant vers le Talk Talk de « It’s My Life »qui sorti quatre ans plus tôt. « Avalon », qui marqua le chant du cygne des Ferry, Manzanera et Mackay, restera comme l’album du single éponyme. Moins pertinent, il scellera définitivement la carrière du crooner Bryan Ferry. Alors? On se jette sur ce fabuleux coffret (58 euros pour 8 titres, c’est mieux que du vilain mp3 mal compressé, non?).

The Beach Boys – That's Why God Made The Radio

Les Beach Boys, comme tout le monde le sait, étaient le versant ouest de la pop dominée alors par les Beatles, dès 1962. Cette époque bénite des Dieux de la musique scellait définitivement l’émancipation de la jeunesse, alors initiée par le King et son célèbre déhanché, responsable d’un pic d’activité chez les infirmiers et soigneurs aux abords des salles de concert (n’est-ce pas les filles…). Cette « love period » voyait s’enchaîner les « Love Me Do », « I Saw Her Standing Here », « P.S I Love You » et autres « Please Please Me » rapidement relayés sur toutes les ondes, repris par les plus grands (Les Stones notamment) et inspirant toute une génération de flambeurs à la Rickenbacker, Fender… (Kinks, Monkees, Turtles et consorts). Mais il ne faudrait surtout pas zapper les garçons de la plage associant pop vocale et planches de surf (prémices d’une révolution marketing où l’artiste se met en scène). Les Beach Boys pouvaient presque rivaliser avec les Beatles et disposaient d’une arme de création massive avec Brian Wilson qui ne jurait que par le songwriting, l’arrangement d’harmonies vocales et cette détermination sans faille qui le conduirait (ou pas) vers le sommet de la pop mondiale. Malgré les efforts, les tentatives d’égaler le génie de Mc Cartney et Lennon, les anglais allaient rester au sommet, dans l’innovation permanente, jusqu’au bout, jusqu’à cette année 1970 qui marquait dix ans d’une discographie inégalable. Un âge d’or où venait se greffer quelques pépites des frères Wilson, Mike Love et Al Jardine (on pourrait en citer une bonne dizaine). Et après? Plus grand chose de marquant chez les Boys. Wilson, qui dirigeait la baraque, empreint de folie, abandonna la partie et délaissa la maison californienne pour une longue période. Les multiples affaires juridiques et procès entre les membres ponctuaient les réformations et autres (vaines) tentatives de reprendre la main. Trop tard sans doute. Le heavy, le glam et le punk balayaient les sixties et devenaient la référence des années soixante-dix. Pour entretenir la légende des Beach Boys, quelques albums dispensables, compilations, un tube (« Kokomo », sortie en 1988, une des chansons préférées de mon enfance)… En cette année 2012, où l’on fête cinquante ans de discographie du groupe, sort « That’s Why God Made The Radio », un nouvel album où se retrouvent Wilson, Love, Jardine et Johnston. Pas grand monde est sur le qui-vive, la presse ne s’affole pas vraiment… Alors, puisque le temps nous l’offre (quel beau soleil de rentrée!) et qu’indiscutablement Beach Boys est synonyme de bord de mer, de « good vibrations » et de « smile on your  face » (Mia Frye sort de ce corps!), un petit rappel est de rigueur avec l’excellente « That’s Why God Made The Radio » ». Un délice, vous dis-je !
 
 

Stevie Wonder – All In Love Is Fair

Bien souvent, c’est lors de sessions musicales partagées, entre amis, autour d’un bonne table garnie de vin et de quelques amuses-bouches que l’on découvre des chansons merveilleuses, en témoigne cette pépite de Stevie Wonder (« All In Love Is Fair »), un bijou de composition, de perfection et d’émotion (la montée vocale à 2’40 est magistrale). A vrai dire, depuis ma dernière visite chez l’un de mes amis et chroniqueurs sur le blog (John le Mélomane ou John Fendley, au choix), je ne parviens à m’extirper de tant de beauté. Idéal pour observer l’horizon avec sa bien-aimée.

David Bowie – The Story Of Ziggy Stardust

Il a marqué des générations, par sa musique et son étonnante capacité à se mouvoir dans des personnages fantasques et imaginaires. David Bowie, dans les années 70, a joué un rôle très particulier dans la musique rock, associant la musique, les chansons et un goût affirmé pour la mise en scène, le jeu et les costumes. Outre Ziggy, on retrouvera par la suite Aladdin Sane, l’être mi-homme mi-chien de Diamond Dogs et toutes ces histoires racontées par le Thin White Duke, héraut d’un empire britannique toujours soucieux de d’amener sa pop music vers l’inconnu. Alors que nous célébrons les quarante ans de la sortie de son album phare de 1972 (« The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spider From Mars ») avec une réédition remasterisée pour l’occasion (probablement la meilleure d’après Jerôme Soligny, critique musical et spécialiste de l’oeuvre de Bowie), il est de bonne augure de se remémorer la genèse de cet album phare du rock dans une période où les Queen, Iggy Pop, Lou Reed mettaient un peu de paillettes, de soufre et d’arrogance dans une pop music qui vivaient encore sous l’influence du Swinging London. BBC4 vient de mettre en ligne un documentaire qui ravira les fans de Bowie mais pas seulement, les fondus de rock et du patrimoine de notre musique contemporaine seront ravis. Freak out in a moonage daydream oh yeah ! 

Neil Young, l'industrie du disque et le son



Dans une longue interview, menée par Hugo Cassavetti pour Télérama (édition du 16 au 22 juin), Neil Young revient sur sa carrière sur et sur son dernier album, « Americana », un album constitué de chansons traditionnelles folk. The Loner, comme on le surnomme, est aussi un artiste engagé et une véritable mémoire de la musique folk et rock’n’roll qu’il a contribué à enrichir, d' »Harvest » (le fer de lance) en passant par « After The Gold Rush », probablement les deux incontournables de sa discographie (cela restant bien entendu très subjectif…). Buffalo Springfield, CSNY (Crosby, Stills, Nash and Young), le Crazy Horse, autant d’étapes de son parcours dans la musique contemporaine qui lui ont donné une légitimité pour critiquer une partie du système, cette industrie de la musique qui a oublié l’essentiel dans sa douloureuse mutation : la qualité du son. A la question « Quelle est la pire chose qui soit arrivée au rock’n’roll? La drogue ou l’argent? », Neil Young répond d’une manière sincère évoquant le passé dans l’idée de faire progresser le futur :

« L’argent. Parce qu’avec l’argent vient le pouvoir. Celui de changer les choses pour le meilleur ou pour le pire. Et l’industrie du disque ne s’en est malheureusement pas servie pour préserver la musique, la qualité du son. Elle n’a eu aucune vision. Plutôt que de chercher à sauver sa raison d’être, elle a laissé la qualité du produit se détériorer. A la qualité, elle a préféré la merde. La technologie a toujours su évoluer, progresser, sauf pour le son proposé aux consommateurs. On leur a fait croire que le CD était supérieur au vinyle, alors qu’il s’agissait d’un mensonge. Les gamins n’ont plus de référence. Ils n’ont connu que le CD*. J’ai plein de copains qui pensent devenir sourds parce qu’ils n’entendent plus la musique comme avant. Mais elle n’est juste plus là ! C’est l’oreille des jeunes générations qui est en danger. »
 
* Et que dire du Mp3…??