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Something – Bass and drums required !

Pour les batteurs et les bassistes mais pas seulement. « Something », l’une des chansons les plus mythiques des Beatles, écrite par George Harrison et décrite par Frank Sinatra himself comme la plus belle chanson d’amour de tous les temps, est l’objet d’un focus sur la partie rythmique, à savoir la batterie de Ringo Starr et la basse de Paul Mc Cartney. Pour le bassiste à la Hofner, c’est un travail mélodique qu’il effectua avec une ligne de basse considérée comme l’une de ses plus marquantes au sein des Beatles (bien qu’elles soient toutes particulièrement intéressantes) mais « peut-être trop chargée » considérant les propos de Fab George qui vit l’occasion d’une première Face A (synonyme de numéro 1 dans les charts) avec les Beatles. Et Ringo? Celui qui, à son insu, initia l’idée du solo de batterie sur le medley d’Abbey Road, marque un jeu minimal, plutôt décousu, avec des breaks improbables et des sonorités de charley délicieuses (à 1’17) qui font la particularité du rythme Beatles. Un enchantement. Cette parenthèse beatlesienne vient marquer l’épilogue d’un énième visionnage du film (indispensable) de Martin Scorsese consacré au regretté à l’oeuvre de George Harrison (Living In The Material World) et que je recommande avec la plus grande insistance.



Elton John – Good Bye Yellow Brick Road

Avant de tomber dans un pop FM larmoyante et la B.O pour Disney, Elton John, une des grandes figures de la musique britannique, était capable de composer des chefs d’oeuvre, des pièces d’exception, comme en témoigne l’indispensable « Good Bye Yellow Brick Road » sorti en 1973. Alors que le rock voyait s’entrouvrir les portes du heavy metal et du glam avec les Bowie, Led Zeppelin, Queen et tout un versant, Sir Elton était en train d’inventer une forme de piano rock, fantasque et « glitter » qui allait faire date. J’ai une tendresse particulière pour la chanson titre de l’album que j’ai l’impression d’avoir toujours entendue, un standard en somme, probablement autant que la fameuse « Candle In The Wind ». Intemporelle et idéale pour attaquer une fraîche semaine d’avril.

Le silence

 
Il est difficile de faire l’impasse sur les tragiques événements de ces derniers jours dans le Sud-Ouest de la France. On aimerait ne pas y penser, suivre le cours des choses, se plonger dans nos activités et faire comme si rien ne s’était passé. La douleur est forte et plus on se rapproche de l’horreur, plus on l’imagine, bien qu’elle soit inimaginable. L’envie de faire place au silence est forte. Pas une note de musique, pas un bruit, pas un timbre, juste une respiration, seule indispensable à la survie. J’avoue avoir du mal à me pencher sur mon sujet prévu du jour, je n’en ai pas envie, après tout, ce blog a simplement pour but de partager une affinité, une passion, avec une liberté absolue, sans contraintes. En ce jour de recueillement national, mon souhait est de voir s’arrêter le temps un instant, observer, réfléchir, essayer de comprendre l’incompréhensible. En ce mardi 20 mars, c’est le silence de John Cage, qui va accompagner les 4 minutes et 33 secondes qui vont suivre ces quelques lignes.
 
John Cage (1912-1992), compositeur américain.
Oeuvre : 4’33 (1952)

– La performance est réalisée par William Marx –
 

Twin artwork

Simon & Garfunkel, « Bookends »(1968)
 
Kruder & Dorfmeister, « G-Stoned »(1993)
Difficile de comparer les deux duos, chacun ayant posé son empreinte sur un style de musique, la pop pour Simon & Garfunkel et la musique électronique pour Kruder & Dorfmeister. En revanche, en guise hommage, ces derniers ont voulu recréer l’artwork original des américains… vingt-cinq ans plus tard. J’avoue avoir encore du mal à me passer du « K & D Sessions » des autrichiens surtout en prémices d’une soirée ou en afterwork. Simon & Garfunkel, c’est une autre histoire,  une sorte de Lennon-Mc Cartney bis, avec ce sens inné de la mélodie et des harmonie vocales. Le « Bookends » avec le grand « America » qui reste une des plus belles chansons guitare-voix qu’il m’ait été donné d’entendre. En guise d’ouverture au week-end, cette combinaison me semble plutôt propice à la décontraction.

Simon & Garfunkel,  « America » (« Bookends »- 1968)

Kruder & Dorfmeister,  « Definition » (« G-Stoned »- 1998)

Rock Progressivo Italiano : une conversion esthétique

Au tout début des années soixante-dix, alors que le rock progressif naît en terre d’Angleterre sous l’impulsion de King Crimson, les Italiens ne tardent pas à s’emparer du genre. Il faut dire que leur goût prononcé pour l’opéra et le jazz les prédisposait, voire les prédestinait à s’amouracher de la richesse de cette musique hybride, faite de la rencontre de différents genres.
Alors que la France ne compte qu’un groupe de rock progressif de renom, Ange, ainsi que quelques joyaux oubliés comme Harmonium, le nombre de bons groupes italiens à participer à l’essor du progressif est surprenant. Goblin, Premiata Forneria Marconi, Banco del Mutuo Soccorso, Le Orme et Area forment la figure de proue du vaisseau italien. Chaque formation susnommée façonne alors un style particulier allant du rock progressif symphonique s’apparentant à Genesis pour PFM à la fusion jazz-rock déjantée pour les gauchistes à la technique instrumentale renversante d’Area, en passant par la bande originale de films d’horreur aujourd’hui cultes pour Goblin. Mais en marge de ces références reconnues du progressif italien, un curieux phénomène de groupes ne livrant qu’un seul et unique opus se manifeste. A Maxophone, Museo Rosenbach (« Zarathustra »), Semiramis (« Dedicato A Frazz ») ou encore Celeste, il aura suffi d’un seul album pour s’assurer l’éternité.
Il existe en anglais une expression parfaite pour décrire cette musique : « it’s an acquired taste ». On dit cela à propos d’un bon vin, d’un grand whisky ou du Christmas pudding. La métaphore culinaire fonctionne parfaitement pour faire comprendre que le rock progressif nécessite un apprentissage, une initiation esthétique. Et ce davantage lorsque les morceaux sont chantés en italien ! Car il faut alors faire tomber bien des clichés que je n’énumèrerai pas… Longtemps, la langue italienne chantée constitue un obstacle à l’approche du genre. Mais happé par des musiciens de talent aux compositions saisissantes, on passe outre jusqu’au jour où s’opère un enchantement. L’enchantement de la langue. Un plaisir, né de l’écoute même de cet idiome flamboyant, un plaisir où se mêle un sentiment d’étrangeté, de curiosité néophyte. L’obstacle est devenu par un renversement inattendu une force d’attraction qui entraîne enfin l’adhésion complète au rock progressivo italiano.
Quant à la grandiloquence que certains ne manqueront pas de reprocher aux chanteurs, à quelle langue sied-elle aussi bien qu’à l’Italien ?
John Fendley

La dame de fer en musique

Leader du parti conservateur et premier ministre britannique entre 1979 et 1990, Margaret Thatcher laissera une empreinte plutôt paradoxale dans la mémoire de nos voisins anglais. Entre haine et passion. Haine pour une grande partie du peuple anglais, particulièrement la classe ouvrière sacrifiée sur l’autel de la finance. Passion, certes modérée et minoritaire, pour une autre partie du peuple, celle qui considère qu’elle a modernisé le pays et lui évita de sombrer dans une profonde crise. Nous n’engagerons pas de débat à ce sujet qui, bien qu’il soit terriblement d’actualité en cette période de campagne électorale, ne concerne pas le but de ce blog, axé sur la musique et la création sonore. Alors qu’un biopic sort cette semaine sur la Dame en question (« La Dame de Fer », réalisé par Phyllida Lloyd et interprété par Meryl Streep), revenons donc à notre propos qui mêle « dame de fer » et artistes britanniques engagés. Aux prémices de son accession au pouvoir, en 1979, c’est les Clash qui s’emparèrent de la révolte avec l’hymne « London Calling » qui prédit une ère glaciaire (« The ice air is coming… ») et met le punk rock en orbite. Suivra « The Post War Dream » des Pink Floyd ou plus exactement de Roger Waters, désormais seul au commande de l’un des paquebots du rock psychédélique anglais, se lamentant du sort de ses concitoyens (« Oh Maggie, what have we done »). Il s’avère que cet album entraînera le début d’une très discutable carrière solo du bassiste et principal compositeur du groupe. Personnage controversé mais hautement symbolique d’une Angleterre révoltée mais néanmoins romantique, Morrissey continuera d’enfoncer le clou avec le terrible « Margaret On The Guillotine » issu de son premier album (« Viva Hate » sorti en 1988) , une ballade qui voit les « gentils » rêver de la disparition de Maggie (« Cause people like you make me feel so sad, please die »). Enfin, au crépuscule de sa carrière politique, celle qui rendit les clés du 10, Downing Street en versant quelques larmes tout en clamant « avoir rendu le pays meilleur qu’avant son arrivée au pouvoir », se vit attribuer un dernier hommage avec « Iron Hand » de Dire Straits qui relate les événements de 1984-1985 et les grèves des mineurs du pays. Une belle conclusion issue du très beau « On Every Street » (1991), dernier album du groupe de Mark Knopfler.  Cette liste non exhaustive s’accompagnera peut-être, chères lectrices, chers lecteurs, d’autres recherches averties.
The Clash – London Calling (Eponyme, 1979)

Pink Floyd – The Post War Dream (The Final Cut, 1983)

Morrissey – Margaret On The Guillotine (Viva Hate, 1988)


 

Dire Straits – Iron Hand (On Every Street, 1991)


 

Zombies et Goblin

 
Fan de films de Zombies, d’anticipation et de chaos, il aurait été impensable de ne pas évoquer Goblin, le groupe italien responsable de certaines bandes originales les plus marquantes de George A. Romero et Dario Argento, les papes de l’horreur et du gore (la trilogie Zombies pour le premier et Suspiria ou Profundo Rosso pour le second). Mon voyage à Rome était l’occasion de dénicher les éditions originales des musiques de film de Goblin, et particulièrement celle du film « Zombies – The Dawn Of The Dead » rééditée par Cinevox. Pour décrire cette excellente bande originale, il va falloir la découper en deux ensembles. Un ensemble où le groupe amène ce qu’il faut de tragique : des thèmes lents, une batterie mate, tout juste colorée par une réverb longue, des synthétiseurs analogiques et des voix d’outre tombe (« L’alba Dei Morti Viventi ») mais aussi une certaine proximité avec les productions américaines soul à la Isaac Hayes (« Zombi ») qui amène l’intense suspens de l’attaque des morts-vivants.  En plage 5 et nous pénétrons dans un ensemble plus « léger », on se plonge dans la facétie d’un Jean-Jacques Perrey avec les apparitions soudaines du mythique synthétiseur Moog. Le tragique côtoyant le facétieux, c’est précisément ce qu’à voulu réaliser Goblin en insufflant ce qu’il faut de percutant pour sortir du drame et envisager la résistance dans le glam rock (« Zaratozom ») ou le rock progressif (« La Caccia »). Car Goblin est avant tout un groupe, érudit de surcroît, qui manifeste son affection en se frottant à plusieurs faces de la musique contemporaine dont une pièce classique non sans évoquer Erik Satie (« Risveglio »). Avec Pink Floyd en parrain sur le magnifique « Oblio », les italiens se retrouvent dans la peau d’inconnus du grand public alors que leur influence se retrouve dans la musique d’aujourd’hui (Air, Sébastien Tellier ou Gorillaz…). Les derniers titres de l’album sont des versions alternatives, des curiosités qui ne seront pas passées inaperçues dans les oreilles de Damon Albarn ou Jamie Hewlett (« Ai Margini Della Follia (Alternate Take) »)). Definitely a masterpiece !

Nineteen Hundred and Eighty Five

Bande son des ces derniers jours, suite à l’excellent concert de Bercy, je continue à parfaire mes connaissances sur Paul Mc Cartney, en lisant et écumant ses moindres faits et gestes musicaux. Pour l’année 1973, Mc Cartney et ses Wings décidèrent de poser leur valises à Lagos pour enregistrer « Band On The Run » suite à des tensions avec quelques membres des Wings qui quittèrent le groupe précipitamment suite à des désaccords personnels. Arrivés à trois (Paul et Linda Mc Cartney et Dennis Laine) dans l’ancienne capitale nigériane, malgré les difficultés rencontrées sur place avec les locaux, ils accouchèrent néanmoins d’un album qui fera date. « Band On The Run », en dehors du fait qu’il marque le véritable lancement de la carrière de Paul Mc Cartney post Beatles, contient quelques uns des meilleurs titres de sa carrière (toute la face A du disque : « Band On The Run », « Jet », « Bluebird », « Mrs Vandebilt », »Let Me Roll It ») et des chansons moins connues qui méritent d’exploser au grand jour (la face B du disque avec notamment un « Nineteen Hundred and Eighty Five » absolument délicieux – à écouter ci-dessous avec l’atmosphère du studio – et représentatif du génie qui continue d’alimenter l’hémisphère créatif du bassiste). Re-découvert ces derniers jours avec la réédition de 2010 (de nombreux bonus et un DVD regroupant des témoignages vidéo des Wings), je retrouve le plaisir que j’ai eu lors de la réédition de Mc Cartney I et une impétueuse envie de retrouver ma six cordes suite à quelques récentes embardées électroniques.

 

Qui sont les Headboys?

Je ne m’attendais pas à une telle secousse, sismico-épidermique, allant du bas du dos vers le cerveau qui, suralimenté, irait guider mes membres supérieurs vers une Gibson SG ou un vieux synthé analogique. Un peu comme « The Units » dont on parlait il y a quelques semaines, les Headboys sont une perle rare de la fin des années soixante-dix, 1979 pour être précis, qui fit un petit tour avec l’album éponyme « The Headboys » et le fracassant single « A Shape Of Things To Come » avant de disparaître définitivement des bacs. Ils avaient presque réussi leur coup, planifiant une tournée en Amérique et se rapprochant ainsi de la vague New Wave… Mais le rock est dur et les écossais échouèrent au pied d’un potentiel succès, ne s’estimant pas prêts à affronter le Nouveau Monde. Il reste néanmoins cet excellent titre qui sent bon le classique « made in trésor caché ».

 

The Rolling Stones – Some Girls (Deluxe Edition)

L‘institution Stones réédite quelques unes de ses perles et c’est au tour de « Some Girls » (après un « Exile On Main Street » impeccable), sans nulle doute le dernier album mythique du « plus grand groupe de rock de tous les temps », de refaire surface dans les bacs agrémenté d’une édition Deluxe plutôt alléchante. Car les Glimmer Twins ont ramé pendant les années 80, entre discordes, errances et dépendances. Jagger et Richards (« Life », la récente autobiographie de Keith Richards nous le montre clairement) n’ont absolument plus de connexions, ils sont chacun dans une sphère, celle du business et de la disco pour le premier et celle du blues et de la Jamaïque pour le second, sans compter les quelques addictions désormais légendaires. Les Rolling Stones auront eu deux phase, entre 1963 et 1978, quinze années d’exception, de standards et de bouleversement du paysage rock mondial et, à partir de 1978, une démarche balourde, inconséquente (à de rares exceptions près avec un « Tatoo You » encore dans le coup ) qui les verra se trémousser dans les stades à s’assurer que l’affaire tourne toujours. Mais ce n’est pas avec « Some Girls » que les détracteurs peuvent s’en donner à coeur joie. « Miss You » ouvre le bal, c’est un tube et le retour en grâce du groupe avec ce final à l’harmonica de Sugar Blue, brillant harmoniciste de blues. « When The Whip Comes Down » montre un Ronnie Wood parfaitement complémentaire à Keith Richards, le départ de Mick Taylor est digéré et l’axe rock stonien est bel et bien de retour. La chanson-titre nous rappelle à quel point les Glimmer Twins ont gardé ce rock au cordeau sulfureux, brûlant, qui les a amené au panthéon du rock mondial, dès lors qu’ils furent enfermés dans la villa de Keith à Nellcote, dans le Sud de la France, durant l’enregistrement d' »Exile On Main Street ». « Far Away Eyes » retrouve un Mick chantant une country folk que l’on croirait sortie de « Beggars Banquet », un Mick impeccable, plus américain qu’un américain, aux accents dylanesques. « Respectable », autre must du disque, retrouve la verve sixties de « Get Off Of My Clouds ». On est aux anges, les Stones s’éclatent, cela s’entend, « Before They Make Me Run », avec Keith au chant, suffisamment approximatif pour qu’on « keith ». « Beast Of Burden », autre hit single, retrouve une partie de « Black & Blue », l’album soul & black music, qui fit la transition au moment du départ de Taylor. Le hold-up est quasi parfait dans un paysage musical renversé par le pélo à la crête décoloré (les Pistols ayant pris les commandes en Angleterre avec « Never Mind The Bollocks »). Les « pierres qui roulent »narguent avec un « Shattered » récemment repris en live dans le « Shine A Light » filmé par Scorsese. La réédition de cet incontournable, agrémenté de bonus (avec quelques cradosseries et un « When You’re Gone » bluesy et composé par… Ronnie en personne) et d’une édition collector garnie (vinyle, DVD, livrets, CDs…), est l’occasion de se remettre les pendules à l’heure.