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Le web et la musique (partie1)

L’interview de Damon Albarn dans les colonnes du dernier numéro de Vox Pop (#28 Septembre-Octobre) m’a mis la puce à l’oreille. Pourquoi ne pas créer, par l’intermédiaire du blog d’Ohmwork, un fil rouge, régulièrement mis à jour, sur le web et la musique? Menant actuellement une mission de consultation en stratégie musicale pour Disney, je suis dans une phase d’interviews d’experts (acteurs de l’industrie de la musique, écrivains, docteurs en études cinématographiques, compositeurs…) et je recueille de nombreux témoignages, tous plus riches les uns des autres, constituant ainsi une base solide de réflexion, pour Disney, mais également pour ma propre paroisse éditoriale. Soit, par l’intermédiaire de l’échange entre Jean-Vic Chapus (ndlr. directeur de publication et rédacteur en chef de Vox Pop) et Damon Albarn, voici un premier point de vue « coming from London » qui clôt ce pertinent entretien.

Jean-Vic Chapus : Le web a fait du mal à la musique?


Damon Albarn : 
Ce serait réducteur de dire ça. Il a quand même permis de voir émerger des groupes, des talents, des musiciens du monde que nous aurions pas eu l’occasion de découvrir sans toute cette rapidité d’accès à l’information. Cela existe aussi pour le cinéma, la photo, l’écrit. Mais au moment où Internet a ouvert les vannes, nous nous sommes regroupés sur un pré carré. De plus en plus petit. Je n’aime pas les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, parce que tout ce qu’ils me disent c’est quelque chose comme : « Damon, tu as quelques amis avec qui tu partages des goûts en commun, une géolocalisation, et nous ne voulons pas que tu sortes de cadre dans lequel tu t’es enfermé toi-même! »

Jean-Vic Chapus : Parfois on se demande si ce ne serait pas aux musiciens de réinventer leur économie, leurs moyens de promotion, les objets disques à travers lesquels ils se vendent. Est-ce que vous avez un avis sur cette question?

Damon Albarn : J’aimerais bien dire quelque chose de très intelligent, mais je me sens paumé dans cette accélération du temps. Regardez l’économie des labels! Elle est devenue soit déprimante soit totalement opaque… Je n’y pige plus rien et pourtant, ce serait aussi à moi d’y penser et de trouver des solutions car ma musique m’a permis de bien vivre. Je devrais rendre ce que l’on m’a donné. Ça serait même normal. Maintenant, mon travail n’est plus uniquement celui d’un créateur de disques en studio et d’un artiste sur scène. Je dois veiller à ce que mon actualité soit incessante. Je devrais me mettre à Twitter. « Aujourd’hui, Damon a mangé un excellent poulet rôti ». Vous trouvez ça débile? Et bien moi aussi, mais je sens bien que tout nous pousse dans cette direction.

Lire l’interview en intégralité en achetant Vox Pop dans tous les bons kiosques.

Neil Young, l'industrie du disque et le son



Dans une longue interview, menée par Hugo Cassavetti pour Télérama (édition du 16 au 22 juin), Neil Young revient sur sa carrière sur et sur son dernier album, « Americana », un album constitué de chansons traditionnelles folk. The Loner, comme on le surnomme, est aussi un artiste engagé et une véritable mémoire de la musique folk et rock’n’roll qu’il a contribué à enrichir, d' »Harvest » (le fer de lance) en passant par « After The Gold Rush », probablement les deux incontournables de sa discographie (cela restant bien entendu très subjectif…). Buffalo Springfield, CSNY (Crosby, Stills, Nash and Young), le Crazy Horse, autant d’étapes de son parcours dans la musique contemporaine qui lui ont donné une légitimité pour critiquer une partie du système, cette industrie de la musique qui a oublié l’essentiel dans sa douloureuse mutation : la qualité du son. A la question « Quelle est la pire chose qui soit arrivée au rock’n’roll? La drogue ou l’argent? », Neil Young répond d’une manière sincère évoquant le passé dans l’idée de faire progresser le futur :

« L’argent. Parce qu’avec l’argent vient le pouvoir. Celui de changer les choses pour le meilleur ou pour le pire. Et l’industrie du disque ne s’en est malheureusement pas servie pour préserver la musique, la qualité du son. Elle n’a eu aucune vision. Plutôt que de chercher à sauver sa raison d’être, elle a laissé la qualité du produit se détériorer. A la qualité, elle a préféré la merde. La technologie a toujours su évoluer, progresser, sauf pour le son proposé aux consommateurs. On leur a fait croire que le CD était supérieur au vinyle, alors qu’il s’agissait d’un mensonge. Les gamins n’ont plus de référence. Ils n’ont connu que le CD*. J’ai plein de copains qui pensent devenir sourds parce qu’ils n’entendent plus la musique comme avant. Mais elle n’est juste plus là ! C’est l’oreille des jeunes générations qui est en danger. »
 
* Et que dire du Mp3…??