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Franz Ferdinand – Right Thoughts, Right Words, Right Action (2013)

Franz Ferdinand - Right Thoughts, Right Words, Right Action (2013)

On ne les attendait plus. Les Ecossais de Franz Ferdinand, au même titre que les Strokes ou les White Stripes, ont marqué le début des années 2000 avec des titres imparables, devenus des classiques pop rock (le premier album contient d’ailleurs autant de perles que le collier de Cléopâtre… enfin presque au regard du joyau). Depuis 2009 et le plus discret « Tonight: Franz Ferdinand », les nouvelles s’étaient raréfiés. Groupe de live, Alex Kapranos, Nick Mc Carthy et consorts avaient bien préparés leur coup. « Right Thoughts, Right Words, Right Action » tout droit sorti de l’écurie Domino est l’album qui marque un retour en force. Rapidement, les chansons font mouche et le duo de guitare des deux leaders fonctionne à merveille, assorti d’un groove dansant redoutable (« Stand On The Horizon »). « Fresh Strawberries » et la partie de synthé façon Metronomy rappelle les meilleurs heures du groupe (le fameux « The Dark Of The Matinée »), quand il enchaînait bravoure sur bravoure, à l’aube d’une carrière promise à l’excellence tandis que les groupes nineties montraient un sérieux coup de fatigue ou avaient sombré dans l’oubli (Oasis, The Verve…). Prêt à rugir, galvanisé par une facilité à enchaîner les riffs uppercuts, Franz Ferdinand montre qu’il sait toujours écrire des tubes (« Bullet », « Right Action ») taillés pour les salles de concerts ou swinguer sur une pop mid-tempo (« Brief Encounters »). Marque d’un classique, le groupe est l’évident numéro 10 de la pop actuelle, après une carrière de dix ans, avec un songwriting, une voix et un jeu de guitares quasiment déposés. On en redemande pour dix ans !

San Cisco – « album éponyme » – (2013)

San Cisco

Sorti cette semaine sur le label Fat Possum Records, l’album des australiens de San Cisco démarre fort avec « Beach », premier single dévoilé fin décembre 2012. Puis, une petite bombe pop (« Fred Astaire ») qui évoque ça et là Miami Horror, Miles Kane (en plus sucré et moins rock) qui surprend par sa frénésie contagieuse et donne clairement envie de danser. La voix peut parfois évoquer Alex Turner des Arctic Monkeys mais l’emballage, plus relax et pop, ramène vers les côtes (précisément Californienne, tiens tiens…) où le soleil et la plage relèguent la grisaille printanière définitivement au placard. Parfois inégal et lorgnant trop sur un tempo quasi identique sur chaque titre, « San Cisco » (album éponyme) saura rythmer cette entame d’été et provoquer quelques déhanchés devant un bon feu de plage (« Rocket Ship »). Alors, ne boudons pas notre plaisir !

Orval Carlos Sibelius – Super Forma (2013)

Orval Carlos Sibelius - Super Forma (2013)

Après une pause de trois semaines où nous avons pu emmagasiner un certain nombre de découvertes musicales, celle qui va rythmer ce début d’été va nous transporter dans la pop psychédélique. Après avoir vu les australiens de Tame Impala dans l’antre de l’Olympia, nous ne nous attendions pas à tomber sur ce Orval Carlos Sibelius. La pop du parisien (et oui!) ne ressemble à pas grand chose d’actuel et semble naviguer à contre courant de certaines banalités sorties récemment (Empire Of The Sun et « Alive », hyper frimeur et sans intérêt par rapport au rafraichissant « Walking On A Dream »). Orienté fin sixties et mentionnant ça et là des références piliers de la pop (les Beatles de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band », les Stones de « Their Satanic Majestic Request »), Axel Monneau (son vrai nom) salue également celui qui brillait sur un diamant fou, la caution délirante des Pink Floyd : Syd Barrett. Conçu dans un espace-temps arrêté aux chemises à fleurs et aux lunettes colorées immenses, « Super Forma » porte Orval Carlos Sibelius sur une planète que l’on croyait abandonnée ou livrée aux recoins insoupçonnés de quelques bloggueurs ultra spécialisés. En retrouvant même un esprit Donovan (« Mellow Yellow ») sur la voix d' »Archipel Celesta », c’est une brèche que l’on se retrouve à redécouvrir sans tomber sur un vulgaire cliché de compilation tous azimuts. En 2013, sans calcul, juste celui de produire quelque chose de sincère, l’Artiste (j’insiste sur le grand A), livre un album où le voyage pop n’a jamais été aussi lointain. La question, c’est : « Va-t-on y revenir indemne? »

Half Moon Run – Dark Eyes (2013)

Half Moon Run - Dark Eyes (2013)

Tombé par hasard sur cet album dans les méandres de mes recherches sur Qobuz, ma plateforme de musique en streaming préférée (je ne le dirai jamais assez), je retrouve certaines émotions, plutôt familières, m’évoquant ça et là le fantôme de Jeff Buckley (« Nerve » période « Sketches For My Sweetheart The Drunk ») ou le génie méconnu de Merz (« Call Me In The Afternoon »). Un grand nombre de bonnes pioches venant du Canada, Half Moon Run ne déroge pas à la règle et propose une musique approchant la grâce et cotoyant des sommets (« Full Circle », « Need It », « Give Up ») inespérés… En dehors des Guillemots, autre groupe injustement mésestimé, il est difficile de convoquer le lyrisme sans s’échapper du pompier, l’arme redoutable du très « ampoulé » combo anglais Muse. Avec « Dark Eyes », les montréalais évitent cet écueil et livre un premier album quasi parfait. Vivement le Trianon le 15 novembre prochain !

Shuggie Otis – Inspiration Information (réédition, 2013)

Shuggie Otis

Sorti initialement en 1974, l’album « Inspiration Information » de Shuggie Otis est une exceptionnelle découverte, un vrai diamant de rhythm and blues et de soul music. Cette oeuvre signée Shuggie Otis est restée longtemps dans l’ombre de personnages importants comme Marvin Gaye ou Curtys Mayfield. Peut-être est-il arrivé sur le tard… bien qu’immensément talentueux et précoce (Shuggie Otis avait 21 ans lors de la sortie de cet album). Véritable référence pour certains artistes plus contemporains comme Jamiroquai qui propulsa l’acid jazz en haut des charts dans les années quatre-vingt dix, Otis compte à son actif un certain nombre de légendes. Sa rencontre avec Jimi Hendrix, son refus de jouer avec les Stones ou Bowie, sa relation particulière avec Johnny Otis, son illustre père (ndlr. éminent musicien et compositeur de rhythm and blues ayant inspiré le Ike And Tina Turner Show dans les années 50) avec qui il a partagé des scènes lorsqu’il était très jeune. La réédition de « Inspiration Information » est l’occasion de remettre les pendules à l’heure et basculer vers l’excellence de ces treize titres (plus quatre chansons bonus) et notamment ce « Aht Uh Mi Hed », morceau parfait de soul music qui regroupe tous les ingrédients d’un classique, ici trop nombreux pour les énumérer. Préférons l’écoute et la communion, en silence…

Boards Of Canada, retour imminent d’un essentiel

Boards Of Canada - Tomorrow's Harvest (2013)

Après huit ans d’absence discographique, Boards Of Canada annonce son retour avec une certain sens du mystère puisque la maison de disque (ndlr. Warp Records) a mis en place une sorte de parcours (très) alambiqué autour d’un puzzle renfermant des informations autour de « Tomorrow’s Harvest », la boîte de Pandore tant attendue. Evidemment, après tant d’attente et d’interrogations autour du duo écossais, on peut légitimement se poser la question d’une éventuelle déconnexion de l’électro made in 2013.  A bien des niveaux les tendances ont révélé un son plus corsé où le couple beat & bass n’a jamais été aussi dense (principe du side chaining très prisé de la french touch) ou un dubstep home-made usé à la corde, parfois brillant (Nicolas Jaar) mais très souvent inintéressant (les suiveurs se reconnaitront…). Mais Boards Of Canada n’a jamais dérogé à la règle. Une musique électronique singulière, n’appartenant à aucune chapelle et ne répondant à aucune logique commerciale ou de tendance de clubs. « Geoggadi », leur troisième album et probablement meilleur à ce jour (sorti en 2002), évoquait un voyage hors des sentiers battus pour je ne sais quelle destination inconnue. D’un autre temps, ou anticipant l’apocalypse « tranquille », BOC semble rester sur son fil rouge en ne dévoilant que quelques bribes de leur prochaine récolte, une vidéo et un site web touts droits sortis de La Chose de Carpenter. Rien d’encore identifiable mais beaucoup d’espoir identifié. En attendant, bloquons sur « Music Is Math », un des  titres phares de « Geoggadi ».

Chassol – Indiamore (2013)

Chassol

Comment définir ce projet musical? Déjà, un indice : une signature sur Tricatel, le label de l’iconoclaste et fin limier de la pop, Bertrand Burgalat. D’ores et déjà, un OVNI, puis une fusion des genres mise en oeuvre par un claviériste talentueux : Christophe Chassol. Evoluant dans un paysage indien où les voix s’entremêlent avec les cordes (le sitar), les tablas et des percussions évoquant aussi un jazz façon Stax (« XIXth Century ») ou très proche du « Politics » de Sébastien Tellier (« Odissi, Pt. III Farewell » avec la section rythmique parfaite emmenée par le batteur génial Lawrence Clais), Chassol s’aventure dans les terres d’une musique sacrée, tel un chantre de la symbiose occident/orient, à la manière d’un George Harrison du troisième millénaire. Cela pourrait s’arrêter aux clins d’oeil d’un musicien tout juste prêt à puiser dans la matrice orientale, mais « Indiamore » est bien plus qu’un simple hommage. A travers vingt-deux titres, c’est un véritable storytelling, une plongée dans un univers où le paysage sonore est le fil rouge d’une narration passionnée évitant tous les clichés du genre. Donc on chasse l’évidence pour se retrancher derrière la photographie de Calcutta et de Bénarès (d’où sont tirées des ambiances sonores locales, des sons de ville, des samples…) à la rencontre des talents locaux. Une belle découverte autour d’un concept, celui d’un musicien désireux d’une expérience de vie et avide de rencontres. Hare Krishna !

Deutsche Elektronische Musik 2 (2013)

Deutsche Elektronische Musik 2

Mettant en scène la crème de la musique krautrock (« rock du chou », genre musical consacrant les musiques électroniques et rock expérimental allemand), le deuxième volet de Deutsche Elektronische Musik regroupe une bonne poignée de quelques incontournables du genre (Can, Amon Düül II, Neu! ou Faust) qui ont su « s’internationaliser » mais également quelques raretés insoupçonnées et parfois délirantes (le psychédélisme d’A.R Machines tout droit sorti du « Majestic Request » des Stones) ou tout simplement ancré dans l’opéra rock façon « Tommy » des Who avec Gila et son « Sunday Dance » parfaitement british. Retranchés de part et d’autre du mur de Berlin (nous sommes entre 1971 et 1983) mais à dominante occidentales, la plupart de ses productions surfent à contre courant des tendances du moment, en Angleterre avec le glam rock, le heavy et plus tard le punk, voir précèdent certaines nouvelles sonorités qui feront légion dans les pays anglo-saxons au cours des années 80 (pop synthétique, new-wave). A posteriori, on se rend compte de l’impact de ces artistes sur un grand nombre de sorties de ces dernières années (Michael Hoening avec « Sun And Moon » et ce parallèle avec la french touch et notamment Sébastien Tellier, Can avec « Halleluwah » sur Radiohead et plus particulièrement Thom Yorke ou D.A.F. sur la James Murphy ou Liars…) et cette compilation, bien que pas forcément nouvelle pour un amateur du genre, saura dresser un panorama complet de la musique teutonne au cours de cette décennie légendaire de l’histoire du rock. Un incontournable donc, sorti tout droit de l’excellent label londonien Soul Jazz Records.

Can – Halleluwah (1971)

Michael Rother – Karussell (1977)

Depeche Mode – Delta Machine (2013)

Depeche Mode - Delta Machine (2013)

Décidément, un mois de mars propice au retour des plus grands. Après Bowie et son « The Next Day » réjouissant, c’est Depeche Mode qui refait surface avec « Delta Machine », un nouvel album assez différent des précédents et poursuivant une conquête sonore amorcée avec « Sound Of The Universe » en 2009. Car le trio de Basildon a réellement misé sur la production et le travail du son, allant rivaliser avec certaines atmosphères minimalistes d’Alva Noto (« Welcome To My World) troublantes et probablement déconcertantes pour le fan habitué aux chansons plus immédiates du groupe. La radicalité des instrumentaux révèle un penchant assumé pour l’électro minimale, flirtant avec la glitch (courant musical venant à traiter les sonorités de défaillance d’un appareil informatique ou l’usage délibéré des défauts de matière) et fouinant du côté de la musique indus (l’intro de « Soothe My Soul »). Pour autant, cette recherche du côté de l’éther ne vient pas masquer ce qui fait l’essentiel du matériel de Depeche Mode depuis sa création : des excellentes chansons. Dans une grande majorité, les titres sont réussis et observent un soin à la mélodie. Les arpégiateurs, les infra basses, les effluves synthétiques raides ne viennent pas masquer les nappes amenant l’espace mélodique pour un Dave Gahan en très grande forme (« Angel » ou l’immense « Should Be Higher » emmenant la voix de ce dernier dans une tessiture jusqu’ici insoupçonnée). La guitare de Martin Gore, bien qu’assez discrète tout au long de l’album, est d’autant plus importante qu’elle arrive à des moments inattendus (« Broken » et sa fin post rock) ou marquant un hommage (« Slow » et son blues mutant). Le lanscinant « Child Inside » rappelle franchement le deuxième album solo de Martin Gore (« Counterfeit 2 ») dans son rythme spatial et sa conduite sur mer d’huile. Pour ceux qui attendent l’improbable « Enjoy The Silence (bis) », il faudra passer son chemin, « Delta Machine » étant bien plus que cela. Fruit du cerveau d’un groupe ambitieux, soucieux de l’évolution des tendances musicales et des techniques de création, ce nouvel album est bluffant, par cette association de cultures, par ce soin à la production (signée Ben Hillier, l’indispensable quatrième homme des anglais), par cette vision tournée vers un post modernisme déroutant et apocalyptique (« Goodbye ») ramenant le blues d’un Junior Kimbrough sur les terres du Prométhée de Ridley Scott.

Graffiti6 – Colours (2012)

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Graffiti6 – Colours (2012)

Sortie en 2010, « Annie You Save Me » du groupe Graffiti6 est une petite pépite de pop music à cheval entre Electric Guest et le Ben Folds de « Rockin’ the Suburbs ». J’ai attendu une promenade dans les rayons disques sinistrés de la Fnac Saint-Lazare (en travaux…) et l’avis d’un vendeur pour découvrir l’album « Colours » et les chansons du duo londonien Jamie Scott (voix et composition) et Tommy « D » Danvers (production et composition). Découvrant les titres au fur à mesure de l’écoute en streaming HD sur notre plateforme préférée Qobuz, on arrive même à imaginer l’ombre d’un Rod Stewart sur « Free » et quelques traces du Kravitz de « I Belong To You » sur « Calm Strong ». Chose inattendue, les petits hommages par ci par là à feu Michael Hutchence d’INXS dont on a un peu tendance à oublier l’héritage. En écoutant l’album, sans crier au génie, on aura tendance à relever un plaisir purement hédoniste, celui d’une immense fête entre amis, partagée sur la plage, en plein été… Jamais éloigné d’une volonté d’accrocher le mainstream sans virer dans la mélasse radiophonique, Graffiti6 est une bonne surprise menée par l’excellente voix de Jamie Scott et servie par de très bonnes chansons. Dire qu’un jour les vendeurs Fnac ne seront plus qu’un lointain souvenir, au profit de vulgaires frigos Laden, participant au bombardement des rayons disques et servant la cause de la mass consumption… Trêve de pessimisme et place à la musique.