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Are You Talkin’ To Me?

Taxi Driver

Un des classiques de Martin Scorsese à qui l’on doit quelques chefs d’oeuvre du cinéma américain (il serait trop long de tous les citer ici), dont l’incontournable Taxi Driver où l’on voit Travis Bickle, interprété par un Robert De Niro en état de grâce, côtoyant la grandeur et la décadence new-yorkaises, jusqu’à perdre définitivement le contrôle et sombrer dans la folie. C’est cette folie que l’on retrouve dans ce montage sonore extrêmement dense où l’on parvient à saisir l’ambiance du film, lourde et oppressante. Avec, en toile de fond, cette mélodie sifflée qu’il m’arrive de reproduire dans les transports en commun, légère mais inquiétante, chevauchée par un déluge de sons concrets (bruits de revolver, portes de voiture…) et cette note d’infra basse tenue, comme pour appuyer le drame qui est en train de se dérouler sous nos yeux (sous nos oreilles, dois-je dire?). La montée en puissance est comparable à l’état dans lequel va évoluer le personnage de Travis Binckle, pris en étau entre sa raison, ses sentiments et l’implacable violence de la ville. Réalisé par Pable Fernandez Eyre, un directeur artistique barcelonais, cet essai vient parfaitement compléter le slogan mythique « Are You Talkin’ To Me », inlassablement repris par une, deux, trois générations… Car, dans moins d’un an, arrivera l’âge canonique, les quarante ans de cette pellicule mythique.

 

Oblivion, le travail de la musique et du design sonore

Oblivion

Pas réellement inoubliable, Oblivion n’en demeure pas moins un honnête film de science-fiction qui ravira les amateurs du genre et comblera les fans de blockbusters « Tom Cruisien ». Aussi, pour les passionnés de musique de films et de design sonore, ce reportage des SoundWorks Collection est particulièrement intéressant, mettant l’accent sur certaines séquences du film où le travail du son est millimétré (intérieur, extérieur, en lien avec l’univers science-fiction et technologique du film) et impressionnant dans l’impact et l’émotion qu’il peut révéler. Pour la petite anecdote, la musique a été co-composée par Anthony Gonzalez (M83) et Joseph Trapanese et c’est la deuxième fois que le réalisateur Joseph Kosinski s’entoure d’une fine lame de la french touch (après Daft Punk sur Tron).

 
 

Le synthétiseur

Michel_Magne

Mis en lumière dans les années 60 avec le célèbre Moog et surexploité dans les années 80 avec la synthpop et la new wave, cette vidéo de 1978 tirée des archives de l’INA et proposée par TF1 nous présente le synthétiseur. Comme le dit Michel Magne (1930-1984), l’instrument peut être « aussi chaud qu’un violoncelle, il suffit d’avoir le coeur pour le jouer et l’âme pour le comprendre ». Le compositeur français nous présente ce monde nouveau (nous sommes à la fin des années 70) avec une passion communicative et relève l’aspect instinctif de la musique synthétique, une musique tournée vers les jeunes et… le rêve. Ces treize minutes « pédagogiques » où l’on entend des sonorités lorgnant vers l’axe floydien des débuts et la fantaisie pop façon Fantomas (ndlr. Michel Magne est le compositeur de la mythique trilogie d’André Hunebelle) nous ramènent à la préhistoire de la musique numérique lorsque la synthèse relevait de l’analogique. Un document exceptionnel à dévorer !

Le battement d’aile du colibri

 diego_stocco_original

Le travail de design sonore nécessite de la créativité, de la technique, du bon matériel et surtout… des solutions originales. Diego Stocco, brillant designer sonore dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes, est le parfait exemple d’un travail résolument tourné vers une approche d’expérimentations des techniques de captation sonore. Fabricant ses propres sons muni d’un couple de micros et d’une carte son (type Apogée One), Diego Stocco, dévoile les facettes d’un métier passion à travers une série de vidéos didactiques sur sa chaîne Youtube. Enjoy !

La fabrication d’un tube disco

 

Telex

Nous sommes à la fin des années soixante-dix, le punk et la musique disco, bien que très logiquement opposés, cohabitent dans l’underground du rock et sur les pistes de danse. Alors que les Cerrone, Donna Summer, Abba (et j’en passe) s’imposent dans les charts, le groupe belge Telex sort « Moscow Diskow » (1978), le tube disco qui leur ouvre les portes d’une forte notoriété  à l’étranger. Sur le même schéma que Kraftwerk, ils utilisent exclusivement des synthétiseurs et des boîtes à rythmes pour élaborer leur musique. A l’époque, on imagine bien la stupéfaction du public face à ces étranges personnages et ses sonorités futuristes… Laborantins du son et de la synthèse, Marc Moulin et Dan Lacksman nous expliquent comment ils ont fabriqué cette « synthpop » atypique et loufoque, depuis leur studio où les machines à synthèse modulaire pullulent…

Le son en 3D

 

Le son en 3D

Depuis Avatar, sans doute meilleure preuve d’une 3D « intelligente », les films en 3 dimensions font légion et s’accaparent même certaines vieilleries mythiques du cinéma américain des années 90 (quid de Jurassic Park ressorti cette année pour l’occasion). Pour on contre? Telle n’est pas la question aujourd’hui, ni demain d’ailleurs, une réponse plus approfondie serait plus adaptée tenant compte de différentes considérations, tant artistiques que mercantiles (hum…).

Pour l’heure, intéressons nous au son en 3D et à cette expérience particulièrement bluffante.  Dans cet extrait en anglais intitulé « Virtual Barber Shop », on se retrouve complètement immergé dans un salon de coiffure où l’on peut suivre les mouvements des personnages, sentir les ciseaux se rapprocher de nos oreilles, le rasoir vibrer prêt de nos tempes ou encore percevoir les sons environnants. Peut-être une nouvelle façon d’appréhender le média audio visuel et ainsi développer notre rapport au sensoriel. Présenté depuis quelques années maintenant, le son en 3D ne parvient pas encore à se faire une place auprès du grand public (le procédé étant complexe et les systèmes de diffusion pas encore adaptés) et demeure une affaire d’experts. Néanmoins, profitons de cette expérience (avec un casque audio pour maximiser l’effet) et anticipons une petite coupe de printemps.

Le design sonore de BMW

Le design sonore de BMW

Un clignotant, une vitre qui se baisse… Chaque élément de l’habitacle ou de l’extérieur d’une BMW est accompagné d’un design sonore savamment étudié. Mais également une portière, celle qui par un claquement, évoque immédiatement la gamme dans laquelle se situe le véhicule. Se conformer à la fonction sur laquelle le son sera appliqué et la placer dans un contexte de plaisir de conduite et de sécurité, telle est la mission du designer sonore. Dans cette vidéo où est parfaitement résumé l’expertise, on notera cette exemple précis, celui du sonal « alerte » qui, par diverses déclinaisons, invitera le conducteur à mettre sa ceinture de sécurité. De l’invitation à l’injonction, il n’y a qu’un pas, et le son est une véritable signalétique mais également signe d’appartenance à une marque (question d’identité) : la famille de sons sera différente entre une marque et une autre. À cela s’ajoute la psycho acoustique (la manière dont notre cerveau interprète les sons) et l’acoustique du véhicule (nécessaire à l’élimination des sons « parasites ») pour aller vers un design sonore « actif » et combler ainsi l’exigence des conducteurs les plus passionnés.

Old Spice Muscle Music

Pour attaquer cette rentrée « bloggienne », un peu d’humour viral avec ce « Old Spice Muscle Music » qui met en scène un culturiste fortement épris de fûts en tous genres. Après avoir observé les exploits de  ce batteur atypique, l’interactivité est de mise avec la possibilité d’enregistrer ses propres rythmes en utilisant la fibre musculaire de notre homme. A vos électrodes !

 



 

Pantone et pochettes d'albums

 
Le pantone? Une variété de pâtes? Une marque de fringues? Négatif. Pour faire bref, le pantone vient du dix-neuvième siècle avec une petite société du même nom qui fabriquaient des nuanciers pour les fabricants de cosmétiques. Des décennies plus tard, le pantone est un principe, un procédé, regroupant les dix couleurs de base du nuancier, celui-ci étant l’outil privilégié des graphistes, chromistes et imprimeurs. Pour la petite anecdote du jour, l’idée du pantone a été développée pour imaginer la recomposition de quelques unes des pochettes de disques les plus mythiques. « Rubber Soul » des Beatles, « Atom Heart Mother » des Pink Floyd ou encore « Nevermind » de Nirvana (le diaporama sur le site compte une trentaines de pochettes) ont été revisitées par le graphiste David Marsh aka Artomattic qui présente ce travail comme une réflexion autour de la perception d’une image et de sa représentation mentale. David a travaillé à partir d’échantillons de couleur qu’il a extrait du nuancier Pantone (dans le logiciel Adobe Illustrator). La pochette, réduite à sa plus simple expression colorimétrique, est « recomposée » avec ces pixels de couleur. Lorsque l’on regarde cette image de près, on ne voit que des carrés de couleur accolés les uns aux autres. Par contre, si l’on s’éloigne notre mémoire fait un travail de recomposition visuelle et vous permet de reconstituer l’image mentale de la pochette. Belle source d’inspiration, il y a plus qu’à espérer que la dématérialisation de la musique n’entraîne pas la chute du « covert art », élément identitaire indispensable à la reconnaissance d’un album (Le Velvet et feu Andy Warhol ne viendraient certainement pas me contredire ;-).
 
Découvrir le travail de David Marsh ici.
 
Le blog de David Marsh.

De la musique dans le stéthoscope

A la question « Un bac de recyclage peut-il flatter autre chose que notre conscience écologique et citoyenne ? », la troupe Décor Sonore répond oui avec sa dernière création, Urbaphonix. Et c’est à nos oreilles qu’elle s’adresse. Cet ensemble de musiciens / performers / acrobates (car oui, il y a parfois de la cascade), dirigé par Michel Risse, transforme en effet tout ce qui lui passe par la main en instrument de musique improvisé. Et quel meilleur terrain d’expérimentation que notre environnement urbain quotidien ? Sous les doigts agiles de nos hôtes, et grâce à des petites merveilles technologiques évoquées il y a quelques temps dans ces pages, les roues de vélo deviennent des harpes, les fermetures éclair permettent de scratcher comme sur une bonne vieille MKII, puis l’instant d’après se muent en cuicas, le portail de l’immeuble sonne comme un vibraphone et le garde-corps du balcon de la voisine du premier, dont les géraniums n’en demandaient pas tant, se transforme en une basse au son saturé qui ferait pâlir de honte le plus hardcore des métalleux. Muets tels des mimes, l’oreille toujours tendue à la recherche de nouvelles surfaces à faire vibrer, les membres de Décor Sonore ne font que passer, donnant à l’assemblée qui les accompagne pour un temps, et aux badauds qui ont la chance de croiser leur chemin,  en  une étonnante illustration du précepte de John Cage : « Si un son vous dérange, écoutez le. » … Et de s’en aller comme il sont venus, sans un bruit, rendant à leurs instruments d’un instant leur fonction première, et laissant la rue retrouver son calme. Nos oreilles, elles, résonnent en revanche toujours de leurs facéties musicales.