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Diego Stocco – Music From Nature

 
Etonnant, curieux, bluffant… Le travail du compositeur et designer sonore Diego Stocco repose sur l’enregistrement d’éléments naturels (à partir d’un arbre – d’ailleurs cela nous ramène à ce micro phénoménal, le « mogees », évoqué le mois dernier dans ces colonnes – ) avec un élan créatif caractérisant un travail de design musical pour le moins atypique. Le concept inclut également comme « instruments » des ingrédients comme le miel, les amandes, le riz et la noix de coco, chacun d’entre eux jouant son rôle, percussif ou mélodique. La composition est basée uniquement sur l’aspect naturel donc il n’est pas nécessaire de chercher un son de synthétiseur ou autre sonorité électronique. « Music From Nature » ou l’inspiration écolo musicale du jour. Bravissimo !


 

 

Radiohead en 8 bits

 
Quoi de plus réjouissant qu’une fusion sonore entre Radiohead, l’un des groupes les plus importants de ces vingt dernières années, et la technologie 8 bits, celle de nos vieilles consoles Nintendo NES ou Sega Mastersystem (bon, c’est vrai, il y a aussi l’Atari 7800…)? Le feu sacré émane d’un(e) certain(e) QuintonSung, un(e) geek décidé(e) à mêler deux univers avec une palette sonore limitée, proche du premier Mario Bros. Exécuté à la perfection, l’exercice de style vient relever et mettre en relief les subtilités des arrangements de quintette d’Oxford. A découvrir absolument, pour les fans, les geeks et les curieux !

L'iPod, dix ans plus tard…

 

En novembre 2001, Apple lançait l’iPod, un petit appareil capable de stocker « 1000 chansons dans sa poche ». Pour le baladeur cassette et le Discman, c’est un sacré coup de vieux. Je me souviens, alors que je venais d’être recruté pour mon premier job, avoir été bluffé par le parc informatique de la structure. Des iMac, bleus, roses, blancs équipaient les bureaux. Pour l’époque, c’était une vraie originalité et une première marque de défiance envers la toute puissance des PC. Après, on connaît la suite, Apple continue sa marche vers l’avant en proposant des produits toujours plus pointus, imaginés pour plaire à l’esthète, le trend follower et celui qui envisage l’informatique associé au ludique, Apple devient un géant incontestable et devient la référence en matière de musique nomade (fin 2011, on recense plus de 350 millions d’iPod ont été vendus dans le monde). Ce mois-ci, le magazine Rock’n’folk en fait un article dans sa rubrique « Culte des objets ».

iPod « Culte des objets », à consulter en grande taille ici.

© Rock’n’folk n°537 – Mai 2012

Les ventes d’iPod depuis 2001.

Chrysalis

 

Quelques travaux personnels viennent se greffer entre le travail de recommandation et de création musicale pour les marques que nous effectuons avec Ohmwork. Il arrive que ces exercices, libres et délibérément axés sur une collaboration, une sensibilité ou un désir d' »évasion artistique » soient présentés voir expliqués dans ces colonnes. Non pas qu’il y ait une méthode mais plutôt un parcours créatif initiatique visant à emprunter des textures, des sons, une mélodie ou une harmonie. La finalité? Le plaisir de faire, le plaisir de ressentir. Donc, pour en venir à cette « Chrysalis », ce mini-court réalisé par la photographe Marie Hudelot, je me suis inventé une sorte d’histoire sur des images muettes et surtout sur le mystère entourant le personnage imaginé par l’artiste Benjamin Dukhan, sorte de gourou interstellaire s’amourachant d’un drap blanc tout en exécutant quelques pas de danse « anti-académiques » et improvisés. Cette histoire, je l’ai imaginé, volontairement pour m’échapper un instant de l’esthétique photographique de Marie Hudelot. Car il s’agissait de m’immerger dans un univers et devenir l’observateur, le narrateur puis le « metteur en sons ». Pour commencer, comme je le disais précédemment, un scénario m’est venu à l’esprit, celui d’un visiteur, une âme extra-terrestre venant observer l’humanité, sans désir d’invasion ou de calcul maléfique. Juste la photographie d’un environnement terrien, pas véritablement hostile mais enveloppé d’une nappe angoissante, celle d’une ville en ébullition et débordante d’urgence. Je voulais une base sonore percussive (un noyau sonore sur lequel je pourrais m’appuyer) qui mélangerait le bois et le verre et amènerait une mélodie. Celle-ci viendrait à être triturée, déconstruite et plongée dans une réverb pour accentuer le territoire inconnu et faire l’objet d’un passage dans un arpégiateur que j’allais pouvoir régler en fonction des séquences et des événements. Grand amateur de sonorités « kraftwekiennes », j’ai intégré une sonorité synthétique évoquant le mystère et l’extra-terrestre (à 00:38). Je n’ai pas souhaité créer d’éléments rythmiques en dehors d’un pied de grosse caisse pour amener le questionnement et laisser s’échapper le suspens ou une potentielle tension (qui ne se révélerait jamais, l’imaginaire se chargeant du reste…).  Un changement harmonique vient rompre avec l’aspect quasi « robotique » de la première partie (à 1:12). Je l’ai souhaité afin de que le spectateur puisse rentrer un instant dans l’intimité du personnage. Des nappes de voix, une respiration, alors que l’image se rapproche du visage. On vient à peine de percer quelques sentiments que la danse reprend…

 

Les traces sonores de Teufelsberg

Colline artificielle avec une histoire hors du commun (elle a été érigée par les Alliés après la Seconde Guerre Mondiale avec les gravats de Berlin pendant les vingt années de reconstruction de la ville), la station Teufelsberg (« la montagne du diable ») vient de faire l’objet d’une expérience inédite, à savoir un travail d’enregistrement de sons pour capter l’extraordinaire réverbération du lieu. Réalisée par un certain Richard Devine avec un simple enregistreur stéréo (Zoom H4), il dit s’être servi de différents matériaux comme le verre ou le bois. L’impact de ces matériaux offrent une réverbération naturelle, longue, profonde qui ne manque pas de nous évoquer le sound design de films d’anticipation où le néant côtoie le mystérieux. Décidément, Berlin n’en finit pas d’être le miroir parfait, le laboratoire dirais-je, d’une culture mystique, inspirante et ouvrant délibérément ses bras à l’art contemporain transcendé par l’Histoire.

Découvrir l’histoire de la station Teufelsberg ici.

Ecouter les extraits d’enregistrements de Richard Devine :

Combinaisons de pochettes d'albums

 
Commençons la semaine avec cette combinaison insolite de pochettes d’albums signée Christian Marclay, un musicien, compositeur et artiste plasticien suisse. Bien avant le phénomène sleeveface lancé il y a quelques années (et bien avant Internet également), avec une mise en scène autour d’une pochette de vinyle, Marclay nous proposait son assemblage d’artworks pour recréer une scène ou en imaginer une suite… Drôle et particulièrement savoureuse, cette découverte vient en marquer une autre, celle d’un artiste absolument incontournable dans le domaine de l’audiovisuel dont nous parlerons très bientôt dans ces colonnes.

Dans le studio du producteur Zdar

Moitié de l’un des fleurons de la french touch, le duo Cassius, Philippe Zdar est devenu une pointure de la production musicale actuelle. Il a travaillé avec Phoenix sur « Alphabetical » et « Wolfgang Amadeux Phoenix », leur dernier album en date, The Rapture, Housse de Racket ou les grands Beastie Boys. Dans cette interview vidéo accordée à Télérama, le producteur explique le rôle de celui qui encadre les musiciens et donne, avant toute chose, des clés pour débloquer une situation. On pourrait largement y consacrer un dossier tant le travail de ce « coach » est primordial à la réalisation d’un album. Dans certains cas, son apport est l’équivalent d’un cinquième homme, il façonne le son et donne une couleur, apporte sa touche personnelle (on peut citer George Martin, Phil Spector, Quincy Jones, Brian Eno, chacun dans son style, ou plus récemment Nigel Godrich sur les albums de Beck ou Radiohead), dans d’autres, il agit comme catalyseur et permet aux artistes d’aller au bout de ce qu’ils ont en tête, même les idées les plus farfelues ou dites « impossibles à mettre en oeuvre ». Zdar nous explique cette façon d’épauler l’artistique en y insufflant ce qu’il faut de magique… (le moment où il évoque le mix de « La Ritournelle » de Sébastien Tellier est particulièrement savoureux). Silence, on enregistre !


Dans le studio du producteur Philippe Zdar
par telerama

Spotify versus Vinyl Replica : support or not support ?

Internet pose de façon exacerbée le problème de la propriété intellectuelle et artistique pour laquelle notre Beaumarchais national avait pris fait et cause. A bien des égards, et en matière de « consommation musicale » spécialement, la toile propose un système alternatif d’échange que l’on pourrait qualifier de « communiste ». Il s’agit d’une mise à disposition généralisée de biens que les internautes se proposent de partager via des logiciels libres de partage de fichiers, du type emule. Quel beau pied de nez au système capitaliste fondé, quoi que l’on nous serve pour le justifier, sur la cupidité, principal moteur de l’action humaine ! Il ne s’agit pas de faire une critique simpliste d’une organisation de la production et des échanges qui a participé sur le long terme à l’amélioration générale des conditions de vie mais reconnaissons que les détenteurs du capital en sont les grands gagnants et que ledit système engendre des inégalités de plus en plus criantes en ces temps de crise. On sait qui payera les pots cassés… à moins que l’on ne soit inspiré par notre Beaumarchais national et son magnifique Figaro !
Alors je ne compatirais pas aux petits soucis économiques des majors qui pendant des années ont vampirisé les groupes qu’elles prenaient sous leurs ailes, ou plutôt entre leurs griffes. Sur ce point, les artistes bénéficiant d’une base de fans suffisamment étendue ont pu dire merde aux majors et proposer leurs œuvres en accès direct sur Internet, sans intermédiaire entre leur public et eux. On sait combien la vente en ligne d’In Rainbows et de The King of Limbs de Radiohead a été profitable aux musiciens. Que Spotify et autres Deezer proposent des abonnements payants pour l’écoute en ligne, on peut ne pas y voir d’objection si une partie des bénéfices permet de rétribuer les artistes. Car le communisme d’emule, si on peut dire, trouve ses limites dans le tort que l’échange gratuit cause aux artistes, dont certains peuvent se voir privés des fonds permettant le réinvestissement dans une nouvelle production.
Mais personnellement, pour déplacer le débat sur le terrain de la dématérialisation, je vois mal comment la mélomanie pourrait se départir de l’écoute de la musique sur support, vinyle, CD ou DVD. Les arguments sont nombreux : la qualité audio, l’identité phonique et graphique, le plaisir de tenir l’objet qui nous lie à l’artiste… L’industrie du disque ne traverse pas une zone de turbulences : elle vit une mutation sans précédent due à l’avènement d’Internet et devra s’adapter pour survivre. Il faudra reconnaître qu’il existe principalement deux catégories d’auditeurs : les profanes pour qui la musique est un divertissement comme un autre, un moyen de passer agréablement le temps et qui s’accommodent sans mal de la disparition du support, et les mélomanes qui seront toujours disposés à acquérir l’objet disque. Pour eux, il appartient aux majors d’améliorer leur offre en proposant davantage d’éditions enrichies, de collectors, de rééditions en format mini LP, etc. Tout mélomane ayant un collectionneur qui sommeille en lui, il est sûrement rentable de s’adresser à l’amateur éclairé, prêt à payer plus pour un produit de meilleur qualité. Et le tout dans un esprit écologique : produire moins mais mieux pour une égale rentabilité. Et en parallèle pourra se développer la vente en ligne d’albums dématérialisés.
Quant aux tout jeunes mélomanes de la génération MP3 qui n’ont pas eu l’occasion de chérir l’objet disque, il incombe à leurs aînés de les y éduquer.
John Fendley

Spotify, musique en ligne et axes pour avancer

Les ventes du CD continuent de chuter au premier semestre 2011 (-12%) mais Spotify, le service d’écoute de musique en ligne qui a le vent en poupe, pourrait enrayer une partie de la chute des ventes de musique enregistrée (-5,7% au premier semestre). Bien que nous soyons très loin d’approcher un nouveau modèle économique, salvateur pour une industrie en berne, l’entreprise d’origine suédoise a su conquérir 10 millions de personnes dans le monde pour 2,5 millions d’abonnés payants (chiffres 2011). Le service a multiplié par dix son nombre d’abonnés payants entre 2010 et 2011 ce qui peut laisser entrevoir un avenir prometteur (temporaire?) à cette façon de consommer de la musique. Il faut dire que Spotify a su élaborer un logiciel pratique, rapide à l’exécution et très proche des évolutions technologiques (nombreuses applications et des partenariats avec des marques, de la presse, des festivals…).  Néanmoins, une certaine forme de scepticisme pointe du côté des professionnels de la musique qui estiment que ce type de service « pourrait cannibaliser les revenus des ventes digitales traditionnelles » et c’est ST Holdings, représentant plus de 200 labels indépendants, qui l’affirme (ils ont récemment déserté la plateforme). Même s’il s’agit d’une exposition intéressante pour un artiste, comment un label peut-il récupérer sa mise (l’investissement dans le projet artistiques) si une grande partie de l’offre est gratuite? C’est cette problématique qui taraude les Pascal Nègre et autres « leaders » d’une industrie qui semble bien mal en point. Depuis plusieurs années, les comportements face à la musique ont considérablement évolué, les 18-25 ans ont, pour la plupart, toujours eu l’habitude du format mp3, il suffit de faire un simple sondage dans une classe étudiante. Le constat est le même lorsque que l’on aborde les questions « avez-vous déja acheté un disque? », « avez-vous déjà acheté de la musique sur Itunes? » ou « est-ce que vous pensez profiter pleinement de la musique avec un mp3 ». Le silence, quelques rares manifestations… Pour relever la tête, il me semble qu’il faudrait ouvrir deux axes :
– L’arrivée d’Internet et la très haut débit : la musique se répand à vitesse grand V avec les myspaces et autres plateformes destinées à promouvoir les artistes. La musique se dématérialise et certains sites permettent de télécharger de la musique gratuitement (et illégalement). Les pouvoirs publics réagissent tardivement et pensent « sanction » avec un Hadopi qui n’a d’intérêt que le nom, éventuellement pour un personnage de jeu vidéo ou… un chat. Mais ont-ils vu la problématique sous un autre angle? Qui a fournit cet accès internet très haut débit nécessaire au téléchargement libre? Les FAI. Qui s’entend sur des tarifs? Les FAI. Les Fournisseurs d’Accès à Internet. Sans vouloir les blâmer ou les accuser, à tort, d’un lien avec le piratage, ne pourraient-ils pas réserver 10 à 20% du montant de l’abonnement pour la création (musique, image) alors que celle-ci est massivement présente et fragilisée? On sait qu’il y a un possibilité dans le sens où une offre à 19,90 euros tout compris est envisageable. Un dirigeant de FAI l’avait abordé il y a quelques mois. Les acteurs planchent depuis des années sur une façon de s’entendre et de retrouver un « business model » viable pour le secteur. Des améliorations, certes, mais peu de sensibilisation et d’axes nouveaux.
– La sensibilisation, on y vient. L’écoute et la santé de l’auditeur sont mis à mal, certains formats actuels de musique sont un brouillon d’une réalité sonore élaborée par les musiciens, les producteurs et les ingénieurs du son. Leur but? Produire la musique et le son qui font écho à l’âme de l’artiste, avec perfectionnisme et soin de l’arrangement du morceau qu’ils imaginent. Des heures à travailler ce son pour ensuite le proposer à un auditeur qui va l’écouter, dans le meilleur des cas par un mp3 compressé à 320 kbps et dans le pire, à 128 kbps… Une conversion malheureuse qui réduit la qualité de la musique et peut causer, à terme, des dommages auditifs irréversibles surtout chez les jeunes directement concernés par le potentiel danger que représente le mp3 (Une étude américaine portant sur les adolescentes a d’ailleurs montré que ceux qui possèdent un mp3 ont 80 % de risques supplémentaires d’être atteintes de troubles de l’audition, comparées à celles qui n’en utilisent pas). D’où l’importance, non seulement de sensibiliser les jeunes à l’écoute de musique en choisissant des systèmes sonores plus propices à une écoute saine, ou dans une moindre mesure, des formats non compressés (Flac, Aif, Wav, Mp3 320 kbps…) qui ne viennent pas dénaturer le son. Qobuz pourrait s’avérer être une façon de contrer les risques avec une proposition d’écoute en haute fidélité et un son qui respecte l’enregistrement initial. Un concept intéressant à découvrir…

D’autres pistes? Vous avez la parole.

Le marché de la musique après la disparition d'EMI

 
Alors que la mythique major vient d’être avalée par le géant Universal, une première répartition du marché est présentée laissant les majors Universal et Sony dominer le marché de la musique mondial. Les indépendants restent à l’affût avec notamment les labels Beggars, Domino, XL, Pias etc etc. Au regard de ces parts de marché, Warner semble de plus en plus fragilisé face aux blocs Universal et Sony.

Si l’on se penche précisément sur les dix dernières années (voir plus bas), on remarque un regroupement et des fusions, disparaissant ainsi quelques acteurs historiques de l’industrie de la musique comme BMG ou EMI. Comme pour faire face à une mutation du marché (depuis déjà de nombreuses) dorénavant fragile et condamné à rapidement évoluer, les acteurs font corps en se rapprochant. Va-t-on éviter l’implosion pour autant?
Source : Telerama.com/musique