Tous les articles dans Reports

43 Articles

Mélanie Pain + Beaty Heart @La Flèche d’Or, Vendredi 11 avril

Mélanie Pain

Beaty Heart ouvre le bal d’une soirée placée sous le signe de la pop bigarrée. Bigarrée, oui, avec ces anglais jouant dans la cour de Vampire Weekend sans pour autant opérer à une vulgaire décalcomanie sans intérêt. Car le trio se distingue par cette empreinte dans le territoire défriché auparavant par Paul Simon avec « Graceland », initiateur de la rencontre pop et la world music, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, dans la jungle « Ryderienne » des Happy Mondays, éminent groupe mancunien 90′s. Les rythmes sont marqués et invitent clairement à danser, à la manière d’une mini Hacienda (sans les acides). Multi-instrumentistes et touche-à-tout manifestement doués, les Beaty Heart s’échangent les postes et parviennent à insuffler suffisamment de bonnes ondes pour entraîner le public parisien venu majoritairement voir l’un des secrets les mieux gardés de la pop française : Mélanie Pain.

Justement, il y a une recette Mélanie Pain comme il peut y avoir une recette Émilie Simon. Cette pop expérimente, défriche, sans pour autant tomber dans l’inaccessible. Elle m’évoque parfois (j’avoue je suis allé chercher loin) la dactylographie sonore de The Great Escape de Blur avec les petits solis de synthés parsemant les morceaux de touches analogiques insolites. La mixture est judicieuse et le trio parfaitement en place (chant/clavier, guitare/clavier, batterie/choeurs), résumant l’image de la famille (recomposée) idéale. Alternant l’anglais et le français avec des figures souples et synchronisées, Mélanie envisage ses chansons avec le souci de l’arrangement intelligent en évitant l’écueil du formatage radiophonique calibré pour plaire à la veuve, l’orphelin et le chaland du samedi après-midi chez Carrefour. Comme pour souligner ce plateau idéal, coïncidence ou pas, on notera l’excellent « Bye Bye Manchester » en guise d’amuse bouche.

Iceland Airwaves Festival, Vendredi 1er novembre

Islande

Iceland Airwaves Festival 2013

Nous accusons un peu de retard pour ce compte-rendu du troisième jour de l’Iceland Airwaves Festival… Mais le retour en France a été plus délicat que prévu et les premières heures sur le sol parisien n’ont pas été d’une limpidité phénoménale. Gris, pollution, encombrement dans les transports et mines abbatues viennent s’opposer à la beauté de l’île et son exceptionnelle qualité de vie. Qu’importe, le désir profond est d’y retourner, peut-être en été pour parcourir ce fabuleux territoire où l’océan côtoie le maquis et la montagne avec une étonnante proximité.

John Grant

John Grant @ Kex Hostel 

Premier concert de la journée en « Off Venue » de l’Iceland Airwaves, John Grant dans le hall rustique et à la fois contemporain (à la Berlinoise) du Kex Hostel. La foule est impressionnante, massée devant le petit salon de l’hôtel où se trouve une petite bibliothèque ornée de vieux livres, d’objets hétéroclites et de… vinyles. Après une petite dizaine de minutes d’attente et l’annonce d’une diffusion simultanée sur KEXP Radio Seattle, John Grant s’empare du micro et démarre son set. D’emblée, on est scotché par le son, absolument parfait, restituant magnifiquement la voix et les arrangements du groupe (l’acoustique est précise et confortable). Moment cocasse, alors qu’une dizaine d’enfants sont agglutinés devant la scène (une sortie scolaire probablement), John Grant annonce qu’il va devoir adapter ses paroles et ainsi mettre au placard (ponctuellement) ses bien célèbres « motherfucker ». « GMF » et son « Greatest Motherfucker » se transforme donc en « The Greatest Living Creature »… Suivra la splendide « Marz » (rappelant le meilleur de Scott Walker et Elton John) du non moins splendide « Queen Of Denmark » qui démontre les étonnantes capacités vocales de l’américain. « Pale Green Ghost » et son atmosphère post apocalyptique prend une autre dimension dans ce Kex Hostel transfiguré et prêt à décoller (l’arrangement electro est véritablement adapté à la scène et permet quelques débordements analogiques bienvenues). Délicieux.

Carmen Villain

Carmen VillainKvosin Hotel

Découverte loin d’être renversante, Carmen Villain mêle Velvet Underground et shoegazing anglais. Répétitive, nonchalante (le guitariste avait l’air de s’ennuyer profondément, recroquevillé et prêt à s’endormir sur son tabouret) et souvent poussive, la musique s’encombre dans des tapis de guitares (les mêmes accords grattés où pas grand chose d’intéressant ne ressort. Comme quoi la reconversion top model-artiste est loin d’être chose sûre et heureuse. Aller, on switche vers la Wallonie qui investit la scène du Kvosin Hotel.

Girls In Hawaï

Girls In Hawaï @ Kvosin Hotel

Malgré quelques difficultés liées à des réglages de son, les belges remplissent le contrat et réussissent à donner de l’ampleur à leurs chansons qui sont des moments pop à la fois touchants, enjoués ou dotés d’une énergie rock prenante. Les harmonies vocales des deux chanteurs guitaristes marchent parfaitement et inévitablement, comme leurs aînés de dEUS, on retient une empreinte sonore, une marque de fabrique qui définit . Auteurs d’un troisièmes album particulièrement réussit sorti en cette rentrée 2013 (« Everest »), Antoine Wielemans et sa bande continuent leur bonhomme de chemin reprenant ainsi les rennes d’un projet que l’on attend toujours tous les trois ans, dans les bacs.

Asgeir Trausti.

Ásgeir Trausti @ Kex Hostel

Prodige de la scène islandaise et véritable sensation de l’année en Islande, le jeune Ásgeir Trausti et ses vingt et un printemps trouve sa voie dans la folk de Bon Iver (le mimétisme de la voix est évident) et l’ambiant dubstep de James Blake. Donc pas de surprise malgré un talent véritable et une sincérité dans le propos. La foule est dense dans le salon du Kex Hostel, acquise et désireuse d’approcher celui qui peut rêver d’une carrière internationale à la Sigur Rós (son album « Dýrð í dauðaþögn » a été réinterprété en anglais). Retranché derrière sa guitare ou son clavier, l’islandais enchaîne ses chansons sans regarder le public. On le devine introverti, peu confiant en lui malgré l’évidente maîtrise de son art. A suivre !

Mariam The Believer

Mariam The Believer @ Gamla Bío

LA vraie découverte du festival ! La suédoise Mariam dévoile un charisme et une fougue qui servent des chansons pop denses et lorgnant vers la tension scénique que l’on retrouve chez Nick Cave & The Bad Seeds. Diva à la voix mutante, allant de la force au murmure, Mariam dose parfaitement son set, combinant rock puissant, pop et moments apaisés. La veille, elle enflammait La Flèche D’Or à Paris.  On attend un compte-rendu histoire de vérifier l’emballement.

Villagers

Villagers @ Gamla Bío

« Becoming A Jackal » avait eu l’effet d’une bombe lors de sa sortie en 2010. Critiques, fans, l’évident consensus autour de ce premier album n’avait rien d’un buzz ou d’un quelconque enthousiasme démesuré (chose assez récurrente dans la presse ces dernières années).  Songwriter d’exception, Conor J. O’Brien a bien saisi l’essence de la chanson folk et mène Villagers vers les sommets (« Becoming A Jackal » a reçu un Ivor Novello Award de meilleure chanson) tout en s’essayant à la musique électronique que l’on retrouve parsemé dans son récent « Awayland ». Ce deuxième album, bien qu’ambitieux et plus relevé dans l’instrumentation, n’a pas la même constance que le précédent et pêche sur la fin. Sur la scène du Gamla Bíó, les Irlandais sont justes et dosent parfaitement leurs interventions dans le respect de la confection studio. O’Brien, le plus souvent accompagné de sa guitare acoustique, montre qu’il ne cantonne pas son interprétation à la folk et sait exploser quand les chansons virent à une montée rock (l’intense final de « Nothing Arrived »).

Épilogue de Festival

Une clôture de festival en ce qui nous concerne, avec des images, des sons, des chansons et des émotions plein la tête. Après avoir éprouvé un certain nombre d’événements musicaux depuis dix ans, je dois dire que cette expérience islandaise est la meilleure, la plus mémorable, par la qualité de la programmation, par les possibilités d’immersion en musique islandaise, mais surtout par l’exceptionnel cadre et cette ambiance qui règne dans la ville. Reykjavik, ville rock, Reykjavik, ville rêvée, ville de musique, ville de beauté et petit microcosme protégé de la sinistrose et des complaintes européennes. Un must à découvrir une fois avant le trépas.

Iceland Airwaves Festival, Jeudi 31 octobre

Reykjavik

Iceland Airwaves Festival 2013

Deuxième jour de festival, entre des déambulations dans les rues de Reykjavik et un programme bien ficelé dans la très réussie application dédiée au festival. Le temps est ensoleillé et l’ambiance dans la ville toujours aussi propice à l’euphorie.

Première halte au Koffin Café, un peu au hasard dans le off-venue, le groupe islandais My Brother Is Pale, sorte de Muse ressuscité façon Showbiz. Parfaitement comprise, la règle instaurée par Matthew Bellamy continue de faire des petits. Sans surprendre, le groupe réussit parfois à toucher, grâce à une excellente maîtrise de l’instrument mais peine à s’extirper du mimétisme Muse ou Kings Of Leon. L’avant dernière chanson, dont je ne connais le nom, s’avère plus ambitieuse avec une touche electro plutôt bienvenue malgré un lyrisme (trop) exacerbé.

Original Melody

Original Melody @Gamli Gaukurin

Ces gars la n’ont pas l’air de rappeurs, plutôt de bûcherons ou d’étudiants en lettres modernes (en fin de cycle, précisons, et avec quelques années d’endormissement) mais l’habit ne fait pas le MC et ces trois là maîtrisent l’art du flow et leurs solides références old school façon hip-hop 90′s. Des guests (un sax et une chanteuse) accompagneront l’ensemble pour le saupoudrage sexy et la clôture sur un choeur improvisé de potes présents dans la salle… Super instrus et sens du show viendront convaincre le public, captif et sensible au head banging. Bonne pioche d’autant que les lascars n’avaient pas foulé la scène depuis 3 ans !

Tempel

Tempel @Gamla Bíó 

Les quatre suédois nous ramènent vers Mogwaï et un post rock où les guitares tapissent le spectre sonore d’effets et saturations denses. Parfois, on se prend à cette atmosphère qui révèle quelques moments planants, parfaits pour s’approprier les paysages lunaires que dessinent le groupe. La bande originale de film n’est jamais loin et la communion s’apparente à un vaste banquet où tout le monde serait tenu au silence ou à l’explosion. Au choix.

Samaris

Samaris @Gamla Bíó 

Peu enclin à bouger et préférant observer un moment de repos dans cette ancienne salle de cinéma au charme typique, nous attendons  Samaris et son imagerie singulière. Ce combo étrange combine une sorte d’electronica et de musique down tempo nous ramenant vers Björk (le chant est un marqueur évident) sans pour autant retrouver l’exceptionnelle force émotionnelle résidant dans la voix de la légende islandaise. Les instrumentaux sont plutôt bien ficelés et les sons intéressant mais on parvient difficilement à s’accrocher à quelque chose. Chose plutôt curieuse, la clarinettiste au jeu difficilement discernable n’apporte pas grand chose… Un bon potentiel néanmoins pour un groupe qui a déjà obtenu quelques récompenses locales.

Jagwar Ma

Jagwar Ma @Reykjavik Art Museum

Ou comment envoyer la sauce rock sans batterie? À l’évidence, la formule trio guitare voix, basse et machines fonctionne à merveille. Les australiens ressortent clairement la veille recette de leurs aînés (The Music, BRMC…) mais parviennent à insuffler ce qu’il faut de neuf pour ne pas tomber dans la redite. Du neuf, oui, avec cette sauce dancefloor qu’apprécierait sans doute Shaun Ryder en bon patron de l’amphet rock et des happy mondays. Serait-ce la formule d’un rock futuriste où le sacro saint basse batterie guitare chant serait définitivement relayé au rang d’objet de musée ou de relique préhistorique ? N’allons pas trop vite en besogne. Jagwar Ma a clairement identifié un potentiel et a probablement saisi quelque chose qui échappe sans doute à la scène rock actuelle. L’envie de tuer le père, de définitivement clore le chapitre 70´s en s’appropriant une nouvelle façon de traiter ses chansons. Minuit et quelques, on finit ce second jour de festival avec déjà l’envie d’en découdre demain. Big programmation en vue !

Iceland Airwaves Festival, Mercredi 30 octobre

Iceland

Iceland Airwaves Festival 2013

La 15ème édition de l’Iceland Airwaves Festival s’annonce sous les meilleurs auspices avec un temps froid, certes (nous sommes à 300 kilomètres du Groenland, rappelons-le), mais dépourvu de tout branle-bas de combat climatique. Pas de tempête, ni de déluge en prévision, nous commençons à arpenter les rues Reykjavik, la petite capitale insulaire de 120 000 âmes, en découvrant ça et là, la qualité de vie de l’Islandais qui vit en osmose avec la musique. Les magasins de disques sont légion et offrent au mélomane une caverne d’Ali Baba où les rangées de vinyles s’étendent et où l’espace donne l’opportunité aux musiciens d’offrir de belles prestations acoustiques dans un cadre juste parfait (festival off-venue). Nous aurons l’occasion de tomber sous le charme de Hanna Lees, une jeune américaine qui chante à la manière d’Alela Diane, avec sa guitare acoustique entourée de vêtements, pantoufles et pulls islandais (les fameux !). Le folk s’imbibe dans le magasin &PO pendant que l’on imagine déjà l’effervescence gagnant progressivement la ville. Les artistes gagnent les rues, du petit bar du coin jusqu’à la salle prestigieuse, en passant par la boutique de fringues hipster. D’ailleurs, il n’est pas rare de les croiser dans la rue, avec leur guitare en bandoulière, allant à leur prochain gig, toujours à la recherche d’un nouveau public. Notre programme est bouclé, entre artistes internationaux et pépites locales mais il est plutôt réjouissant de savoir que nous pouvons tomber à tout moment sur un nouveau talent qui sera peut-être le Sigur Rós de demain… Première sensation forte prévue au programme, Agent Fresco et son rock alternatif combinant pop songs efficaces et métal décoiffant. Une excellente entrée en matière dans le « lourd » de la programmation du Airwaves. À cinq minutes à pied, nous rejoignons le Harpa Center, l’immense centre culturel islandais avec son architecture contemporaine impressionnante. Nous retrouvons Bloodgroup, une sorte d’OVNI pas vraiment abouti, mélangeant une sorte d’emo rock et de trip-hop façon Archive. Pas réellement convaincant, nous quittons les lieux avant de retrouver l’immense Emiliana Torrini, une des fiertés de la nation avec Björk, et sa voix envoutante. Depuis plus de dix ans, elle parcourt le monde avec des chansons gracieuses qui sont parvenues à lui apporter une notoriété mondiale, répandant ainsi la bonne parole insulaire. Belle entrée en matière avant d’attaquer le deuxième jour où les concerts démarrent très tôt, un peu partout… A demain pour la daily review !

Godspeed You! Black Emperor @ Le Trianon (Paris), dimanche 18 août

godspeed-you-black-emperor

Les portes ouvrent tôt – 19h tapantes. On a le temps de s’installer confortablement au premier balcon… L’ambiance est calme ; le public, composé essentiellement de mélomanes sereins, dans les 30-45 ans en moyenne.

Le concert de GYBE… Une première analogie vient à l’esprit, qui pourra surprendre mais qu’on excusera en y trouvant un minimum de pertinence : comme la musique du groupe français MAGMA, celle des canadiens de GODSPEED est faite avant tout pour le live. Avant d’acheter la discographie complète de MAGMA, le néophyte aura dû être capté par le groupe live. Sur disque, on mesure mal ce que la musique de pareil phénomène veut dire. Pareillement, la musique de GODSPEED requiert les conditions du live pour être appréciée à sa juste valeur – appréciée et comprise, dans toute sa chair.

Ce concert était un événement. En ce mois d’août silencieux pourtant, on doute qu’il ait fait grand bruit. Le son était absolument extraordinaire de précision (bien supérieur à tout ce que j’ai pu voir récemment). Et pourtant il fallait sonoriser 3 guitares, 2 basses (tantôt deux basses électriques, tantôt une électrique et une contrebasse), 1 violon et 2 batteries! D’ailleurs, il me semble qu’intrinsèquement le postrock a un impérieux besoin d’un son soigné, méticuleux, maniaque, sans lequel son discours serait inaudible.

Les deux heures de concert ont filé, le temps momentanément suspendu, tout immergé qu’était l’auditeur dans la matière sonore. Tous les morceaux (bien longs, cf. la setlist) ont été enchaînés sans une parole de la part des musiciens – une marque de fabrique du groupe. Les liaisons ont été particulièrement soignées. Avec le jeu visuel qu’on décrira bientôt, elles ont grandement contribué à faire de ce concert un tout homogène. Moi qui ne connaissais pas grand-chose du groupe, j’ai quasiment eu l’impression d’assister à la composition en direct d’un morceau de musique pharaonique.

Sur grand écran étaient projetés des morceaux de films sur bandes (des paysages désertiques urbains, des bâtiments esseulés dans l’immensité, etc.) et des images floutées façon diapo. Un technicien se vouait entièrement à cette projection artiste qui épousait les évolutions sonores pouvant atteindre des apogées cataclysmiques. Attention, on trouve chez GODSPEED de très belles mélodies mais il faut reconnaître que leur musique repose presque exclusivement sur la montée très progressive en intensité jusqu’à un climax jubilatoire.

Un véritable magma sonore dont on ressort… heureux.

John Fendley

Setlist :

-        Hope Drone

-        Mladic

-        Monheim

-        Behemoth

-        The Sad Mafioso

Rappel :

-        Moya

Brandt, Brauer, Frick, Live @ Point Ephémère (Paris), vendredi 15 mars 2013

Brandt, Brauer, Frick, concert au Point Ephémère

Rencontrés juste avant leur prestation au Point Ephémère (Paris), les allemands de Brandt, Brauer, Frick ont réellement embrasé la petite scène jouxtant le canal Saint-Martin en ce vendredi verglacé parisien. Avec leur musique électronique atypique et leur agilité à enchaîner les rythmes big beat, le trio clame haut et fort son admiration pour la scène house nineties de Détroit et les embardées psychédéliques made in Manchester. Mais les réduire à ces deux mouvements serait trop réducteur. Avec la foi d’une maîtrise instrumentale pointue (piano, percussions…), ils offrent un apport savant de sonorités acoustiques et rendent ainsi leur projet très vivant et surtout différenciant de la scène électronique actuelle. Affairés en permanence à triturer les sons ou à enchaîner les rythmiques martiales (avec une vraie batterie sur tous les morceaux et un batteur au click), sans aucun temps mort, ils donnent une dimension supplémentaire à leurs titres avec Om’Mas Keith (producteur et musicien américain déjà présent en guest sur leur nouvel album « Miami ») au chant, au clavier et à la basse qui les accompagne sur toute leur tournée européenne. L’ambiance est celle d’une teuf confinée à un espace clôt où le public, bien que conquis, peine néanmoins à bouger, se contentant de scruter la scène et l’enthousiasme du groupe, hyperactif et concentré derrière ses instruments et ses machines. Pour ceux qui, comme moi, ont écouté « Miami » avant d’aller au concert, on constatera un certain décalage entre l’enregistrement et sa retranscription scénique, évidemment tournée vers un arrangement techno plus traditionnel mais réellement sophistiqué et parsemé de petites trouvailles sonores et vocales (l’apport d’Om’Mas Keith donne du relief et humanise les morceaux). Peut-être qu’un set parsemé de pauses planantes (« Miami Theme » ou « Miami Drift », visiblement pas jouées ce soir-là) auraient servies à relancer l’attention, par moment engluée dans une rythmique omniprésente et parfois trop récurrente. Mais a priori, ce soir-là, c’était du 150 à l’heure sur l’autobahn, n’en déplaise aux limitations de vitesse, inexistantes par-delà du Rhin.

Sébastien Tellier, concert Casino de Paris (Paris), Lundi 3 décembre 2012


Sébastien Tellier, c’est le genre de personnage qui agace la bien-pensance, celle d’une Audrey Pulvar à la coupe Robert Smith (au moment d’entrer à la direction des Inrocks) et aux lunettes au K-euros, ou celle des gens trop occupés à bouquiner les dernières sottises sentimentales d’un Marc Levy ou d’un Guillaume Musso. Car Pulvar, au-delà de ses qualités d’analyste politique et sociétale, préfère sans doute Dany Boon ou Jamel (plus facile d’abord) au premier degré absurdo déglingué du barbu le plus célèbre de France (après Chabal, cela va sans dire). Pourtant, il fallait en avoir de l’humour, Montebourg et sa marinière… Tiens, une initiative qui rentrerait parfaitement dans le cadre de l’Alliance Bleue. Justement, cette Alliance Bleue, quelle a été son aura en ce lundi soir hivernal de décembre? Le gourou a-t-il su convertir de nouveaux adeptes à sa religion?  Et bien, oui. Introduisant l’éminence bleue avec le fameux Pépito, le ton semble être donné. Ce soir, nous allons vivre un concert pas comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un concert? Alors même que Tellier nous invite à choisir entre un concert classique ou un bordel monstre (on devine quel a été le choix du public), c’est un déluge sonore qui s’abat sur l’enceinte avec « Against The Law » où Sébastien (alias Maman comme il aime être appelé… hum) fait figure de guitar hero sorti tout droit de avec sa Flying V bleue, cette guitare que l’on croyait enterrée avec Van Halen & co. « Cochon Ville », le single, prend des allures de strip tease, respectant ainsi la pureté initiée dans les livres de l’Alliance. Invitant sur scène les amateurs de danse effeuillée, le maître voit ainsi sa prophétie s’accomplir, l’amour et la nudité. Réclamant sa vodka et sa clope, le concert prend des allures de show absurde où les blagues fusent et les réflexions philosophiques décalées prennent à chaque fois une dimension surréaliste (le fou, dans sa tête, il n’est pas fou…). Car un concert de Sébastien Tellier, c’est forcément surréaliste, à mille lieux du show tradi calibré pour respecter je ne sais quelle cohérence de tournée. Comment bouder son plaisir? Surtout lorsqu’il fait illusion sur scène avec un sosie, à l’intro de « Divine », pour mieux arriver par le fond de la scène et toucher ses fidèles. De retour sur scène non sans difficulté (dur d’enchaîner les vodkas), il n’omettra pas de livrer sa fameuse « Ritournelle » (seul titre de l’indispensable « Politics », un de mes albums cultes, hélas…) ou « L’Amour et la Violence », évoquant un attrait évident pour Christophe dont il ne reprendra pas « La Dolce Vita » comme lors de la tournée Sexuality. Une setlist courte, certes (une petite dizaine de titres) et quelques approximations musicales parfois, mais une expérience inoubliable et une liberté qui nous rappelle à quel point l’art est synonyme d’esprit libre et que les âmes délirantes, facétieuses, chassant la concession et ne cédant pas aux contraintes sont probablement celles qui font avancer le schmilblick. Ce soir, c’est tout le Casino de Paris qui a ri et vibré aux nappes synth pop de « My God Is Blue », bien épaulé par deux apôtres (à la batterie électronique et aux claviers) parfois surpris par les déambulations verbales non contrôlées du gourou. Délicieux comme un bonbon Schtroumpf au fond d’une vodka, le goût de cet événement restera gravé comme un monument de pur hédonisme.

Creative Mornings avec Mirwaïs et Laetitia Masson

creative mornings_laetitia masson_mirwais

Immédiatement après avoir été informé (via Twitter) du Creative Mornings de ce mois de novembre, je me suis rapidement inscrit car il était évident que la thématique suivante allait mobiliser notre ligne éditoriale : « Deux artistes et entrepreneurs évoque la création autrement, à la marge du système et grâce aux nouvelles technologies. » Les artistes en question n’étaient d’autre que le musicien producteur Mirwaïs et la réalisatrice Laetitia Masson (en ce moment en train de collaborer sur un film). Et leur point de vue étaient forcément pertinents, sortant des sentiers battus des stratégies marketing traditionnelles de l’industrie du cinéma vouées à une évidente disparition (la musique ayant déjà emboité le pas). Alors, pour éviter de nous embarquer dans de longues phrases et suivre la ligne Twitter (celle qui nous a embarqué dans les Salons Marboeuf), nous avons relevé quelques passages clés de cette conférence et nous terminerons en musique avec l’excellente « Naive Song » de Mirwaïs :

@Mirwaïs
Celui qui gagne, ce n’est pas celui qui crée mais celui qui diffuse.
@Mirwaïs
Le créateur doit savoir diffuser, ce n’est pas une question d’argent mais de networking.
@Mirwaïs
La simplification de la technologie bouleverse le principe de création.
@Mirwaïs
La pop culture n’échappe pas à l’imposture (quid de l’art contemporain).
@Laetitia Masson
La pub récupère la création contemporaine et les agences de communication peuvent jouer le rôle de distributeur en élevant la création.
@Mirwaïs
La société a besoin d’artistes. Pourquoi tant de mauvaise musique dans les charts?
@Laetitia Masson
L’artiste a un rôle dans la société. Il n’est pas censé être dans l’establishment.
@Mirwaïs
La création, c’est créer son identité.
@Laetitia Masson
La musique ne doit pas être codée. On doit pouvoir créer des associations entre gens du même bord.
@Mirwaïs
Formuler, passer à l’action avant de réfléchir aux moyens. L’idée étant de raccourcir le temps entre deux productions.


Velvet Underground Revisited

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister au concert-hommage rendu au Velvet Underground l’an dernier à La Cité de la Musique (dans le cadre du Festival Days Off), Citedelamusiquelive.tv vous permet de vivre un instant gracieux avec quelques pointures de la scène pop actuelle : Gaz Coombes (Supergrass), Nigel Godrich (le producteur que l’on ne présente plus), Joey Waronker (batteur de Beck notamment), Nicolas Godin (moitié du duo d’Air), Colin Greenwood (bassiste de Radiohead)… Supergroupe monté pour l’occasion, c’est avec délectation que l’on retrouve les grands morceaux de Lou Reed and co interprétés avec talent par des fans respectueux d’une des oeuvres majeures de la musique contemporaine du vingtième siècle. Chapeau également pour l’ambiance visuelle.

A découvrir ici.

Buck 65, concert à La Maroquinerie (Paris), Mardi 6 Novembre

Buck 65, c’est une longue histoire, amorcée avec l’album « Talkin’ Honk Blues » en 2003 et l’excellent « Wicked And Weird qui a tourné en boucle tout l’été, sur la route des Eurockéennes, la vingtaine à peine entamée. Evidemment, le canadien fait partie des meubles, avec son abstract hip-hop teinté de country, de blues, de rock et de musique électronique, le tout avec un goût pour les histoires croustillantes, non dénuées d’un humour piquant (« Superstars Don’t Love ») ou l’appropriations des tendances audiovisuelles du moment (« Zombie Delight »). Ultra prolixe, Richard Terfry a sorti près d’un album par an depuis sa signature chez Warner en 2003, multipliant les collaborations (dont l’exquis projet Bike For Three! (2009) avec Joëlle Phuong Minh Lê, responsable de la production électronique de l’opus) et les featurings improbables (Olivia Ruiz, Electrelane…). En ce mardi de novembre frisquet, c’est un Buck qui retrouve une Maroquinerie pleine à craquer, visiblement prête à accueillir beats, flow éraillé et déambulations approximatives du canadien qui a délaissé ses traditionnels costards de scène pour une tenue plus urbaine, avec casquette vissée sur la tête et désir de s’approprier la scène avec danses improbables et mimes cocasses. Solo, il enchaîne ses titres avec quelques scratchs qui parsèment un set non sans surprises allant jusqu’à s’approprier un classique eighties (le « Smalltown Boy » de Bronski Beat alias Jimmy Sommerville) ou changer l’instrumental de « Wicked And Weird » (un des thèmes d’Amélie Poulain signé Yann Tiersen). Alors qu’il évoque la sortie de son prochain album pour avril 2013, Buck descend de la scène, check le son de l’une de ses prochaines productions et disparaît un instant avant de revenir pour un rappel où il reviendra une nouvelle fois dans le public serrer quelques paluches et engager la conversation. Accessible, aventureuse et complètement atypique, cette musique urbaine servie par un cow boy cool et racé des temps modernes est à découvrir sur scène (et ça tombe bien, il sera de retour à l’Olympia au mois de février prochain!).

« Zombie Delight » (« 20 Odd Years », 2010)