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Pepe Deluxé – Queen Of The Wave (2012)

Pepe Deluxé_Queen Of The Wave

Ils sont finlandais et viennent nous titiller sur des références majeures des années 90-00 néo-psychédéliques (MGMT, Tame Impala), elles-mêmes s’inspirant de la vague flower power de la fin des années soixante. Dans ce « Queen Of The Wave » complètement délirant et d’un hétéroclisme à couper le souffle (on déambule dans un cabinet de curiosités où l’espace temps est modifié en permanence), on retrouve la pop des excellents et mésestimés The Coral (« Queenwave ») et quelques resucées du rock au parfum maharishi de Kula Shaker (« A Night And A Day »). Hyper ambitieux, ce troisième album, présenté comme un concept à part entière, vient créer des passerelles fantastiques entre une folk moderne (« Iron Giant » et cette parenté évidente avec Edward Sharpe & The Magnetic Zeros) s’affranchissant du repère marketing du moment (l’electro pop rincée à grands coups d’interjections – les « he ho ho » florissant jusqu’à l’indigestion) et un rock psychédélique mâtiné d’un classicisme pop (« Riders Of The First Ark » où l’on retrouve quelques échappées lyriques façon Burt Bacharach, Roy Orbinson ou encore Scott Walker). Pepe Deluxé se présente comme un collectif inter-continental naviguant sur un océan où les limites sont inexistantes et les escales parfaitement flamboyantes, délicieusement psychotropiques… Peut-être que  cet opéra rock peut parfois s’avérer parfois un peu trop copieux… Mais on ne boude pas notre plaisir, ce « Queen Of The Wave » est à découvrir absolument, histoire de faire bouger un peu les stats Deezer (un millier de « fans » seulement…).

Revolver dégaine sa pop pour Newman

Revolver et la marque Newman

La marque Newman et le groupe français Revolver se sont associés pour mettre au point un clip innovant, permettant de découvrir et commander les vêtements portés par les différents membres du groupe. Ce premier clip interactif mêlant mode, e-shoping et musique permet aux internautes de retrouver l’intégralité du look d’Ambroise Willaume, Christophe Musset et Jérémie Arcache. Il est possible de commander en un clic le vêtement de son choix tout en visionnant le clip. C’est le titre « Still », extrait de leur album « Let Go » sorti en 2012, qui a été choisi pour illustrer cette campagne publicitaire signée BETC. Une façon plutôt originale d’associer la marque et l’artiste, tout en misant sur l’interactivité et le web social, générateur d’audience.

Découvrir l’opération et le clip interactif ici.

Graffiti6 – Colours (2012)

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Graffiti6 – Colours (2012)

Sortie en 2010, « Annie You Save Me » du groupe Graffiti6 est une petite pépite de pop music à cheval entre Electric Guest et le Ben Folds de « Rockin’ the Suburbs ». J’ai attendu une promenade dans les rayons disques sinistrés de la Fnac Saint-Lazare (en travaux…) et l’avis d’un vendeur pour découvrir l’album « Colours » et les chansons du duo londonien Jamie Scott (voix et composition) et Tommy « D » Danvers (production et composition). Découvrant les titres au fur à mesure de l’écoute en streaming HD sur notre plateforme préférée Qobuz, on arrive même à imaginer l’ombre d’un Rod Stewart sur « Free » et quelques traces du Kravitz de « I Belong To You » sur « Calm Strong ». Chose inattendue, les petits hommages par ci par là à feu Michael Hutchence d’INXS dont on a un peu tendance à oublier l’héritage. En écoutant l’album, sans crier au génie, on aura tendance à relever un plaisir purement hédoniste, celui d’une immense fête entre amis, partagée sur la plage, en plein été… Jamais éloigné d’une volonté d’accrocher le mainstream sans virer dans la mélasse radiophonique, Graffiti6 est une bonne surprise menée par l’excellente voix de Jamie Scott et servie par de très bonnes chansons. Dire qu’un jour les vendeurs Fnac ne seront plus qu’un lointain souvenir, au profit de vulgaires frigos Laden, participant au bombardement des rayons disques et servant la cause de la mass consumption… Trêve de pessimisme et place à la musique.

Dan Deacon et le concert de smartphones

Dan Deacon

Présent dans notre top 10 de l’année 2012 (album « America »), Dan Deacon a façonné une pop bruitiste où l’expérimentation prime sur la tradition songwriting façon 3’30 couplet-refrain. Très denses, les titres sont une manière d’allier la technique instrumentale et le bidouillage tous azimuts. Sans perdre de vue l’intérêt harmonique (« True Trush ») et quelques embardées non sans rappeler les new-yorkais TV On The Radio, c’est  un déluge de son qui nous envahit jusqu’à ce moment de répit, « Pretty Boy », un petit bijou venu de nulle part. Ensuite, l’embardée sonore reprend, avec une effusion de sons synthétiques accompagnant un shoegazing brut et parfois une suite percussive inspirée d’un Philip Glass (« USA III : rail »). Ambitieux, donc. Curieux d’imaginer sa musique en concert (et puis comment un potentiel visuel pourrait s’y intégrer), l’américain a  poussé l’expérimentation plus loin en invitant son public à participer à ses concerts grâce à une application pour Iphone et Android« Dan a besoin de votre aide! Participez au concert! », est-il écrit sur des affiches à l’entrée de la salle. Une fois téléchargée (gratuitement), l’application n’a pas besoin d’être connectée à un réseau Wifi pour fonctionner. Elle permet de synchroniser les smartphones qui l’utilisent, lesquels se transforment alors, dans les mains du public, en lumières, stroboscopes ou instruments de musique. A voir là vidéo (ci-dessous), on a vite compris pourquoi les briquets ont (quasiment) disparu des salles de concert.

Sébastien Tellier, concert Casino de Paris (Paris), Lundi 3 décembre 2012


Sébastien Tellier, c’est le genre de personnage qui agace la bien-pensance, celle d’une Audrey Pulvar à la coupe Robert Smith (au moment d’entrer à la direction des Inrocks) et aux lunettes au K-euros, ou celle des gens trop occupés à bouquiner les dernières sottises sentimentales d’un Marc Levy ou d’un Guillaume Musso. Car Pulvar, au-delà de ses qualités d’analyste politique et sociétale, préfère sans doute Dany Boon ou Jamel (plus facile d’abord) au premier degré absurdo déglingué du barbu le plus célèbre de France (après Chabal, cela va sans dire). Pourtant, il fallait en avoir de l’humour, Montebourg et sa marinière… Tiens, une initiative qui rentrerait parfaitement dans le cadre de l’Alliance Bleue. Justement, cette Alliance Bleue, quelle a été son aura en ce lundi soir hivernal de décembre? Le gourou a-t-il su convertir de nouveaux adeptes à sa religion?  Et bien, oui. Introduisant l’éminence bleue avec le fameux Pépito, le ton semble être donné. Ce soir, nous allons vivre un concert pas comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un concert? Alors même que Tellier nous invite à choisir entre un concert classique ou un bordel monstre (on devine quel a été le choix du public), c’est un déluge sonore qui s’abat sur l’enceinte avec « Against The Law » où Sébastien (alias Maman comme il aime être appelé… hum) fait figure de guitar hero sorti tout droit de avec sa Flying V bleue, cette guitare que l’on croyait enterrée avec Van Halen & co. « Cochon Ville », le single, prend des allures de strip tease, respectant ainsi la pureté initiée dans les livres de l’Alliance. Invitant sur scène les amateurs de danse effeuillée, le maître voit ainsi sa prophétie s’accomplir, l’amour et la nudité. Réclamant sa vodka et sa clope, le concert prend des allures de show absurde où les blagues fusent et les réflexions philosophiques décalées prennent à chaque fois une dimension surréaliste (le fou, dans sa tête, il n’est pas fou…). Car un concert de Sébastien Tellier, c’est forcément surréaliste, à mille lieux du show tradi calibré pour respecter je ne sais quelle cohérence de tournée. Comment bouder son plaisir? Surtout lorsqu’il fait illusion sur scène avec un sosie, à l’intro de « Divine », pour mieux arriver par le fond de la scène et toucher ses fidèles. De retour sur scène non sans difficulté (dur d’enchaîner les vodkas), il n’omettra pas de livrer sa fameuse « Ritournelle » (seul titre de l’indispensable « Politics », un de mes albums cultes, hélas…) ou « L’Amour et la Violence », évoquant un attrait évident pour Christophe dont il ne reprendra pas « La Dolce Vita » comme lors de la tournée Sexuality. Une setlist courte, certes (une petite dizaine de titres) et quelques approximations musicales parfois, mais une expérience inoubliable et une liberté qui nous rappelle à quel point l’art est synonyme d’esprit libre et que les âmes délirantes, facétieuses, chassant la concession et ne cédant pas aux contraintes sont probablement celles qui font avancer le schmilblick. Ce soir, c’est tout le Casino de Paris qui a ri et vibré aux nappes synth pop de « My God Is Blue », bien épaulé par deux apôtres (à la batterie électronique et aux claviers) parfois surpris par les déambulations verbales non contrôlées du gourou. Délicieux comme un bonbon Schtroumpf au fond d’une vodka, le goût de cet événement restera gravé comme un monument de pur hédonisme.

Jason Lytle – Dept. Of Disappearance (2012)

 
C‘est en parcourant les bacs à disques de la Fnac (profitons-en avant qu’elle les remplace par des lave-linge ou des fours à micro-ondes) que mon regard s’est posé sur la pochette du nouvel album de Jason Lytle, leader de feu (ou pas) Grandaddy, groupe génial et définitivement mésestimé. Sans aucune hésitation, je m’empare de la galette persuadé que ce « Dept. Of Disappearance » fera le bonheur de mes longues sessions musicales du dimanche. La première écoute montre que le natif de Modesto (Californie) n’a rien perdu de son sens de la composition pop et des arrangements de synthés bricolo analogiques. La chanson « Dept. Of Disappearance » annonce clairement un retour vers le meilleur de Granddady sur l’album « Sumday » avec un final crescendo non sans rappeler les envolées d’un « Yeah Is What We Had ». Idem pour « Matterhorn », magnifique titre évoquant les sommets enneigés avec toujours cette once de nostalgie présente dans la voix. Sur « Young Saints », on arrive presque à retrouver la patte d’un Neil Young (« Your Are Gone ») tandis que « Get Up And Go » ouvre une éclaircie lumineuse vers une pop que n’aurait pas reniés les Beach Boys. Alors que les tics de production de Jason (petits gimmicks de synthés ou arpégiateurs) parsèment les chansons de l’album, « Last Problem Of The Alps », plus introspectif, nous renvoie à Mercury Rev, autre grand nom d’une pop américaine dite symphonique, mais également au « He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot », morceau de bravoure de l’album « The Sophtware Slump » paru en 2000. Sur « Somewhere There’s A Someone », on jurerait entendre une mélodie disparue de Lennon, jusqu’à l’entrée du mellotron et d’une légère session rythmique, alors que « Your Final Setting Sun » parvient à insuffler l’énergie contenue d’une power pop d’excellente facture jouée par un groupe au complet (ce qui n’est pas le cas ici, Jason Lytle ayant joué de tous les instruments). Enfin, « Gimme Click Gimmy Grid », comme son nom l’indique, (considérant le titre révélant un jargon propre à la musique « programmée ») est une tentative électro lo-fi planante peut-être un peu poussive et pas à la hauteur des titres précédents. Qu’importe, avec ce deuxième album solo, le californien donne une densité plus important à ses chansons quitte à rompre avec la fraîcheur de sa carrière solo naissante (l’album « Your Truly, The Commuter » sorti en 2009).


Buck 65, concert à La Maroquinerie (Paris), Mardi 6 Novembre

Buck 65, c’est une longue histoire, amorcée avec l’album « Talkin’ Honk Blues » en 2003 et l’excellent « Wicked And Weird qui a tourné en boucle tout l’été, sur la route des Eurockéennes, la vingtaine à peine entamée. Evidemment, le canadien fait partie des meubles, avec son abstract hip-hop teinté de country, de blues, de rock et de musique électronique, le tout avec un goût pour les histoires croustillantes, non dénuées d’un humour piquant (« Superstars Don’t Love ») ou l’appropriations des tendances audiovisuelles du moment (« Zombie Delight »). Ultra prolixe, Richard Terfry a sorti près d’un album par an depuis sa signature chez Warner en 2003, multipliant les collaborations (dont l’exquis projet Bike For Three! (2009) avec Joëlle Phuong Minh Lê, responsable de la production électronique de l’opus) et les featurings improbables (Olivia Ruiz, Electrelane…). En ce mardi de novembre frisquet, c’est un Buck qui retrouve une Maroquinerie pleine à craquer, visiblement prête à accueillir beats, flow éraillé et déambulations approximatives du canadien qui a délaissé ses traditionnels costards de scène pour une tenue plus urbaine, avec casquette vissée sur la tête et désir de s’approprier la scène avec danses improbables et mimes cocasses. Solo, il enchaîne ses titres avec quelques scratchs qui parsèment un set non sans surprises allant jusqu’à s’approprier un classique eighties (le « Smalltown Boy » de Bronski Beat alias Jimmy Sommerville) ou changer l’instrumental de « Wicked And Weird » (un des thèmes d’Amélie Poulain signé Yann Tiersen). Alors qu’il évoque la sortie de son prochain album pour avril 2013, Buck descend de la scène, check le son de l’une de ses prochaines productions et disparaît un instant avant de revenir pour un rappel où il reviendra une nouvelle fois dans le public serrer quelques paluches et engager la conversation. Accessible, aventureuse et complètement atypique, cette musique urbaine servie par un cow boy cool et racé des temps modernes est à découvrir sur scène (et ça tombe bien, il sera de retour à l’Olympia au mois de février prochain!).

« Zombie Delight » (« 20 Odd Years », 2010)


Depeche Mode et Volkswagen

Nouvelle association artiste et marque avec Depeche Mode, fleuron de la new wave et de l’électro pop et Volkswagen, fer de lance de l’industrie automobile allemande. Alors que les anglais démarrent la promotion de leur prochain (et très attendu) album, c’est « People Are People », un classique du groupe (tiré de l’album « Master And Servant » sorti en 1984) chanté par Martin Gore et Dave Gahan qui illustre le spot publicitaire, avec différentes interprétations, jusqu’à l’apparition brève de son leader charismatique dans sa Golf. Volkswagen, voiture du peuple, « People Are People », pas nécessaire de faire un dessin.

Le spot Volkswagen Golf : 


« People Are People », chanson originale en intégralité : 

Boyz Noize – Ich R U

Le challenge était impressionnant. Réunir une quantité monstrueuse de touches de clavier (bon courage pour la comptabilité), des « Ich R U« , des « delete », des barres espace et tout ce que l’ont peut voir sur son clavier (et qui parfois ne sert jamais, soit dit en passant). Boyz Noize a recruté Patrick Jean (the specialist du pixel) et Sébastien Logham pour réaliser cette fable robotique qui nous ramène inévitablement vers le « Man Machine » des inévitables Kraftwerk ou le « Human After All » des Daft Punk (à 1’25 on y retrouve un hommage appuyé à « Discovery »). Car les musiciens électroniques sont fascinés par le robot, la machine, le « computer » et tout le langage informatique associé. Normal, vous me direz, l’essence instrumentale émanant de la technologie. Et de cerveaux créatifs ! La preuve en image (et en son), en amorce du prochain album du producteur allemand (« Out Of The Black », disponible dans le courant du mois).

Daft Punk au blues pour Yves Saint Laurent

Daft Punk au blues, concrètement ça donne quoi? Prenons les bases, le duo français, fer de lance du mouvement French Touch et grand représentant de la musique éléctronique depuis 1997 avec le fameux « Homework », album qui fit danser toute une génération, à l’aube du changement de millénaire. Ajoutons à cela une (petite) poignée d’albums, B.O et projets parallèles et les Daft deviennent un monument, une référence pour les Justice et toute la sphère Ed Bangers. Quinze ans après, avec maturité et élégance, nos quasis quadras de l’électro se penchent sur le blues d’un certain Junior Kimbrough. Un prétexte : la fashion week. Une occasion : remettre en selle un grand bluesman disparu après une carrière pas réellement couronnée de succès. Un objectif : la fashion week et le défilé Yves Saint Saint Laurent.

Pour tous les aficionados de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo, pas de quoi fouetter un robot chat mais bel et bien un exercice de style puisqu’il s’agit d’un « edit » de l’oeuvre de Junior Kimbrough. Un edit étant un montage de séquences sonores. L’idée étant de créer un mix original (avec quelques libertés de boucles par moment). Vous m’direz, où peut-on reconnaître la patte Daft Punk? Nulle part. Pas de confrontation electro-blues, pas d’alliages d’univers mais une belle occasion de (re)découvrir la musique d’un artiste atypique (et respecté d’un grand nombres d’artistes, dont les Black Keys qui ont publié un album de reprises en son honneur en 2006). Et puis, le blues, les Daft, Saint Laurent, n’y aurait-il pas l’idée d’envahir le catwalk d’un certain mystère casqué de hype? Plutôt cool, Monsieur Slimane.