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Les nouveautés de la semaine #2

nick_mulvey_wake up now

Une nouveauté à écouter d’urgence ! Nick Mulvey avait réussi un joli tour de force avec « First Mind », son premier opus sorti 3 ans auparavant. Un artiste folk britannique dont on attendait la livraison. « Wake Up Now » est sorti ces jours-ci et il vaut le détour. Plus fourni en arrangements, il n’en conserve pas moins les ingrédients initials : des bonnes chansons et des mélodies en émotion (un peu comme Fink d’ailleurs).

Célébrons Elliott Smith

Elliott Smith_Jason Lytle

Disparu au sommet de sa « gloire », un bien grand mot considérant l’artiste, tant il était discret dans un music business alors florissant mais arrivant en fin de règne (Napster et le vilain Mp3 paré pour détourner le consommateur du format de l’époque, ce bon vieux CD), Elliott Smith laisse néanmoins une trace forte dans l’histoire du rock indépendant. Nous étions en 2003, l’américain restait sur un dernier album, « Figure 8 » sorti en 2000, peut-être son meilleur (avec « XO », difficile de trancher), d’une beauté telle qu’il était difficile d’imaginer une fin, encore moins un néant à venir… Certes, depuis, Sufjan Stevens est passé par là, reprenant le flambeau de ce songwriting écorché, toujours au plus près de la mélodie parfaite. Aujourd’hui, malgré le manque, demeurent quelques initiatives. Judicieuses, dirais-je… Celle de Yann Debiak était de réunir Jason Lytle, tête pensante et chanteur multi instrumentiste de Grandaddy (en train d’enregistrer un nouvel album soit dit en passant) et Troy Von Balthazar, avec l’impulsion d’un orchestre de chambre (The Color Bars Experience), autour des chansons de « Figure 8 », pour un concert exceptionnelle au studio 105 de la Maison de la Radio. Ce matin, dans le TGV m’amenant à Strasbourg, j’ai (enfin) pu écouter l’heure et demie de ce concert grâce à l’excellente émission « Label Pop » de Vincent Théval disponible en podcast sur l’appli France Musique. Un beau moment, respectueux de l’oeuvre d’Eliott Smith, magnifié par l’apport des cordes donnant une dimension supplémentaire aux chansons. À écouter. Religieusement.

New Order – Music Complete (2015)

New Order_Music Complete

D‘évidence, la sortie d’un nouvel album de New Order, même dix ans après un dernier effort plutôt superflu (« Waiting For The Siren’s Call »), s’avère être un événement. Les anciens locataires (et propriétaires…ruinés) de feu la Hacienda, lieu culte de l’époque Factory, continuent d’entretenir la flamme d’une époque révolue mais toujours aussi en prise avec la vibe du moment.  À en croire les dernières productions pop du moment, les années 80 n’ont jamais été aussi vives, célébrant (parfois à outrance et « pour faire comme ») les synthès et les boîtes à rythme. Malgré l’absence de l’un de ses membres fondateurs (le tempêtueux Peter Hook parti en 2006), les deux rescapés de la première époque (Bernard Sumner et Stephen Morris, respectivement chanteur-guitariste et batteur), et plus loin encore, de Joy Division, restent fidèle à la recette maison. Servie comme à l’accoutumée, on retrouve les ingrédients synth pop basiques mais parfaitement indispensables : de bonnes chansons pop avec une garniture synthétique toujours efficace (« Singularity », « Tutti Frutti », « Academic »). Contrairement à « Get Ready », leur dernier excellent cru de 2001, « Music Complete » lorgne vers un NO à cheval entre « Power, Corruption & Lies », « Brotherhood » et le side-project de Sumner, Bad Lieutenant, sorti en 2009. Un vrai panorama du savoir-faire des mancuniens finalement (avec « People On The High Line » ce bonus discoïde assez réussi en cinquième plage). Hormis quelques titres plutôt anecdotiques (« Stray Dog » malgré la présence d’Iggy Pop au micro, « Unlearn This Hatred »), avec quarante arrière dans les pattes, Sumner and co continuent d’écrire de bonnes chansons et entretiennent la dynamique d’un style qu’ils ont contribué à créer. Toujours en marge des monstres de la décennie à la chromie incontrôlée (Depeche Mode, Cure, Tears For Fears qui cartonnaient à chaque single…), la dramaturgie et les hit singles en moins,  ils gravent un peu plus leur nom dans l’histoire de la pop moderne, avec ce supplément d’âme qu’ont su reconnaître leurs suiveurs (et talentueux invités) sur l’album (Brandon Flowers des Killers et La Roux). À noter, l’excellente édition double vinyle transparent tirée à 500 exemplaires que votre serviteur s’est procuré. Cool mais gimmick. Mais cool.

Un Voyage à Travers le Son

Jean-Michel Jarre

Après un silence radio de plusieurs années, Jean-Michel Jarre a retrouvé le chemin des studios, avec l’album « Electronica 1 : The Time Machine » prévu pour le 16 octobre 2015 (voir le trailer ici). Le compositeur continue d’explorer la musique électronique collaborant, pour ce nouveau projet, avec un nombre impressionnant d’artistes sur un spectre allant des années 70-80 (Pete Townshend des Who, Vince Clark, John Carpenter, Tangerine Dream…) jusqu’à notre époque, convoquant quelques piliers de l’électro internationale (3D de Massive Attack, Air, Moby, Boyze Noise, M83, Sébastien Tellier…). Il revient sur sa pièce maîtresse, « Oxygène », album phare de la musique électronique moderne et énorme succès mondial (vendu à plus de 18 millions d’exemplaires) et livre ses souvenirs, la genèse de ses productions live monumentales, son déplacement en Chine et à Houston pour les 150 ans de la ville et les 25 ans de la NASA (pour l’occasion, il a composé le dernier morceau de son album « Rendez Vous » pour être joué dans la navette Challenger). Cette magie éphémère, comme il le souligne, s’ajoute au désir d’explorer de nouvelles manières de créer de la musique, utilisant des instruments de musique atypiques (la harpe laser par exemple) et considérant la forme ludique que peut revêtir celle-ci (la haute dimension du multimédia présente dans ses oeuvres). Le documentaire d’Arte touche un sommet lorsqu’il évoque son père, Maurice Jarre, monstre sacré de la musique de films (sa relation, distante mais respectueuse avec ce géniteur, absent, du fait d’une carrière mirifique à Hollywood), sa rencontre avec Pete Townshend (quel plaisir de le revoir bousculer sa Telecaster, avec cette rythmique si caractéristique, nous ramenant aux grandes années soixante, rageuses, celles des Who et du rock façon mods) ou Gary Numan, précurseur du rock indus et faiseur de tubes synth pop (« Cars », « Me! I Disconnect »). Le compositeur se raconte, au fil du temps, avec Charlotte Rampling, probablement sa Muse, celle de la décennie fondatrice de sa carrière dès l’entame de ce qui allait devenir son oeuvre ultime, « Oxygène ». À visionner jusqu’au 19 octobre prochain sur Arte TV.

 

Pepe Deluxé – Queen Of The Wave (2012)

Pepe Deluxé_Queen Of The Wave

Ils sont finlandais et viennent nous titiller sur des références majeures des années 90-00 néo-psychédéliques (MGMT, Tame Impala), elles-mêmes s’inspirant de la vague flower power de la fin des années soixante. Dans ce « Queen Of The Wave » complètement délirant et d’un hétéroclisme à couper le souffle (on déambule dans un cabinet de curiosités où l’espace temps est modifié en permanence), on retrouve la pop des excellents et mésestimés The Coral (« Queenwave ») et quelques resucées du rock au parfum maharishi de Kula Shaker (« A Night And A Day »). Hyper ambitieux, ce troisième album, présenté comme un concept à part entière, vient créer des passerelles fantastiques entre une folk moderne (« Iron Giant » et cette parenté évidente avec Edward Sharpe & The Magnetic Zeros) s’affranchissant du repère marketing du moment (l’electro pop rincée à grands coups d’interjections – les « he ho ho » florissant jusqu’à l’indigestion) et un rock psychédélique mâtiné d’un classicisme pop (« Riders Of The First Ark » où l’on retrouve quelques échappées lyriques façon Burt Bacharach, Roy Orbinson ou encore Scott Walker). Pepe Deluxé se présente comme un collectif inter-continental naviguant sur un océan où les limites sont inexistantes et les escales parfaitement flamboyantes, délicieusement psychotropiques… Peut-être que  cet opéra rock peut parfois s’avérer parfois un peu trop copieux… Mais on ne boude pas notre plaisir, ce « Queen Of The Wave » est à découvrir absolument, histoire de faire bouger un peu les stats Deezer (un millier de « fans » seulement…).

Slaves – Are You Satisfied? (2015)

SLAVES – ARE YOU SATISFIED? (2015)

Depuis 2005 et le pyramidal « Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not » des Arctic Monkeys, on n’avait pas entendu une telle gouaille rock. Ces jeunes gens manient un rock punk crasseux digne de la folie vengeresse des Sex Pistols. Dans la mélasse electro pop qui sévit depuis quelques années (à prendre pour certains, à laisser pour d’autres), on se réjouit à l’écoute de « Are You Satisfied? », premier album de Slaves, duo batterie/guitare et chant scandé façon Johnny Rotten ou Mike Skinner (The Streets), autre bouleversement hip-hop anglais du début des années 2000. Quasi prodigieux, ce rock s’accapare les codes du punk avec des titres diablement efficaces (« The Hunter », « Cheer Up London », « Hey », « She Wants Me Now » ) qui sonnent comme des classiques du genre. La dernière claque punk, c’était le « Veni Vidi Vicious » des Hives, il y a fort longtemps… Et les gus venaient de Suède. Là, les anglais reprennent la main, avec ferveur, indélicatesse et ce qu’il faut de prétention. Le rendez-vous est pris sur la petite scène de la Maroquinerie, le 7 novembre prochain. God slaves the queen !

Rod Stewart – Sing It Again Rod (1973)

Rod Stewart_Sing It Again Rod

Passé les tubes « Do Ya Think I’m Sexy » ou « Forever Young » largement amplifiés par les bandes FM, je ne connaissais pas grand chose de Rod Stewart. Toujours caché derrière les gros bonnets des seventies, les David Bowie, Elton John, Queen, Led Zeppelin et dans une moindre mesure, les Stones (oui, soyons raisonnable, après « Exile On Main Street », il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent), l’ex chanteur du Jeff Beck Group et des Faces n’en demeure pas moins une sorte de légende du rock’n’roll façon strass et paillettes. Mais s’arrêter là relèverait du crime de lèse-majesté d’une époque bénie enfantant la plupart de nos rock heroes. Alors, levons notre verre à Rod Stewart et à ce « Sing It Again Rod » plutôt réussi.

Sur cette compilation rassemblant quelques classiques imparables (« Pinball Wizard » des Who revu et corrigé avec cordes, choeurs et trois tonnes d’emphase symphonique, « Street Fighting Man » des Stones sublimé par un finish sous forme de solo piano/basse/batterie, « Twisting The Night Away » de Sam Cooke) et quelques morceaux d’une puissance que seul le rock 70’s peut nous offrir (« I Know I’m Losing You »), Rod Stewart laisse également s’échapper quelques compositions folk sympathiques. Les chansons « Mandoline Wind », « Gasoline Alley » (co-écrite avec le futur Stones Ronnie Wood) sont plutôt bien intégrées dans cette photographie d’un moment de sa carrière où les Faces volent en éclat et laissent « The Mod » (un de ses surnoms) s’aventurer en solo pour une décennie difficile (condamnation pour plagiat pour le titre « Do Ya Think I’m Sexy », ventes qui s’effritent et retours critiques moribonds).

Je ne cache pas un intérêt fortuit, certes très largement amplifié par le plaisir d’une découverte sur vinyle avec pressage américain en parfait état. Rod Stewart, fait partie de ces artistes à la voix reconnaissable instantanément (comme un Tom Jones ou un Art Garfunkel) avec des qualités d’interprète exceptionnelles primant, certes, sur des talents pour la composition mais d’une évidence si… familière.

Wild Beasts – Perfect Tense (2014)

Wild Beasts - Perfect Tense (2014)

Sans crier gare, les rejetons de Mark Hollis et Martin L. Gore se sont pointés, pas plus tard que le mois dernier, dans les bacs et sur toutes les plateformes de streaming et de téléchargement. Auréolés de retours critiques plus qu’enthousiastes avec leur nouvel album (« Perfect Tense »), les anglais de Wild Beasts chassent sur les terres délaissées de Talk Talk et parviennent à sublimer un genre que l’on croyait perdu ou enfoncé dans les méandres du très fourre-tout dubstep. Dès les premières secondes de « Wanderlust », on entend ces sonorités new wave que l’on jurerait appartenir aux années 80 de « Music For The Masses ». En évitant l’écueil de la pâle copie, c’est avant tout des compositions bien ficelées, d’une belle richesse harmonique qui parviennent à toucher la corde sensible (l’atmosphère sublime de « Mecca » sonnant comme un classique) sans jamais la briser. Peut-être qu’à un moment, on adorerait que les chevaux s’emballent, débloquant ainsi une machine calée sur un rythme lent et profond… Certains sonorités s’approchent des prémices indus chères au Depeche Mode de « Some Great Reward » (« Daughters ») et apportent ce qu’il faut pour nous tenir à distance. Impromptu, « A Simple Beautiful Truth » vient rompre momentanément avec l’introspection pour flirter avec un déhanché pop réservé (on se lance quelques instants puis, par timidité, on rejoint notre table avant de se plonger dans l’amusement des autres). Les titres de ce nouvel album forment un noyau dur où la tension est mesurée, où chaque seconde compte… Le processus est messianique et l’élégance d’une pureté admirable.

Lo-Fang – Look Away (2014)

Lo-Fang_Blue Film (2014)

Au grès de déambulations nocturnes sur les plateformes de streaming s’échappent parfois quelques jolis moments de pureté, de grâce et de simplicité qui finissent par tourner en boucle. Aujourd’hui, c’est la musique d’un dénommé Lo-Fang, jeune californien proposant une folk à cheval entre Anthony & The Johnsons ou David Kitt. Mais il est difficile d’être hyper catégorique sur les références… Parfois on jurerait entendre le timbre de Lightburn Murray (The Dears) quand tout à coup d’échappent des rythmes électroniques dubstep parfaitement ancrés dans l’époque (Y voir le fantôme de James Blake?). Sorti fin février sur l’excellent label 4AD, l’album « Blue Film » est très réussi, surprenant parfois et révélant des hits indés, en témoigne le céleste « Look Away ».

Damon Albarn – Lonely Press Play (2014)

Damon Albarn

L‘insatiable Damon Albarn, éminent personnage de la pop music britannique, vient surprendre son monde avec un album solo à paraître le 28 avril  prochain (« Everyday Robots »). Alors que la masse des fans de Blur attendaient un hypothétique nouvel album… 10 ans après un « Think Tank », certes très réussi mais amputé du guitariste et autre tête pensante Graham Coxon, c’est un opus épuré, au tempo lent et rompant radicalement avec les dernières productions de Gorillaz, qui viendra accompagner le passage au printemps.

Sur ce nouvel extrait (« Lonely Press Play »), on retrouve un aperçu de l’inspiration du londonien, entre mélodies et sonorités à la fois plongées dans la ville et dans un espace-temps harmonique que l’on jurerait échappé d’un petit coin de La Havane. Une première étape au grès d’un vent léger que l’on sent venir… doucement.