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Les nouveautés de la semaine #3

Amputé d’une partie de ses membres, White Denim livre un huitième album d’excellente facture, flirtant avec T-Rex, les Raconteurs (la frange Brendan Benson) avec une touche un peu psyché (« Double Death ») qui sent bon le terreau américain et la sueur d’un blues rock 100% US. Ce qui m’a plu dans ce « Performance », au-delà des références précitées, c’est l’immédiateté des chansons et une facilité d’écoute qui rend la trentaine de minutes hyper agréable à écouter, d’une traite, avec en prime, l’assurance d’une mine joyeuse à l’aube de cette rentrée. Aller, on enfile ses santiags et on grimpe dans sa Range, à l’assaut du grand Ouest tout en matant ce « It Might Get Dark » en différé de chez Conan O’Brien !

 

Célébrons Elliott Smith

Elliott Smith_Jason Lytle

Disparu au sommet de sa « gloire », un bien grand mot considérant l’artiste, tant il était discret dans un music business alors florissant mais arrivant en fin de règne (Napster et le vilain Mp3 paré pour détourner le consommateur du format de l’époque, ce bon vieux CD), Elliott Smith laisse néanmoins une trace forte dans l’histoire du rock indépendant. Nous étions en 2003, l’américain restait sur un dernier album, « Figure 8 » sorti en 2000, peut-être son meilleur (avec « XO », difficile de trancher), d’une beauté telle qu’il était difficile d’imaginer une fin, encore moins un néant à venir… Certes, depuis, Sufjan Stevens est passé par là, reprenant le flambeau de ce songwriting écorché, toujours au plus près de la mélodie parfaite. Aujourd’hui, malgré le manque, demeurent quelques initiatives. Judicieuses, dirais-je… Celle de Yann Debiak était de réunir Jason Lytle, tête pensante et chanteur multi instrumentiste de Grandaddy (en train d’enregistrer un nouvel album soit dit en passant) et Troy Von Balthazar, avec l’impulsion d’un orchestre de chambre (The Color Bars Experience), autour des chansons de « Figure 8 », pour un concert exceptionnelle au studio 105 de la Maison de la Radio. Ce matin, dans le TGV m’amenant à Strasbourg, j’ai (enfin) pu écouter l’heure et demie de ce concert grâce à l’excellente émission « Label Pop » de Vincent Théval disponible en podcast sur l’appli France Musique. Un beau moment, respectueux de l’oeuvre d’Eliott Smith, magnifié par l’apport des cordes donnant une dimension supplémentaire aux chansons. À écouter. Religieusement.

Mélanie Pain + Beaty Heart @La Flèche d’Or, Vendredi 11 avril

Mélanie Pain

Beaty Heart ouvre le bal d’une soirée placée sous le signe de la pop bigarrée. Bigarrée, oui, avec ces anglais jouant dans la cour de Vampire Weekend sans pour autant opérer à une vulgaire décalcomanie sans intérêt. Car le trio se distingue par cette empreinte dans le territoire défriché auparavant par Paul Simon avec « Graceland », initiateur de la rencontre pop et la world music, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, dans la jungle « Ryderienne » des Happy Mondays, éminent groupe mancunien 90’s. Les rythmes sont marqués et invitent clairement à danser, à la manière d’une mini Hacienda (sans les acides). Multi-instrumentistes et touche-à-tout manifestement doués, les Beaty Heart s’échangent les postes et parviennent à insuffler suffisamment de bonnes ondes pour entraîner le public parisien venu majoritairement voir l’un des secrets les mieux gardés de la pop française : Mélanie Pain.

Justement, il y a une recette Mélanie Pain comme il peut y avoir une recette Émilie Simon. Cette pop expérimente, défriche, sans pour autant tomber dans l’inaccessible. Elle m’évoque parfois (j’avoue je suis allé chercher loin) la dactylographie sonore de The Great Escape de Blur avec les petits solis de synthés parsemant les morceaux de touches analogiques insolites. La mixture est judicieuse et le trio parfaitement en place (chant/clavier, guitare/clavier, batterie/choeurs), résumant l’image de la famille (recomposée) idéale. Alternant l’anglais et le français avec des figures souples et synchronisées, Mélanie envisage ses chansons avec le souci de l’arrangement intelligent en évitant l’écueil du formatage radiophonique calibré pour plaire à la veuve, l’orphelin et le chaland du samedi après-midi chez Carrefour. Comme pour souligner ce plateau idéal, coïncidence ou pas, on notera l’excellent « Bye Bye Manchester » en guise d’amuse bouche.

Godspeed You! Black Emperor @ Le Trianon (Paris), dimanche 18 août

godspeed-you-black-emperor

Les portes ouvrent tôt – 19h tapantes. On a le temps de s’installer confortablement au premier balcon… L’ambiance est calme ; le public, composé essentiellement de mélomanes sereins, dans les 30-45 ans en moyenne.

Le concert de GYBE… Une première analogie vient à l’esprit, qui pourra surprendre mais qu’on excusera en y trouvant un minimum de pertinence : comme la musique du groupe français MAGMA, celle des canadiens de GODSPEED est faite avant tout pour le live. Avant d’acheter la discographie complète de MAGMA, le néophyte aura dû être capté par le groupe live. Sur disque, on mesure mal ce que la musique de pareil phénomène veut dire. Pareillement, la musique de GODSPEED requiert les conditions du live pour être appréciée à sa juste valeur – appréciée et comprise, dans toute sa chair.

Ce concert était un événement. En ce mois d’août silencieux pourtant, on doute qu’il ait fait grand bruit. Le son était absolument extraordinaire de précision (bien supérieur à tout ce que j’ai pu voir récemment). Et pourtant il fallait sonoriser 3 guitares, 2 basses (tantôt deux basses électriques, tantôt une électrique et une contrebasse), 1 violon et 2 batteries! D’ailleurs, il me semble qu’intrinsèquement le postrock a un impérieux besoin d’un son soigné, méticuleux, maniaque, sans lequel son discours serait inaudible.

Les deux heures de concert ont filé, le temps momentanément suspendu, tout immergé qu’était l’auditeur dans la matière sonore. Tous les morceaux (bien longs, cf. la setlist) ont été enchaînés sans une parole de la part des musiciens – une marque de fabrique du groupe. Les liaisons ont été particulièrement soignées. Avec le jeu visuel qu’on décrira bientôt, elles ont grandement contribué à faire de ce concert un tout homogène. Moi qui ne connaissais pas grand-chose du groupe, j’ai quasiment eu l’impression d’assister à la composition en direct d’un morceau de musique pharaonique.

Sur grand écran étaient projetés des morceaux de films sur bandes (des paysages désertiques urbains, des bâtiments esseulés dans l’immensité, etc.) et des images floutées façon diapo. Un technicien se vouait entièrement à cette projection artiste qui épousait les évolutions sonores pouvant atteindre des apogées cataclysmiques. Attention, on trouve chez GODSPEED de très belles mélodies mais il faut reconnaître que leur musique repose presque exclusivement sur la montée très progressive en intensité jusqu’à un climax jubilatoire.

Un véritable magma sonore dont on ressort… heureux.

John Fendley

Setlist :

–        Hope Drone

–        Mladic

–        Monheim

–        Behemoth

–        The Sad Mafioso

Rappel :

–        Moya

La pop classieuse selon Kevin Parker

Kevin Parker

Habitué des mixtapes avec ses « modcasts », le label Modular vient de divulguer celle de Kevin Parker, le leader des excellents Tame Impala. Pas surprenant de voir se côtoyer les Gainsbourg, Beck, Can, Air ou autres éminences grises de la pop. Comme on aime particulièrement le groupe et qu’on s’impatiente de leur prochain concert parisien (ndlr. A l’Olympia le 28 juin), voici donc les quelques racines musicales de Mister Parker.

Phoenix au Saturday Night Live – Samedi 6 avril 2013

Phoenix au Saturday Night Live - Samedi 6 avril 2013

Prévu le 22 avril, le nouvel album de Phoenix (« Bankrupt! ») a été précédé d’un nouveau single (« Entertainment ») le 19 février dernier et a leaké récemment sur la toile, provoquant, et on s’en réjouit, l’indifférence des journalistes et des fans préférant attendre la sortie officielle. La pression monte d’un cran avec ce Saturday Night Live où le groupe a pu tester en live « Bankrupt », « Drakkar Noir » et « Trying To Be Cool », ces deux derniers étant particulièrement réjouissants… et de bonne augure pour le retour des frenchies de la pop les plus célèbres outre-Atlantique.



Brandt, Brauer, Frick, Live @ Point Ephémère (Paris), vendredi 15 mars 2013

Brandt, Brauer, Frick, concert au Point Ephémère

Rencontrés juste avant leur prestation au Point Ephémère (Paris), les allemands de Brandt, Brauer, Frick ont réellement embrasé la petite scène jouxtant le canal Saint-Martin en ce vendredi verglacé parisien. Avec leur musique électronique atypique et leur agilité à enchaîner les rythmes big beat, le trio clame haut et fort son admiration pour la scène house nineties de Détroit et les embardées psychédéliques made in Manchester. Mais les réduire à ces deux mouvements serait trop réducteur. Avec la foi d’une maîtrise instrumentale pointue (piano, percussions…), ils offrent un apport savant de sonorités acoustiques et rendent ainsi leur projet très vivant et surtout différenciant de la scène électronique actuelle. Affairés en permanence à triturer les sons ou à enchaîner les rythmiques martiales (avec une vraie batterie sur tous les morceaux et un batteur au click), sans aucun temps mort, ils donnent une dimension supplémentaire à leurs titres avec Om’Mas Keith (producteur et musicien américain déjà présent en guest sur leur nouvel album « Miami ») au chant, au clavier et à la basse qui les accompagne sur toute leur tournée européenne. L’ambiance est celle d’une teuf confinée à un espace clôt où le public, bien que conquis, peine néanmoins à bouger, se contentant de scruter la scène et l’enthousiasme du groupe, hyperactif et concentré derrière ses instruments et ses machines. Pour ceux qui, comme moi, ont écouté « Miami » avant d’aller au concert, on constatera un certain décalage entre l’enregistrement et sa retranscription scénique, évidemment tournée vers un arrangement techno plus traditionnel mais réellement sophistiqué et parsemé de petites trouvailles sonores et vocales (l’apport d’Om’Mas Keith donne du relief et humanise les morceaux). Peut-être qu’un set parsemé de pauses planantes (« Miami Theme » ou « Miami Drift », visiblement pas jouées ce soir-là) auraient servies à relancer l’attention, par moment engluée dans une rythmique omniprésente et parfois trop récurrente. Mais a priori, ce soir-là, c’était du 150 à l’heure sur l’autobahn, n’en déplaise aux limitations de vitesse, inexistantes par-delà du Rhin.

Sébastien Tellier, concert Casino de Paris (Paris), Lundi 3 décembre 2012


Sébastien Tellier, c’est le genre de personnage qui agace la bien-pensance, celle d’une Audrey Pulvar à la coupe Robert Smith (au moment d’entrer à la direction des Inrocks) et aux lunettes au K-euros, ou celle des gens trop occupés à bouquiner les dernières sottises sentimentales d’un Marc Levy ou d’un Guillaume Musso. Car Pulvar, au-delà de ses qualités d’analyste politique et sociétale, préfère sans doute Dany Boon ou Jamel (plus facile d’abord) au premier degré absurdo déglingué du barbu le plus célèbre de France (après Chabal, cela va sans dire). Pourtant, il fallait en avoir de l’humour, Montebourg et sa marinière… Tiens, une initiative qui rentrerait parfaitement dans le cadre de l’Alliance Bleue. Justement, cette Alliance Bleue, quelle a été son aura en ce lundi soir hivernal de décembre? Le gourou a-t-il su convertir de nouveaux adeptes à sa religion?  Et bien, oui. Introduisant l’éminence bleue avec le fameux Pépito, le ton semble être donné. Ce soir, nous allons vivre un concert pas comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un concert? Alors même que Tellier nous invite à choisir entre un concert classique ou un bordel monstre (on devine quel a été le choix du public), c’est un déluge sonore qui s’abat sur l’enceinte avec « Against The Law » où Sébastien (alias Maman comme il aime être appelé… hum) fait figure de guitar hero sorti tout droit de avec sa Flying V bleue, cette guitare que l’on croyait enterrée avec Van Halen & co. « Cochon Ville », le single, prend des allures de strip tease, respectant ainsi la pureté initiée dans les livres de l’Alliance. Invitant sur scène les amateurs de danse effeuillée, le maître voit ainsi sa prophétie s’accomplir, l’amour et la nudité. Réclamant sa vodka et sa clope, le concert prend des allures de show absurde où les blagues fusent et les réflexions philosophiques décalées prennent à chaque fois une dimension surréaliste (le fou, dans sa tête, il n’est pas fou…). Car un concert de Sébastien Tellier, c’est forcément surréaliste, à mille lieux du show tradi calibré pour respecter je ne sais quelle cohérence de tournée. Comment bouder son plaisir? Surtout lorsqu’il fait illusion sur scène avec un sosie, à l’intro de « Divine », pour mieux arriver par le fond de la scène et toucher ses fidèles. De retour sur scène non sans difficulté (dur d’enchaîner les vodkas), il n’omettra pas de livrer sa fameuse « Ritournelle » (seul titre de l’indispensable « Politics », un de mes albums cultes, hélas…) ou « L’Amour et la Violence », évoquant un attrait évident pour Christophe dont il ne reprendra pas « La Dolce Vita » comme lors de la tournée Sexuality. Une setlist courte, certes (une petite dizaine de titres) et quelques approximations musicales parfois, mais une expérience inoubliable et une liberté qui nous rappelle à quel point l’art est synonyme d’esprit libre et que les âmes délirantes, facétieuses, chassant la concession et ne cédant pas aux contraintes sont probablement celles qui font avancer le schmilblick. Ce soir, c’est tout le Casino de Paris qui a ri et vibré aux nappes synth pop de « My God Is Blue », bien épaulé par deux apôtres (à la batterie électronique et aux claviers) parfois surpris par les déambulations verbales non contrôlées du gourou. Délicieux comme un bonbon Schtroumpf au fond d’une vodka, le goût de cet événement restera gravé comme un monument de pur hédonisme.

Buck 65, concert à La Maroquinerie (Paris), Mardi 6 Novembre

Buck 65, c’est une longue histoire, amorcée avec l’album « Talkin’ Honk Blues » en 2003 et l’excellent « Wicked And Weird qui a tourné en boucle tout l’été, sur la route des Eurockéennes, la vingtaine à peine entamée. Evidemment, le canadien fait partie des meubles, avec son abstract hip-hop teinté de country, de blues, de rock et de musique électronique, le tout avec un goût pour les histoires croustillantes, non dénuées d’un humour piquant (« Superstars Don’t Love ») ou l’appropriations des tendances audiovisuelles du moment (« Zombie Delight »). Ultra prolixe, Richard Terfry a sorti près d’un album par an depuis sa signature chez Warner en 2003, multipliant les collaborations (dont l’exquis projet Bike For Three! (2009) avec Joëlle Phuong Minh Lê, responsable de la production électronique de l’opus) et les featurings improbables (Olivia Ruiz, Electrelane…). En ce mardi de novembre frisquet, c’est un Buck qui retrouve une Maroquinerie pleine à craquer, visiblement prête à accueillir beats, flow éraillé et déambulations approximatives du canadien qui a délaissé ses traditionnels costards de scène pour une tenue plus urbaine, avec casquette vissée sur la tête et désir de s’approprier la scène avec danses improbables et mimes cocasses. Solo, il enchaîne ses titres avec quelques scratchs qui parsèment un set non sans surprises allant jusqu’à s’approprier un classique eighties (le « Smalltown Boy » de Bronski Beat alias Jimmy Sommerville) ou changer l’instrumental de « Wicked And Weird » (un des thèmes d’Amélie Poulain signé Yann Tiersen). Alors qu’il évoque la sortie de son prochain album pour avril 2013, Buck descend de la scène, check le son de l’une de ses prochaines productions et disparaît un instant avant de revenir pour un rappel où il reviendra une nouvelle fois dans le public serrer quelques paluches et engager la conversation. Accessible, aventureuse et complètement atypique, cette musique urbaine servie par un cow boy cool et racé des temps modernes est à découvrir sur scène (et ça tombe bien, il sera de retour à l’Olympia au mois de février prochain!).

« Zombie Delight » (« 20 Odd Years », 2010)


Beck – Nicotine And Gravy

Un des meilleurs moments de concert, la majorité atteinte, il était temps de rentabiliser les quelques milliers de francs (ça nous rajeunit pas tout ça)  investis dans le permis de conduire. Aller-Retour à Juan-Les-Pins en 106 Kid pour assister au concert sudiste du Midnite Vultures Tour de Beck avec M en première partie (période « Je Dis Aime »). C’était il y a 12 ans… Beck est un génie, un extra-terrestre, un modèle (enlevé l’aspect scientologue) que j’ai découvert avec « Loser », son tube hip-hop folk imparable qui a fait danser le monde entier. Pour clore une semaine ultra-musicale, c’est « Nicotine And Gravy », en version acoustique pour la BBC (le son et les conditions sont idéales!), que votre serviteur vous invite à (re)découvrir. Let’s groove, slowly dude !