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Célébrons Elliott Smith

Elliott Smith_Jason Lytle

Disparu au sommet de sa « gloire », un bien grand mot considérant l’artiste, tant il était discret dans un music business alors florissant mais arrivant en fin de règne (Napster et le vilain Mp3 paré pour détourner le consommateur du format de l’époque, ce bon vieux CD), Elliott Smith laisse néanmoins une trace forte dans l’histoire du rock indépendant. Nous étions en 2003, l’américain restait sur un dernier album, « Figure 8 » sorti en 2000, peut-être son meilleur (avec « XO », difficile de trancher), d’une beauté telle qu’il était difficile d’imaginer une fin, encore moins un néant à venir… Certes, depuis, Sufjan Stevens est passé par là, reprenant le flambeau de ce songwriting écorché, toujours au plus près de la mélodie parfaite. Aujourd’hui, malgré le manque, demeurent quelques initiatives. Judicieuses, dirais-je… Celle de Yann Debiak était de réunir Jason Lytle, tête pensante et chanteur multi instrumentiste de Grandaddy (en train d’enregistrer un nouvel album soit dit en passant) et Troy Von Balthazar, avec l’impulsion d’un orchestre de chambre (The Color Bars Experience), autour des chansons de « Figure 8 », pour un concert exceptionnelle au studio 105 de la Maison de la Radio. Ce matin, dans le TGV m’amenant à Strasbourg, j’ai (enfin) pu écouter l’heure et demie de ce concert grâce à l’excellente émission « Label Pop » de Vincent Théval disponible en podcast sur l’appli France Musique. Un beau moment, respectueux de l’oeuvre d’Eliott Smith, magnifié par l’apport des cordes donnant une dimension supplémentaire aux chansons. À écouter. Religieusement.

Jason Lytle – Dept. Of Disappearance (2012)

 
C‘est en parcourant les bacs à disques de la Fnac (profitons-en avant qu’elle les remplace par des lave-linge ou des fours à micro-ondes) que mon regard s’est posé sur la pochette du nouvel album de Jason Lytle, leader de feu (ou pas) Grandaddy, groupe génial et définitivement mésestimé. Sans aucune hésitation, je m’empare de la galette persuadé que ce « Dept. Of Disappearance » fera le bonheur de mes longues sessions musicales du dimanche. La première écoute montre que le natif de Modesto (Californie) n’a rien perdu de son sens de la composition pop et des arrangements de synthés bricolo analogiques. La chanson « Dept. Of Disappearance » annonce clairement un retour vers le meilleur de Granddady sur l’album « Sumday » avec un final crescendo non sans rappeler les envolées d’un « Yeah Is What We Had ». Idem pour « Matterhorn », magnifique titre évoquant les sommets enneigés avec toujours cette once de nostalgie présente dans la voix. Sur « Young Saints », on arrive presque à retrouver la patte d’un Neil Young (« Your Are Gone ») tandis que « Get Up And Go » ouvre une éclaircie lumineuse vers une pop que n’aurait pas reniés les Beach Boys. Alors que les tics de production de Jason (petits gimmicks de synthés ou arpégiateurs) parsèment les chansons de l’album, « Last Problem Of The Alps », plus introspectif, nous renvoie à Mercury Rev, autre grand nom d’une pop américaine dite symphonique, mais également au « He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot », morceau de bravoure de l’album « The Sophtware Slump » paru en 2000. Sur « Somewhere There’s A Someone », on jurerait entendre une mélodie disparue de Lennon, jusqu’à l’entrée du mellotron et d’une légère session rythmique, alors que « Your Final Setting Sun » parvient à insuffler l’énergie contenue d’une power pop d’excellente facture jouée par un groupe au complet (ce qui n’est pas le cas ici, Jason Lytle ayant joué de tous les instruments). Enfin, « Gimme Click Gimmy Grid », comme son nom l’indique, (considérant le titre révélant un jargon propre à la musique « programmée ») est une tentative électro lo-fi planante peut-être un peu poussive et pas à la hauteur des titres précédents. Qu’importe, avec ce deuxième album solo, le californien donne une densité plus important à ses chansons quitte à rompre avec la fraîcheur de sa carrière solo naissante (l’album « Your Truly, The Commuter » sorti en 2009).