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Alors, ce Blur?

Blur - The Magic Whip (2015)

Deux choix s’offraient à moi. Le premier résidait dans l’écriture spontanée et le jugement immédiat avec tout ce que cela implique : emballements incontrôlés, comparaisons hâtives, références au passé… Le second, plus mesuré, nécessitait du recul et une bonne dose d’écoutes. Alors, j’ai choisi la deuxième option, celle du « brit poppeur » raisonnable qui a besoin de temps pour déguster la dernière recette des éternels dauphins ( oui, après Oasis messieurs, dames !) de cette britpop chère à nos années quatre-vingt dix.

On n’avait pas entendu Blur au complet depuis l’album « 13 » sorti en 1999 (on ne va pas compter « Think Tank » qui n’incluait pas – à l’exception de « Battery In Your Legs » – Graham Coxon, éminent guitariste aux lunettes d’intello en pré-hipsterisation). Premier constat, on coupe la poire en deux : d’un côté le VRAI Blur, avec ses quatre membres au diapason, lazy à souhait façon teenagers, faiseurs de pop songs parfaites (« Lonesome Street », « Go Out ») dans la lignée de « Modern Life Is Rubbish » ou du rock teigneux de « Song 2 »  (« I Broadcast »). Mais le virage n’est pas loin… De l’autre côté, c’est Damon Albarn et quelques morceaux que l’on jure sortis tout droit des chutes de son premier album solo (« Everyday Robots » sorti en 2014). Des chutes, oui, comme des petits bouts de tissus sans trop d’importance que l’on aime conserver sans toutefois ne savoir qu’en faire (« New World Towers », « Thought I Was A Spaceman »…). Avec une légère gêne, on fait mine d’aimer, creusant les sonorités, parfois exquises, il faut le reconnaître, de certains arrangements, mais en vrai, le coeur n’y est pas. Alors, oui, Albarn est génial et, même sur son Ipad, en pleine tournée, il arrive à nous sortir des chansons sublimes (« Pyongyang », « My Terracota Heart ») que l’on écoute, religieusement, avec cette forme d’admiration, la même qui brillait dans nos yeux lorsque l’on écoutait pour la première fois « The Universal » ou « To The End », ces deux morceaux de bravoure des premières années… Ah les premières années… Il est bien loin « Parklife » et son refrain à l’unisson, capable de soulever les foules.

Ah, j’aimerais vous dire que je l’aime ce « Magic Whip ». Et je l’aime. Comme on aimera toujours son premier amour. Avec cette façon de lui rendre hommage. Avec tendresse mais avec détachement.

The Polyphonic Spree – Yes It’s True (2013)

The Polyphonic Spree - Yes it's true (2013)

Arborant la vingtaine avec en ligne de mire une première expérience de festival (Les Eurockéennes de Belfort 2003), je dois reconnaître que les trois jours furent intenses en sensations fortes. Radiohead, Massive Attack, Tricky, Dave Gahan, Nada Surf, Death In Vegas et autres pointures constituaient une programmation quasi rêvées pour un gamin sorti tout droit de son Sud natal.  Et puis, quelques surprises, des groupes indés inattendus… Précisément, ce groupe américain dénommé The Polyphonic Spree, cette troupe devrais-je dire car ils sont une vingtaine, pourrait (enfin) recueillir l’adhésion du plus grand nombre avec « Yes It’s True », un album qui ravira ceux qui ne jurent que par les Flaming Lips ou les Magic Numbers. Et bien entendu Bowie ou Roxy Music que l’on entend particulièrement sur « Heart Talk ». Une grosse claque scénique aux Eurocks en 2003 et dix ans plus tard, la tannée arrive directement par ce nouvel album, cette fanfare orgiaque remplie de vocalises et d’une grandiloquence tout droit sortie des mid-seventies (le magnifique « Blurry Up The Lines »).

Paul McCartney – New (2013)

Paul McCartney - New (2013)

Revenu de « Kisses On The Bottom », son dernier album solo faisant la part belle au jazz, Paul McCartney retrouve la pop de « Penny Lane » et le songwriting de « Your Mother Should Know » sur un premier extrait de son prochain album, le bien nommé « New » co-réalisé par Mark Ronson, responsable de quelques productions mainstream pas forcément dégueu (Amy Winehouse, Adele…). Six ans après « Memory Almost Full » et quelques projets annexes, le retour du légendaire Beatle est forcément attendu. Pour patienter, donc, trois minutes annonçant la couleur.

Franz Ferdinand – Right Thoughts, Right Words, Right Action (2013)

Franz Ferdinand - Right Thoughts, Right Words, Right Action (2013)

On ne les attendait plus. Les Ecossais de Franz Ferdinand, au même titre que les Strokes ou les White Stripes, ont marqué le début des années 2000 avec des titres imparables, devenus des classiques pop rock (le premier album contient d’ailleurs autant de perles que le collier de Cléopâtre… enfin presque au regard du joyau). Depuis 2009 et le plus discret « Tonight: Franz Ferdinand », les nouvelles s’étaient raréfiés. Groupe de live, Alex Kapranos, Nick Mc Carthy et consorts avaient bien préparés leur coup. « Right Thoughts, Right Words, Right Action » tout droit sorti de l’écurie Domino est l’album qui marque un retour en force. Rapidement, les chansons font mouche et le duo de guitare des deux leaders fonctionne à merveille, assorti d’un groove dansant redoutable (« Stand On The Horizon »). « Fresh Strawberries » et la partie de synthé façon Metronomy rappelle les meilleurs heures du groupe (le fameux « The Dark Of The Matinée »), quand il enchaînait bravoure sur bravoure, à l’aube d’une carrière promise à l’excellence tandis que les groupes nineties montraient un sérieux coup de fatigue ou avaient sombré dans l’oubli (Oasis, The Verve…). Prêt à rugir, galvanisé par une facilité à enchaîner les riffs uppercuts, Franz Ferdinand montre qu’il sait toujours écrire des tubes (« Bullet », « Right Action ») taillés pour les salles de concerts ou swinguer sur une pop mid-tempo (« Brief Encounters »). Marque d’un classique, le groupe est l’évident numéro 10 de la pop actuelle, après une carrière de dix ans, avec un songwriting, une voix et un jeu de guitares quasiment déposés. On en redemande pour dix ans !

Boards Of Canada, retour imminent d’un essentiel

Boards Of Canada - Tomorrow's Harvest (2013)

Après huit ans d’absence discographique, Boards Of Canada annonce son retour avec une certain sens du mystère puisque la maison de disque (ndlr. Warp Records) a mis en place une sorte de parcours (très) alambiqué autour d’un puzzle renfermant des informations autour de « Tomorrow’s Harvest », la boîte de Pandore tant attendue. Evidemment, après tant d’attente et d’interrogations autour du duo écossais, on peut légitimement se poser la question d’une éventuelle déconnexion de l’électro made in 2013.  A bien des niveaux les tendances ont révélé un son plus corsé où le couple beat & bass n’a jamais été aussi dense (principe du side chaining très prisé de la french touch) ou un dubstep home-made usé à la corde, parfois brillant (Nicolas Jaar) mais très souvent inintéressant (les suiveurs se reconnaitront…). Mais Boards Of Canada n’a jamais dérogé à la règle. Une musique électronique singulière, n’appartenant à aucune chapelle et ne répondant à aucune logique commerciale ou de tendance de clubs. « Geoggadi », leur troisième album et probablement meilleur à ce jour (sorti en 2002), évoquait un voyage hors des sentiers battus pour je ne sais quelle destination inconnue. D’un autre temps, ou anticipant l’apocalypse « tranquille », BOC semble rester sur son fil rouge en ne dévoilant que quelques bribes de leur prochaine récolte, une vidéo et un site web touts droits sortis de La Chose de Carpenter. Rien d’encore identifiable mais beaucoup d’espoir identifié. En attendant, bloquons sur « Music Is Math », un des  titres phares de « Geoggadi ».

Depeche Mode – Delta Machine (2013)

Depeche Mode - Delta Machine (2013)

Décidément, un mois de mars propice au retour des plus grands. Après Bowie et son « The Next Day » réjouissant, c’est Depeche Mode qui refait surface avec « Delta Machine », un nouvel album assez différent des précédents et poursuivant une conquête sonore amorcée avec « Sound Of The Universe » en 2009. Car le trio de Basildon a réellement misé sur la production et le travail du son, allant rivaliser avec certaines atmosphères minimalistes d’Alva Noto (« Welcome To My World) troublantes et probablement déconcertantes pour le fan habitué aux chansons plus immédiates du groupe. La radicalité des instrumentaux révèle un penchant assumé pour l’électro minimale, flirtant avec la glitch (courant musical venant à traiter les sonorités de défaillance d’un appareil informatique ou l’usage délibéré des défauts de matière) et fouinant du côté de la musique indus (l’intro de « Soothe My Soul »). Pour autant, cette recherche du côté de l’éther ne vient pas masquer ce qui fait l’essentiel du matériel de Depeche Mode depuis sa création : des excellentes chansons. Dans une grande majorité, les titres sont réussis et observent un soin à la mélodie. Les arpégiateurs, les infra basses, les effluves synthétiques raides ne viennent pas masquer les nappes amenant l’espace mélodique pour un Dave Gahan en très grande forme (« Angel » ou l’immense « Should Be Higher » emmenant la voix de ce dernier dans une tessiture jusqu’ici insoupçonnée). La guitare de Martin Gore, bien qu’assez discrète tout au long de l’album, est d’autant plus importante qu’elle arrive à des moments inattendus (« Broken » et sa fin post rock) ou marquant un hommage (« Slow » et son blues mutant). Le lanscinant « Child Inside » rappelle franchement le deuxième album solo de Martin Gore (« Counterfeit 2 ») dans son rythme spatial et sa conduite sur mer d’huile. Pour ceux qui attendent l’improbable « Enjoy The Silence (bis) », il faudra passer son chemin, « Delta Machine » étant bien plus que cela. Fruit du cerveau d’un groupe ambitieux, soucieux de l’évolution des tendances musicales et des techniques de création, ce nouvel album est bluffant, par cette association de cultures, par ce soin à la production (signée Ben Hillier, l’indispensable quatrième homme des anglais), par cette vision tournée vers un post modernisme déroutant et apocalyptique (« Goodbye ») ramenant le blues d’un Junior Kimbrough sur les terres du Prométhée de Ridley Scott.

David Bowie – The Next Day (2013)

David Bowie -  The Next Day (2013)

À bien des égards, ce nouvel album de David Bowie est une réussite. Au delà de l’immense surprise générée par la sortie d’un premier single le 8 janvier dernier (l’introspectif et fragile « Where Are We Now »), l’étonnant revival revisité de la pochette de « Heroes » signée par le designer Jonathan Barnbrook et l’annonce d’un nouvel album dans la foulée, le Thin White Duke présente quatorze nouvelles chansons (accompagnées de trois titres supplémentaires en bonus) qui surprennent par le retour d’un rock tranchant, non sans évoquer le coeur de sa période sixties (les « Alladin Sane », « Diamond Dogs ») et l’aspect tortueux de « Scary Monsters ». Après un « Reality » (2003) de bonne facture, succédant très rapidement à « Heathen » (2002) qui signait le retour de Tony Visconti à la production accompagnant un songwriting de haute volée, « The Next Day » marque une étape, certes pas déterminante, de l’oeuvre Bowie, mais hautement à la hauteur des espérances. La chanson titre rappelle cette période où Bowie enchainait les riffs de guitare, avec ce qu’il faut de folie (la guitare électrique de Gerry Leonard, un habitué du crew et les choeurs entêtants). Dès la troisième minutes, on sent que Bowie veut frapper fort, faire taire les mauvaises langues clamant la momification de la légende depuis plusieurs années. « Dirty Boys » marque le pas tandis que « The Stars (Are Out Tonight) », le deuxième single, vibre de flamboyance et d’élégance et constitue la première pièce maîtresse de l’opus (les arrangements, ciselés, sont absolument bluffants et sans le moindre reproche). « Love Is Lost » continue d’enfoncer le clou, parachevant ainsi cette impression de « coup de maître », négociant l’entrée dans un climax proche de « Outside » (1995), l’album qui signait le retour de Bowie après une décennie d’albums (presque) ratés. Après « Where Are We Know » dont nous avions parlés dans ces colonnes début janvier, « Valentine’s Day » nous ramène (pas si) curieusement à Arcade Fire dans son rythme, ses choeurs. Bowie avait clamé son admiration pour le groupe canadien et avait partagé une scène avec eux. En dehors de « WAWN », Bowie ne laisse pas la place à des ballades comme cela avait le cas dans ses trois derniers albums, préférant l’embrasement (« If You Can See Me ») et quleques resucées façon « Black Tie White Noise » avec « Boss Of Me » qui signe également le retour d’un Tony Levin à la basse, reconnaissable entre mille. « Dance Out In Space » constitue une nouvelle pièce maîtresse que l’on jure parfaite à intégrer dans un potentiel set live, entre un titre de « Heathen » et, au hasard, un « 1984 ». On se prend à rêver, Bowie, n’ayant pas l’intention, pour l’instant, de défendre l’album sur scène. « How Does The Grass Grow », un pur produit Bowie, invoquant une nouvelle fois ses seventies et l’éternelle jeunesse d’un « Panic In Detroit ». Petit bémol sur la production métal FM musclée de « (You Will) Set The World On Fire », un peu daté bien que révélant un chant toujours aussi fougueux et énigmatique (« Kennedy would kill the line that you’ve written… »). Pour finir, « You Feel So Lonely Could Die », pièce calme à laquelle nous pourrions répondre que, non, David Bowie n’est pas seul, il est attendu, admiré, vénéré… Il constitue une des dernières légendes de la pop et du rock avec les Mc Cartney et Jagger, encore vivantes et toujours désireuses de poursuivre une carrière que l’on espère encore jonchée d’oeuvres pertinentes comme ce « Next Day », certes pas révolutionnaire (mais qui serait capable de créer une révolution aujourd’hui comme ont pu le faire les plus grands – difficile à dire tant la production actuelle va chercher dans le passé – ?), n’opérant pas la mutation espérée par ses fans les plus exigeants, mais diablement réjouissant.

2013, l'année Bowie

Comment entamer 2013 sous les meilleurs auspices? Un nouveau David Bowie, bien sûr ! Alors que la presse et les fans s’interrogeaient sur la santé de l’artiste anglais, une de nos références pop culture revient avec un nouveau single publié sur Itunes (« Where Are We Now » retraçant avec une certaine nostalgie ses allées-venues dans les rues berlinoises lors de son périple de la fin des années soixante-dix) et en écoute sur le site officiel du « Thin  White Duke ». Prenant à contre-pied son monde, c’est avec un plaisir non dissimulé que j’écris ces quelques lignes tout en écoutant pour la sixième fois en trente minutes (soit une écoute quasi ininterrompue) ce premier extrait de « The Next Day », un album de 17 titres prévu pour le 13 mars. Maintenant, le tout, c’est d’être patient jusqu’au jour J.

Beach House – Myth

Ce fut une des surprises de l’année 2010 avec le magnifique « Teen Dream », un album qui envoûte, charme et embarque quiconque ose emprunter ces dix étapes d’une quarantaine de minutes. Dix chansons qui convoquent la beauté dans son plus simple appareil. Limitrophe d’une androgynie presque masquée, le duo de Beach House, évanescent et stratosphérique, nous rappelle l’insaisissable Nico, sans le Velvet Underground, avec un son actuel, se rapprochant de la colonie MGMT. Pour 2012, il nous est promis un nouvel album dont un premier titre vient d’être dévoilé… « Myth » ou comment s’envoler encore plus haut…
Redécouvrir « Teen Dream » ici.

Merz – No Compass Will Find Home

 

J‘ai eu la chance de rencontrer Conrad Lambert aka Merz lors de l’un de ses concerts à La Flèche d’Or (Paris) en avril 2008. Seul sur scène, il joua alors l’intégralité de son albm « Moi Et Mon Camion », gérant son laptop et un synthétiseur, tout en s’accompagnant à la guitare acoustique. J’ai une affection particulière pour cet artiste génial et mésestimé, maniant la composition avec en tête le détail de l’arrangement. Ce jour-là, à La Flèche d’Or, j’ai eu cette impression de vivre un moment magique, intime, presque privilégié, il y avait peut-être 80 personnes… Un luxe. Et je découvrais des versions touchantes de « Lotus », « Postcard From A Dark Star » ou « Presume Too Much », des pépites qui mériteraient d’être dévoilées à la Terre entière, remède au cynisme ambiant et à la décrépitude d’un système usé jusqu’à la corde. Peu de chances de voir le « miracle » se produire… Merz a beau avoir été touché par la grâce, il reste dans la marge, à mille lieux d’une hypothétique réaction d’une industrie musicale trop préoccupée à gérer l’éphémère. Mais qu’importe, Merz va sortir son quatrième album (« No Compass Will Find Home » produit par Matthew Herbert, producteur et musicien de la scène électronique anglaise), il sera splendide, je retournerai à La Flèche d’Or et rebelote, j’emporterai avec moi une tonne de superlatifs destinés à être gravés dans ces colonnes…
Merz – Postcard From A Dark Star (« Loveheart »_2006)

Merz – Presume To Much (« Moi Et Mon Camion »_2008)