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Les nouveautés de la semaine #1

Ariel Pink_Dedicated to Bobby Jameson

Attendu comme le messie par tout un public friand de fresques pop baroques, Ariel Pink revient enfin 3 ans après l’album de l’année 2014 (« Pom Pom »). « Another Weekend », en guise d’amuse bouche, tient toutes ses promesses et livre une continuité digne de son parfait prédécesseur. Le nouvel album est disponible sur toutes les plateformes d’écoute en ligne et, bien entendu, en Cds et les vinyles pour les plus mélomanes et nostalgiques d’entre vous.

New Order – Music Complete (2015)

New Order_Music Complete

D‘évidence, la sortie d’un nouvel album de New Order, même dix ans après un dernier effort plutôt superflu (« Waiting For The Siren’s Call »), s’avère être un événement. Les anciens locataires (et propriétaires…ruinés) de feu la Hacienda, lieu culte de l’époque Factory, continuent d’entretenir la flamme d’une époque révolue mais toujours aussi en prise avec la vibe du moment.  À en croire les dernières productions pop du moment, les années 80 n’ont jamais été aussi vives, célébrant (parfois à outrance et « pour faire comme ») les synthès et les boîtes à rythme. Malgré l’absence de l’un de ses membres fondateurs (le tempêtueux Peter Hook parti en 2006), les deux rescapés de la première époque (Bernard Sumner et Stephen Morris, respectivement chanteur-guitariste et batteur), et plus loin encore, de Joy Division, restent fidèle à la recette maison. Servie comme à l’accoutumée, on retrouve les ingrédients synth pop basiques mais parfaitement indispensables : de bonnes chansons pop avec une garniture synthétique toujours efficace (« Singularity », « Tutti Frutti », « Academic »). Contrairement à « Get Ready », leur dernier excellent cru de 2001, « Music Complete » lorgne vers un NO à cheval entre « Power, Corruption & Lies », « Brotherhood » et le side-project de Sumner, Bad Lieutenant, sorti en 2009. Un vrai panorama du savoir-faire des mancuniens finalement (avec « People On The High Line » ce bonus discoïde assez réussi en cinquième plage). Hormis quelques titres plutôt anecdotiques (« Stray Dog » malgré la présence d’Iggy Pop au micro, « Unlearn This Hatred »), avec quarante arrière dans les pattes, Sumner and co continuent d’écrire de bonnes chansons et entretiennent la dynamique d’un style qu’ils ont contribué à créer. Toujours en marge des monstres de la décennie à la chromie incontrôlée (Depeche Mode, Cure, Tears For Fears qui cartonnaient à chaque single…), la dramaturgie et les hit singles en moins,  ils gravent un peu plus leur nom dans l’histoire de la pop moderne, avec ce supplément d’âme qu’ont su reconnaître leurs suiveurs (et talentueux invités) sur l’album (Brandon Flowers des Killers et La Roux). À noter, l’excellente édition double vinyle transparent tirée à 500 exemplaires que votre serviteur s’est procuré. Cool mais gimmick. Mais cool.

Pepe Deluxé – Queen Of The Wave (2012)

Pepe Deluxé_Queen Of The Wave

Ils sont finlandais et viennent nous titiller sur des références majeures des années 90-00 néo-psychédéliques (MGMT, Tame Impala), elles-mêmes s’inspirant de la vague flower power de la fin des années soixante. Dans ce « Queen Of The Wave » complètement délirant et d’un hétéroclisme à couper le souffle (on déambule dans un cabinet de curiosités où l’espace temps est modifié en permanence), on retrouve la pop des excellents et mésestimés The Coral (« Queenwave ») et quelques resucées du rock au parfum maharishi de Kula Shaker (« A Night And A Day »). Hyper ambitieux, ce troisième album, présenté comme un concept à part entière, vient créer des passerelles fantastiques entre une folk moderne (« Iron Giant » et cette parenté évidente avec Edward Sharpe & The Magnetic Zeros) s’affranchissant du repère marketing du moment (l’electro pop rincée à grands coups d’interjections – les « he ho ho » florissant jusqu’à l’indigestion) et un rock psychédélique mâtiné d’un classicisme pop (« Riders Of The First Ark » où l’on retrouve quelques échappées lyriques façon Burt Bacharach, Roy Orbinson ou encore Scott Walker). Pepe Deluxé se présente comme un collectif inter-continental naviguant sur un océan où les limites sont inexistantes et les escales parfaitement flamboyantes, délicieusement psychotropiques… Peut-être que  cet opéra rock peut parfois s’avérer parfois un peu trop copieux… Mais on ne boude pas notre plaisir, ce « Queen Of The Wave » est à découvrir absolument, histoire de faire bouger un peu les stats Deezer (un millier de « fans » seulement…).

Alors, ce Blur?

Blur - The Magic Whip (2015)

Deux choix s’offraient à moi. Le premier résidait dans l’écriture spontanée et le jugement immédiat avec tout ce que cela implique : emballements incontrôlés, comparaisons hâtives, références au passé… Le second, plus mesuré, nécessitait du recul et une bonne dose d’écoutes. Alors, j’ai choisi la deuxième option, celle du « brit poppeur » raisonnable qui a besoin de temps pour déguster la dernière recette des éternels dauphins ( oui, après Oasis messieurs, dames !) de cette britpop chère à nos années quatre-vingt dix.

On n’avait pas entendu Blur au complet depuis l’album « 13 » sorti en 1999 (on ne va pas compter « Think Tank » qui n’incluait pas – à l’exception de « Battery In Your Legs » – Graham Coxon, éminent guitariste aux lunettes d’intello en pré-hipsterisation). Premier constat, on coupe la poire en deux : d’un côté le VRAI Blur, avec ses quatre membres au diapason, lazy à souhait façon teenagers, faiseurs de pop songs parfaites (« Lonesome Street », « Go Out ») dans la lignée de « Modern Life Is Rubbish » ou du rock teigneux de « Song 2 »  (« I Broadcast »). Mais le virage n’est pas loin… De l’autre côté, c’est Damon Albarn et quelques morceaux que l’on jure sortis tout droit des chutes de son premier album solo (« Everyday Robots » sorti en 2014). Des chutes, oui, comme des petits bouts de tissus sans trop d’importance que l’on aime conserver sans toutefois ne savoir qu’en faire (« New World Towers », « Thought I Was A Spaceman »…). Avec une légère gêne, on fait mine d’aimer, creusant les sonorités, parfois exquises, il faut le reconnaître, de certains arrangements, mais en vrai, le coeur n’y est pas. Alors, oui, Albarn est génial et, même sur son Ipad, en pleine tournée, il arrive à nous sortir des chansons sublimes (« Pyongyang », « My Terracota Heart ») que l’on écoute, religieusement, avec cette forme d’admiration, la même qui brillait dans nos yeux lorsque l’on écoutait pour la première fois « The Universal » ou « To The End », ces deux morceaux de bravoure des premières années… Ah les premières années… Il est bien loin « Parklife » et son refrain à l’unisson, capable de soulever les foules.

Ah, j’aimerais vous dire que je l’aime ce « Magic Whip ». Et je l’aime. Comme on aimera toujours son premier amour. Avec cette façon de lui rendre hommage. Avec tendresse mais avec détachement.

Mélanie Pain + Beaty Heart @La Flèche d’Or, Vendredi 11 avril

Mélanie Pain

Beaty Heart ouvre le bal d’une soirée placée sous le signe de la pop bigarrée. Bigarrée, oui, avec ces anglais jouant dans la cour de Vampire Weekend sans pour autant opérer à une vulgaire décalcomanie sans intérêt. Car le trio se distingue par cette empreinte dans le territoire défriché auparavant par Paul Simon avec « Graceland », initiateur de la rencontre pop et la world music, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, dans la jungle « Ryderienne » des Happy Mondays, éminent groupe mancunien 90′s. Les rythmes sont marqués et invitent clairement à danser, à la manière d’une mini Hacienda (sans les acides). Multi-instrumentistes et touche-à-tout manifestement doués, les Beaty Heart s’échangent les postes et parviennent à insuffler suffisamment de bonnes ondes pour entraîner le public parisien venu majoritairement voir l’un des secrets les mieux gardés de la pop française : Mélanie Pain.

Justement, il y a une recette Mélanie Pain comme il peut y avoir une recette Émilie Simon. Cette pop expérimente, défriche, sans pour autant tomber dans l’inaccessible. Elle m’évoque parfois (j’avoue je suis allé chercher loin) la dactylographie sonore de The Great Escape de Blur avec les petits solis de synthés parsemant les morceaux de touches analogiques insolites. La mixture est judicieuse et le trio parfaitement en place (chant/clavier, guitare/clavier, batterie/choeurs), résumant l’image de la famille (recomposée) idéale. Alternant l’anglais et le français avec des figures souples et synchronisées, Mélanie envisage ses chansons avec le souci de l’arrangement intelligent en évitant l’écueil du formatage radiophonique calibré pour plaire à la veuve, l’orphelin et le chaland du samedi après-midi chez Carrefour. Comme pour souligner ce plateau idéal, coïncidence ou pas, on notera l’excellent « Bye Bye Manchester » en guise d’amuse bouche.

Lo-Fang – Look Away (2014)

Lo-Fang_Blue Film (2014)

Au grès de déambulations nocturnes sur les plateformes de streaming s’échappent parfois quelques jolis moments de pureté, de grâce et de simplicité qui finissent par tourner en boucle. Aujourd’hui, c’est la musique d’un dénommé Lo-Fang, jeune californien proposant une folk à cheval entre Anthony & The Johnsons ou David Kitt. Mais il est difficile d’être hyper catégorique sur les références… Parfois on jurerait entendre le timbre de Lightburn Murray (The Dears) quand tout à coup d’échappent des rythmes électroniques dubstep parfaitement ancrés dans l’époque (Y voir le fantôme de James Blake?). Sorti fin février sur l’excellent label 4AD, l’album « Blue Film » est très réussi, surprenant parfois et révélant des hits indés, en témoigne le céleste « Look Away ».

Tiyan – Doctor Danger (2014)

Tiyan

Quelques semaines avant la sortie de son nouvel E.P, Tiyan lance « Doctor Danger », un premier single pop aussi efficace que soigné, dans ses arrangements et dans sa production. Objet d’une expérience anatomique pour le moins loufoque, mis (presque) à nu et sous l’emprise d’un docteur tenant ici sa vengeance (on soupçonnerait presque une sortie parfaitement calée avec la journée de la femme… 8 mars 2014), l’impassible Tiyan parvient à créer l’adhésion par une simplicité mélodique et une combinaison parfaitement équilibrée entre chanson et traitement synthétique aux petits oignons. Vite, la suite !

Ah, j’allais oublier, la vidéo a été réalisée par Claustr&Phobia, un duo de réalisatrices qui monte…

 
 

 

Paul McCartney – « New » (2013)

Paul McCartney - New (2013)

Tout le monde en parle, certes, et ajouter quelques lignes à l’édifice d’une presse unanime, est-ce réellement utile? Sans doute que cet hommage se dispersera parmi tant d’autres sur Internet ou trouvera quelques lecteurs curieux d’un blog… curieux. Qu’importe,  l’envie l’emporte contre la raison et il est difficile de s’y détourner. L’hommage en question se révèle à travers un album, celui de Paul McCartney qu’il a très justement appelé « New ». Après six ans d’absence sur les tablettes de la pop, Macca nous invite à célébrer une carrière d’une richesse qu’il n’est plus nécessaire de décrire (entre les Beatles, les Wings et une carrière solo) tant elle marque une empreinte majeure dans la musique de ces cinquante dernières années. L’album s’ouvre sur « Save Us » et annonce la forme olympique du natif de Liverpool arguant un rock façon Strokes (à l’écoute des guitares du couplet, on retrouve ce son saturé très plein et délicatement crade). « Queenie Eye » marque des franches retrouvailles avec les Wings et « Band On The Run » sur un exercice pop (Dieu que le pré refrain et le refrain sont parfaits !). « Early Days » convoque à l’évidence les Paul, John, George et Ringo avec un morceau dont il a le secret, celui d’une simple chanson nostalgique avec juste l’essentiel de la pop : une voix et une guitare. Passé une première moitié d’album tournée vers ce qu’il fait de mieux, « Appreciate » marque une sorte de rupture en tentant une exploration avec quelques touches électroniques et un groove frôlant le hip-hop. Très réussie, cette chanson verra suivre un tour de force remarquable de pop classique (« Everybody Out There ») qui aurait eu toute sa place dans les meilleures morceaux de Paul période Wings. Joie de vivre, refrains entonnés, énergie contagieuse et pop parfaite, ce titre résume parfaitement le savoir-faire de l’ex-Beatles. A 71 ans, Macca ne montre aucun signe de faiblesse et rassure sur (peut-être) encore une décennie de chansons originales. On se prend à rêver de ce projet avec Bob Dylan sans trop y croire. Peut-être réservé à notre lot de fantasmes les plus secrets… « Hosanna » nous invite à retrouver « Flaming Pie », son album de 1997, accouché dans la douleur alors que Linda s’apprêtait à nous quitter. Passé ce moment de calme, « I Can Bet » relance la machine rock tant aimée, celle de « Run Devil Run » (1999) son album de reprises de standards rock’n'roll, avant de laisser la placer à une autre déambulation exploratrice et démontrant une volonté d’aller de l’avant et percer une bulle de musique électronique (« Looking At Her »). Sans pour autant omettre la mélodie (hé, on parle du vrai king of pop !), la rythmiques aux sonorités d’une boîte à rythme et la basse synthétique s’échappant ça et là se révèlent comme un marqueur « sonore » de l’époque. La chanson est impeccablement produite (comme la majorité des titres par différents producteurs de renom dont Mark Ronson et Paul Epsworth) par Giles Martin, rejeton de George Martin, considéré à juste titre comme le cinquième Beatle et responsable d’un nombre conséquent d’innovations de production sur les albums des Fab Four. Avant de laisser le silence s’imposer, Paul ferme la marche avec des adieux, des « à la prochaine » dirons-nous, seul au piano, sur un morceau caché (« Scared »), fragile, que l’on devine écrit pour Linda, John ou ces rencontres qui marquent une vie. Paul a marqué la nôtre, sans aucun doute, et continuera de surprendre, vivant, dans l’au-delà, grâce à cet héritage musicale phénoménal. Meilleur album depuis telle ou telle date? Qui s’en préoccupe à part les généralistes accoucheurs de papiers en série? Personne. Et tant mieux. Ecoutons et apprécions.

San Cisco – « album éponyme » – (2013)

San Cisco

Sorti cette semaine sur le label Fat Possum Records, l’album des australiens de San Cisco démarre fort avec « Beach », premier single dévoilé fin décembre 2012. Puis, une petite bombe pop (« Fred Astaire ») qui évoque ça et là Miami Horror, Miles Kane (en plus sucré et moins rock) qui surprend par sa frénésie contagieuse et donne clairement envie de danser. La voix peut parfois évoquer Alex Turner des Arctic Monkeys mais l’emballage, plus relax et pop, ramène vers les côtes (précisément Californienne, tiens tiens…) où le soleil et la plage relèguent la grisaille printanière définitivement au placard. Parfois inégal et lorgnant trop sur un tempo quasi identique sur chaque titre, « San Cisco » (album éponyme) saura rythmer cette entame d’été et provoquer quelques déhanchés devant un bon feu de plage (« Rocket Ship »). Alors, ne boudons pas notre plaisir !

Orval Carlos Sibelius – Super Forma (2013)

Orval Carlos Sibelius - Super Forma (2013)

Après une pause de trois semaines où nous avons pu emmagasiner un certain nombre de découvertes musicales, celle qui va rythmer ce début d’été va nous transporter dans la pop psychédélique. Après avoir vu les australiens de Tame Impala dans l’antre de l’Olympia, nous ne nous attendions pas à tomber sur ce Orval Carlos Sibelius. La pop du parisien (et oui!) ne ressemble à pas grand chose d’actuel et semble naviguer à contre courant de certaines banalités sorties récemment (Empire Of The Sun et « Alive », hyper frimeur et sans intérêt par rapport au rafraichissant « Walking On A Dream »). Orienté fin sixties et mentionnant ça et là des références piliers de la pop (les Beatles de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band », les Stones de « Their Satanic Majestic Request »), Axel Monneau (son vrai nom) salue également celui qui brillait sur un diamant fou, la caution délirante des Pink Floyd : Syd Barrett. Conçu dans un espace-temps arrêté aux chemises à fleurs et aux lunettes colorées immenses, « Super Forma » porte Orval Carlos Sibelius sur une planète que l’on croyait abandonnée ou livrée aux recoins insoupçonnés de quelques bloggueurs ultra spécialisés. En retrouvant même un esprit Donovan (« Mellow Yellow ») sur la voix d’ »Archipel Celesta », c’est une brèche que l’on se retrouve à redécouvrir sans tomber sur un vulgaire cliché de compilation tous azimuts. En 2013, sans calcul, juste celui de produire quelque chose de sincère, l’Artiste (j’insiste sur le grand A), livre un album où le voyage pop n’a jamais été aussi lointain. La question, c’est : « Va-t-on y revenir indemne? »