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Iceland Airwaves Festival, Vendredi 1er novembre

Islande

Iceland Airwaves Festival 2013

Nous accusons un peu de retard pour ce compte-rendu du troisième jour de l’Iceland Airwaves Festival… Mais le retour en France a été plus délicat que prévu et les premières heures sur le sol parisien n’ont pas été d’une limpidité phénoménale. Gris, pollution, encombrement dans les transports et mines abbatues viennent s’opposer à la beauté de l’île et son exceptionnelle qualité de vie. Qu’importe, le désir profond est d’y retourner, peut-être en été pour parcourir ce fabuleux territoire où l’océan côtoie le maquis et la montagne avec une étonnante proximité.

John Grant

John Grant @ Kex Hostel 

Premier concert de la journée en « Off Venue » de l’Iceland Airwaves, John Grant dans le hall rustique et à la fois contemporain (à la Berlinoise) du Kex Hostel. La foule est impressionnante, massée devant le petit salon de l’hôtel où se trouve une petite bibliothèque ornée de vieux livres, d’objets hétéroclites et de… vinyles. Après une petite dizaine de minutes d’attente et l’annonce d’une diffusion simultanée sur KEXP Radio Seattle, John Grant s’empare du micro et démarre son set. D’emblée, on est scotché par le son, absolument parfait, restituant magnifiquement la voix et les arrangements du groupe (l’acoustique est précise et confortable). Moment cocasse, alors qu’une dizaine d’enfants sont agglutinés devant la scène (une sortie scolaire probablement), John Grant annonce qu’il va devoir adapter ses paroles et ainsi mettre au placard (ponctuellement) ses bien célèbres « motherfucker ». « GMF » et son « Greatest Motherfucker » se transforme donc en « The Greatest Living Creature »… Suivra la splendide « Marz » (rappelant le meilleur de Scott Walker et Elton John) du non moins splendide « Queen Of Denmark » qui démontre les étonnantes capacités vocales de l’américain. « Pale Green Ghost » et son atmosphère post apocalyptique prend une autre dimension dans ce Kex Hostel transfiguré et prêt à décoller (l’arrangement electro est véritablement adapté à la scène et permet quelques débordements analogiques bienvenues). Délicieux.

Carmen Villain

Carmen VillainKvosin Hotel

Découverte loin d’être renversante, Carmen Villain mêle Velvet Underground et shoegazing anglais. Répétitive, nonchalante (le guitariste avait l’air de s’ennuyer profondément, recroquevillé et prêt à s’endormir sur son tabouret) et souvent poussive, la musique s’encombre dans des tapis de guitares (les mêmes accords grattés où pas grand chose d’intéressant ne ressort. Comme quoi la reconversion top model-artiste est loin d’être chose sûre et heureuse. Aller, on switche vers la Wallonie qui investit la scène du Kvosin Hotel.

Girls In Hawaï

Girls In Hawaï @ Kvosin Hotel

Malgré quelques difficultés liées à des réglages de son, les belges remplissent le contrat et réussissent à donner de l’ampleur à leurs chansons qui sont des moments pop à la fois touchants, enjoués ou dotés d’une énergie rock prenante. Les harmonies vocales des deux chanteurs guitaristes marchent parfaitement et inévitablement, comme leurs aînés de dEUS, on retient une empreinte sonore, une marque de fabrique qui définit . Auteurs d’un troisièmes album particulièrement réussit sorti en cette rentrée 2013 (« Everest »), Antoine Wielemans et sa bande continuent leur bonhomme de chemin reprenant ainsi les rennes d’un projet que l’on attend toujours tous les trois ans, dans les bacs.

Asgeir Trausti.

Ásgeir Trausti @ Kex Hostel

Prodige de la scène islandaise et véritable sensation de l’année en Islande, le jeune Ásgeir Trausti et ses vingt et un printemps trouve sa voie dans la folk de Bon Iver (le mimétisme de la voix est évident) et l’ambiant dubstep de James Blake. Donc pas de surprise malgré un talent véritable et une sincérité dans le propos. La foule est dense dans le salon du Kex Hostel, acquise et désireuse d’approcher celui qui peut rêver d’une carrière internationale à la Sigur Rós (son album « Dýrð í dauðaþögn » a été réinterprété en anglais). Retranché derrière sa guitare ou son clavier, l’islandais enchaîne ses chansons sans regarder le public. On le devine introverti, peu confiant en lui malgré l’évidente maîtrise de son art. A suivre !

Mariam The Believer

Mariam The Believer @ Gamla Bío

LA vraie découverte du festival ! La suédoise Mariam dévoile un charisme et une fougue qui servent des chansons pop denses et lorgnant vers la tension scénique que l’on retrouve chez Nick Cave & The Bad Seeds. Diva à la voix mutante, allant de la force au murmure, Mariam dose parfaitement son set, combinant rock puissant, pop et moments apaisés. La veille, elle enflammait La Flèche D’Or à Paris.  On attend un compte-rendu histoire de vérifier l’emballement.

Villagers

Villagers @ Gamla Bío

« Becoming A Jackal » avait eu l’effet d’une bombe lors de sa sortie en 2010. Critiques, fans, l’évident consensus autour de ce premier album n’avait rien d’un buzz ou d’un quelconque enthousiasme démesuré (chose assez récurrente dans la presse ces dernières années).  Songwriter d’exception, Conor J. O’Brien a bien saisi l’essence de la chanson folk et mène Villagers vers les sommets (« Becoming A Jackal » a reçu un Ivor Novello Award de meilleure chanson) tout en s’essayant à la musique électronique que l’on retrouve parsemé dans son récent « Awayland ». Ce deuxième album, bien qu’ambitieux et plus relevé dans l’instrumentation, n’a pas la même constance que le précédent et pêche sur la fin. Sur la scène du Gamla Bíó, les Irlandais sont justes et dosent parfaitement leurs interventions dans le respect de la confection studio. O’Brien, le plus souvent accompagné de sa guitare acoustique, montre qu’il ne cantonne pas son interprétation à la folk et sait exploser quand les chansons virent à une montée rock (l’intense final de « Nothing Arrived »).

Épilogue de Festival

Une clôture de festival en ce qui nous concerne, avec des images, des sons, des chansons et des émotions plein la tête. Après avoir éprouvé un certain nombre d’événements musicaux depuis dix ans, je dois dire que cette expérience islandaise est la meilleure, la plus mémorable, par la qualité de la programmation, par les possibilités d’immersion en musique islandaise, mais surtout par l’exceptionnel cadre et cette ambiance qui règne dans la ville. Reykjavik, ville rock, Reykjavik, ville rêvée, ville de musique, ville de beauté et petit microcosme protégé de la sinistrose et des complaintes européennes. Un must à découvrir une fois avant le trépas.

Iceland Airwaves Festival, Jeudi 31 octobre

Reykjavik

Iceland Airwaves Festival 2013

Deuxième jour de festival, entre des déambulations dans les rues de Reykjavik et un programme bien ficelé dans la très réussie application dédiée au festival. Le temps est ensoleillé et l’ambiance dans la ville toujours aussi propice à l’euphorie.

Première halte au Koffin Café, un peu au hasard dans le off-venue, le groupe islandais My Brother Is Pale, sorte de Muse ressuscité façon Showbiz. Parfaitement comprise, la règle instaurée par Matthew Bellamy continue de faire des petits. Sans surprendre, le groupe réussit parfois à toucher, grâce à une excellente maîtrise de l’instrument mais peine à s’extirper du mimétisme Muse ou Kings Of Leon. L’avant dernière chanson, dont je ne connais le nom, s’avère plus ambitieuse avec une touche electro plutôt bienvenue malgré un lyrisme (trop) exacerbé.

Original Melody

Original Melody @Gamli Gaukurin

Ces gars la n’ont pas l’air de rappeurs, plutôt de bûcherons ou d’étudiants en lettres modernes (en fin de cycle, précisons, et avec quelques années d’endormissement) mais l’habit ne fait pas le MC et ces trois là maîtrisent l’art du flow et leurs solides références old school façon hip-hop 90’s. Des guests (un sax et une chanteuse) accompagneront l’ensemble pour le saupoudrage sexy et la clôture sur un choeur improvisé de potes présents dans la salle… Super instrus et sens du show viendront convaincre le public, captif et sensible au head banging. Bonne pioche d’autant que les lascars n’avaient pas foulé la scène depuis 3 ans !

Tempel

Tempel @Gamla Bíó 

Les quatre suédois nous ramènent vers Mogwaï et un post rock où les guitares tapissent le spectre sonore d’effets et saturations denses. Parfois, on se prend à cette atmosphère qui révèle quelques moments planants, parfaits pour s’approprier les paysages lunaires que dessinent le groupe. La bande originale de film n’est jamais loin et la communion s’apparente à un vaste banquet où tout le monde serait tenu au silence ou à l’explosion. Au choix.

Samaris

Samaris @Gamla Bíó 

Peu enclin à bouger et préférant observer un moment de repos dans cette ancienne salle de cinéma au charme typique, nous attendons  Samaris et son imagerie singulière. Ce combo étrange combine une sorte d’electronica et de musique down tempo nous ramenant vers Björk (le chant est un marqueur évident) sans pour autant retrouver l’exceptionnelle force émotionnelle résidant dans la voix de la légende islandaise. Les instrumentaux sont plutôt bien ficelés et les sons intéressant mais on parvient difficilement à s’accrocher à quelque chose. Chose plutôt curieuse, la clarinettiste au jeu difficilement discernable n’apporte pas grand chose… Un bon potentiel néanmoins pour un groupe qui a déjà obtenu quelques récompenses locales.

Jagwar Ma

Jagwar Ma @Reykjavik Art Museum

Ou comment envoyer la sauce rock sans batterie? À l’évidence, la formule trio guitare voix, basse et machines fonctionne à merveille. Les australiens ressortent clairement la veille recette de leurs aînés (The Music, BRMC…) mais parviennent à insuffler ce qu’il faut de neuf pour ne pas tomber dans la redite. Du neuf, oui, avec cette sauce dancefloor qu’apprécierait sans doute Shaun Ryder en bon patron de l’amphet rock et des happy mondays. Serait-ce la formule d’un rock futuriste où le sacro saint basse batterie guitare chant serait définitivement relayé au rang d’objet de musée ou de relique préhistorique ? N’allons pas trop vite en besogne. Jagwar Ma a clairement identifié un potentiel et a probablement saisi quelque chose qui échappe sans doute à la scène rock actuelle. L’envie de tuer le père, de définitivement clore le chapitre 70´s en s’appropriant une nouvelle façon de traiter ses chansons. Minuit et quelques, on finit ce second jour de festival avec déjà l’envie d’en découdre demain. Big programmation en vue !

Iceland Airwaves Festival, Mercredi 30 octobre

Iceland

Iceland Airwaves Festival 2013

La 15ème édition de l’Iceland Airwaves Festival s’annonce sous les meilleurs auspices avec un temps froid, certes (nous sommes à 300 kilomètres du Groenland, rappelons-le), mais dépourvu de tout branle-bas de combat climatique. Pas de tempête, ni de déluge en prévision, nous commençons à arpenter les rues Reykjavik, la petite capitale insulaire de 120 000 âmes, en découvrant ça et là, la qualité de vie de l’Islandais qui vit en osmose avec la musique. Les magasins de disques sont légion et offrent au mélomane une caverne d’Ali Baba où les rangées de vinyles s’étendent et où l’espace donne l’opportunité aux musiciens d’offrir de belles prestations acoustiques dans un cadre juste parfait (festival off-venue). Nous aurons l’occasion de tomber sous le charme de Hanna Lees, une jeune américaine qui chante à la manière d’Alela Diane, avec sa guitare acoustique entourée de vêtements, pantoufles et pulls islandais (les fameux !). Le folk s’imbibe dans le magasin &PO pendant que l’on imagine déjà l’effervescence gagnant progressivement la ville. Les artistes gagnent les rues, du petit bar du coin jusqu’à la salle prestigieuse, en passant par la boutique de fringues hipster. D’ailleurs, il n’est pas rare de les croiser dans la rue, avec leur guitare en bandoulière, allant à leur prochain gig, toujours à la recherche d’un nouveau public. Notre programme est bouclé, entre artistes internationaux et pépites locales mais il est plutôt réjouissant de savoir que nous pouvons tomber à tout moment sur un nouveau talent qui sera peut-être le Sigur Rós de demain… Première sensation forte prévue au programme, Agent Fresco et son rock alternatif combinant pop songs efficaces et métal décoiffant. Une excellente entrée en matière dans le « lourd » de la programmation du Airwaves. À cinq minutes à pied, nous rejoignons le Harpa Center, l’immense centre culturel islandais avec son architecture contemporaine impressionnante. Nous retrouvons Bloodgroup, une sorte d’OVNI pas vraiment abouti, mélangeant une sorte d’emo rock et de trip-hop façon Archive. Pas réellement convaincant, nous quittons les lieux avant de retrouver l’immense Emiliana Torrini, une des fiertés de la nation avec Björk, et sa voix envoutante. Depuis plus de dix ans, elle parcourt le monde avec des chansons gracieuses qui sont parvenues à lui apporter une notoriété mondiale, répandant ainsi la bonne parole insulaire. Belle entrée en matière avant d’attaquer le deuxième jour où les concerts démarrent très tôt, un peu partout… A demain pour la daily review !