Tous les articles tagués sébastien tellier

4 Articles

Un Voyage à Travers le Son

Jean-Michel Jarre

Après un silence radio de plusieurs années, Jean-Michel Jarre a retrouvé le chemin des studios, avec l’album « Electronica 1 : The Time Machine » prévu pour le 16 octobre 2015 (voir le trailer ici). Le compositeur continue d’explorer la musique électronique collaborant, pour ce nouveau projet, avec un nombre impressionnant d’artistes sur un spectre allant des années 70-80 (Pete Townshend des Who, Vince Clark, John Carpenter, Tangerine Dream…) jusqu’à notre époque, convoquant quelques piliers de l’électro internationale (3D de Massive Attack, Air, Moby, Boyze Noise, M83, Sébastien Tellier…). Il revient sur sa pièce maîtresse, « Oxygène », album phare de la musique électronique moderne et énorme succès mondial (vendu à plus de 18 millions d’exemplaires) et livre ses souvenirs, la genèse de ses productions live monumentales, son déplacement en Chine et à Houston pour les 150 ans de la ville et les 25 ans de la NASA (pour l’occasion, il a composé le dernier morceau de son album « Rendez Vous » pour être joué dans la navette Challenger). Cette magie éphémère, comme il le souligne, s’ajoute au désir d’explorer de nouvelles manières de créer de la musique, utilisant des instruments de musique atypiques (la harpe laser par exemple) et considérant la forme ludique que peut revêtir celle-ci (la haute dimension du multimédia présente dans ses oeuvres). Le documentaire d’Arte touche un sommet lorsqu’il évoque son père, Maurice Jarre, monstre sacré de la musique de films (sa relation, distante mais respectueuse avec ce géniteur, absent, du fait d’une carrière mirifique à Hollywood), sa rencontre avec Pete Townshend (quel plaisir de le revoir bousculer sa Telecaster, avec cette rythmique si caractéristique, nous ramenant aux grandes années soixante, rageuses, celles des Who et du rock façon mods) ou Gary Numan, précurseur du rock indus et faiseur de tubes synth pop (« Cars », « Me! I Disconnect »). Le compositeur se raconte, au fil du temps, avec Charlotte Rampling, probablement sa Muse, celle de la décennie fondatrice de sa carrière dès l’entame de ce qui allait devenir son oeuvre ultime, « Oxygène ». À visionner jusqu’au 19 octobre prochain sur Arte TV.

 

Chassol – Indiamore (2013)

Chassol

Comment définir ce projet musical? Déjà, un indice : une signature sur Tricatel, le label de l’iconoclaste et fin limier de la pop, Bertrand Burgalat. D’ores et déjà, un OVNI, puis une fusion des genres mise en oeuvre par un claviériste talentueux : Christophe Chassol. Evoluant dans un paysage indien où les voix s’entremêlent avec les cordes (le sitar), les tablas et des percussions évoquant aussi un jazz façon Stax (« XIXth Century ») ou très proche du « Politics » de Sébastien Tellier (« Odissi, Pt. III Farewell » avec la section rythmique parfaite emmenée par le batteur génial Lawrence Clais), Chassol s’aventure dans les terres d’une musique sacrée, tel un chantre de la symbiose occident/orient, à la manière d’un George Harrison du troisième millénaire. Cela pourrait s’arrêter aux clins d’oeil d’un musicien tout juste prêt à puiser dans la matrice orientale, mais « Indiamore » est bien plus qu’un simple hommage. A travers vingt-deux titres, c’est un véritable storytelling, une plongée dans un univers où le paysage sonore est le fil rouge d’une narration passionnée évitant tous les clichés du genre. Donc on chasse l’évidence pour se retrancher derrière la photographie de Calcutta et de Bénarès (d’où sont tirées des ambiances sonores locales, des sons de ville, des samples…) à la rencontre des talents locaux. Une belle découverte autour d’un concept, celui d’un musicien désireux d’une expérience de vie et avide de rencontres. Hare Krishna !

Sébastien Tellier, concert Casino de Paris (Paris), Lundi 3 décembre 2012


Sébastien Tellier, c’est le genre de personnage qui agace la bien-pensance, celle d’une Audrey Pulvar à la coupe Robert Smith (au moment d’entrer à la direction des Inrocks) et aux lunettes au K-euros, ou celle des gens trop occupés à bouquiner les dernières sottises sentimentales d’un Marc Levy ou d’un Guillaume Musso. Car Pulvar, au-delà de ses qualités d’analyste politique et sociétale, préfère sans doute Dany Boon ou Jamel (plus facile d’abord) au premier degré absurdo déglingué du barbu le plus célèbre de France (après Chabal, cela va sans dire). Pourtant, il fallait en avoir de l’humour, Montebourg et sa marinière… Tiens, une initiative qui rentrerait parfaitement dans le cadre de l’Alliance Bleue. Justement, cette Alliance Bleue, quelle a été son aura en ce lundi soir hivernal de décembre? Le gourou a-t-il su convertir de nouveaux adeptes à sa religion?  Et bien, oui. Introduisant l’éminence bleue avec le fameux Pépito, le ton semble être donné. Ce soir, nous allons vivre un concert pas comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un concert? Alors même que Tellier nous invite à choisir entre un concert classique ou un bordel monstre (on devine quel a été le choix du public), c’est un déluge sonore qui s’abat sur l’enceinte avec « Against The Law » où Sébastien (alias Maman comme il aime être appelé… hum) fait figure de guitar hero sorti tout droit de avec sa Flying V bleue, cette guitare que l’on croyait enterrée avec Van Halen & co. « Cochon Ville », le single, prend des allures de strip tease, respectant ainsi la pureté initiée dans les livres de l’Alliance. Invitant sur scène les amateurs de danse effeuillée, le maître voit ainsi sa prophétie s’accomplir, l’amour et la nudité. Réclamant sa vodka et sa clope, le concert prend des allures de show absurde où les blagues fusent et les réflexions philosophiques décalées prennent à chaque fois une dimension surréaliste (le fou, dans sa tête, il n’est pas fou…). Car un concert de Sébastien Tellier, c’est forcément surréaliste, à mille lieux du show tradi calibré pour respecter je ne sais quelle cohérence de tournée. Comment bouder son plaisir? Surtout lorsqu’il fait illusion sur scène avec un sosie, à l’intro de « Divine », pour mieux arriver par le fond de la scène et toucher ses fidèles. De retour sur scène non sans difficulté (dur d’enchaîner les vodkas), il n’omettra pas de livrer sa fameuse « Ritournelle » (seul titre de l’indispensable « Politics », un de mes albums cultes, hélas…) ou « L’Amour et la Violence », évoquant un attrait évident pour Christophe dont il ne reprendra pas « La Dolce Vita » comme lors de la tournée Sexuality. Une setlist courte, certes (une petite dizaine de titres) et quelques approximations musicales parfois, mais une expérience inoubliable et une liberté qui nous rappelle à quel point l’art est synonyme d’esprit libre et que les âmes délirantes, facétieuses, chassant la concession et ne cédant pas aux contraintes sont probablement celles qui font avancer le schmilblick. Ce soir, c’est tout le Casino de Paris qui a ri et vibré aux nappes synth pop de « My God Is Blue », bien épaulé par deux apôtres (à la batterie électronique et aux claviers) parfois surpris par les déambulations verbales non contrôlées du gourou. Délicieux comme un bonbon Schtroumpf au fond d’une vodka, le goût de cet événement restera gravé comme un monument de pur hédonisme.

Sébastien Tellier – Pépito Bleu

 
Un nouvel album de Sébastien Tellier est forcément attendu. Rares sont les artistes ayant cette capacité à saisir l’autodérision tout en faisant état d’un certain génie. Tellier en fait partie, cet hurluberlus que l’on associe de manière primaire à Sébastien Charal, euh Chabal, pour de fortes accointances avec la matière capillaire. Issu de la vague french touch, dans le sillon de Air au début des années 2000, le français surprend à chaque album, maniant plusieurs langues, plusieurs styles avec humour, détachement et sans prétention. Purement hédoniste dans sa démarche, il nous livre sa première résolution de l’année avec un « Pépito Bleu » en guise de symbole christique ou de vérité absolue d’un nouveau monde élaboré par ses soins. En attendant « My God Is Bleu » prévu pour début mars, c’est l’heure de goûter à ce Pépito, délicieuse oeuvre à contre courant, intrigante, qui laisse augurer d’une nouvelle étape dans le parcours initiatique de notre gourou.