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Sébastien Tellier, concert Casino de Paris (Paris), Lundi 3 décembre 2012


Sébastien Tellier, c’est le genre de personnage qui agace la bien-pensance, celle d’une Audrey Pulvar à la coupe Robert Smith (au moment d’entrer à la direction des Inrocks) et aux lunettes au K-euros, ou celle des gens trop occupés à bouquiner les dernières sottises sentimentales d’un Marc Levy ou d’un Guillaume Musso. Car Pulvar, au-delà de ses qualités d’analyste politique et sociétale, préfère sans doute Dany Boon ou Jamel (plus facile d’abord) au premier degré absurdo déglingué du barbu le plus célèbre de France (après Chabal, cela va sans dire). Pourtant, il fallait en avoir de l’humour, Montebourg et sa marinière… Tiens, une initiative qui rentrerait parfaitement dans le cadre de l’Alliance Bleue. Justement, cette Alliance Bleue, quelle a été son aura en ce lundi soir hivernal de décembre? Le gourou a-t-il su convertir de nouveaux adeptes à sa religion?  Et bien, oui. Introduisant l’éminence bleue avec le fameux Pépito, le ton semble être donné. Ce soir, nous allons vivre un concert pas comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un concert? Alors même que Tellier nous invite à choisir entre un concert classique ou un bordel monstre (on devine quel a été le choix du public), c’est un déluge sonore qui s’abat sur l’enceinte avec « Against The Law » où Sébastien (alias Maman comme il aime être appelé… hum) fait figure de guitar hero sorti tout droit de avec sa Flying V bleue, cette guitare que l’on croyait enterrée avec Van Halen & co. « Cochon Ville », le single, prend des allures de strip tease, respectant ainsi la pureté initiée dans les livres de l’Alliance. Invitant sur scène les amateurs de danse effeuillée, le maître voit ainsi sa prophétie s’accomplir, l’amour et la nudité. Réclamant sa vodka et sa clope, le concert prend des allures de show absurde où les blagues fusent et les réflexions philosophiques décalées prennent à chaque fois une dimension surréaliste (le fou, dans sa tête, il n’est pas fou…). Car un concert de Sébastien Tellier, c’est forcément surréaliste, à mille lieux du show tradi calibré pour respecter je ne sais quelle cohérence de tournée. Comment bouder son plaisir? Surtout lorsqu’il fait illusion sur scène avec un sosie, à l’intro de « Divine », pour mieux arriver par le fond de la scène et toucher ses fidèles. De retour sur scène non sans difficulté (dur d’enchaîner les vodkas), il n’omettra pas de livrer sa fameuse « Ritournelle » (seul titre de l’indispensable « Politics », un de mes albums cultes, hélas…) ou « L’Amour et la Violence », évoquant un attrait évident pour Christophe dont il ne reprendra pas « La Dolce Vita » comme lors de la tournée Sexuality. Une setlist courte, certes (une petite dizaine de titres) et quelques approximations musicales parfois, mais une expérience inoubliable et une liberté qui nous rappelle à quel point l’art est synonyme d’esprit libre et que les âmes délirantes, facétieuses, chassant la concession et ne cédant pas aux contraintes sont probablement celles qui font avancer le schmilblick. Ce soir, c’est tout le Casino de Paris qui a ri et vibré aux nappes synth pop de « My God Is Blue », bien épaulé par deux apôtres (à la batterie électronique et aux claviers) parfois surpris par les déambulations verbales non contrôlées du gourou. Délicieux comme un bonbon Schtroumpf au fond d’une vodka, le goût de cet événement restera gravé comme un monument de pur hédonisme.

Peugeot Design Lab pour Pleyel

Découvert mardi 20 novembre lors de la soirée des Arts And Business Club dédiée consacrée au design, le nouveau piano Pleyel est un bouleversement dans le design de l’instrument roi et son utilisation. Les règles de fabrication ont été bousculées et Peugeot Design Lab a sur relever un challenge particulièrement corsé, à savoir respecter l’exigence des puristes du son et apporter une touche d’avant-garde au design du piano dont les derniers brevets ont été déposé en… 1906.
Futuriste, épuré et lorgnant vers un Phantom Of The Paradise du XXIIème siècle, ma première réaction fut mitigée, imaginant difficilement l’objet dans le contexte d’un orchestre, sur scène, côtoyant le classicisme et le bois vernis d’un violoncelle. Ensuite, j’ai dû laisser cet excès de « traditionalisme » de côté et revoir mon jugement. Considérant l’aspect innovant et l’ingénierie des équipes qui ont contribué à briser les codes de l’instrument à cordes frappées instaurant une esthétique racée et une ergonomie  pour le moins novatrice. La vraie surprise vient du rendu sonore, l’exigence majeure de Pleyel : un son subtil, coloré, puissant dans les graves et scintillant dans les aigus, harmonisé sur le timbre. Et conserver le toucher initial.
Revisiter le piano, s’engager dans l’avenir et imaginer un nouveau rapport artiste/public, c’est aussi l’immense innovation émanant des studios de Peugeot Design Lab. En effet, pour la première fois dans l’histoire, le public voit l’artiste jouer depuis n’importe quel angle de vue. Cela met en valeur les mains du pianiste et crée une interaction plus grande avec le public. En outre, le mécanisme abaissé n’entrave plus la projection sonore qui devient par conséquent immédiate. Approuvé par des pianistes de renom, ce piano pourrait bien trouver sa place sur scène et s’échapper de la simple idée de concept.

The Chameleons, trésor caché du rock


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écouverts sur ma plateforme préférée (Qobuz, à force de la nommer, je vais finir par être accusé d’un prosélytisme « Steve Jobsien » ou pire d’être un agent infiltré de la plateforme musicale haute définition), The Chameleons ou l’art de la pratique post punk. Nous sommes au début des années 80 en Angleterre, Joy Division a ouvert la voix à ceux qui rêvaient d’un punk plus « intello » et moins destroy, les Smiths envisagent le romantisme dans le rock saupoudré d’une rebellion envers le pouvoir Thatcherien et les Cure font cohabiter étrangeté et prémices du gothique. J’y retrouve également quelques éléments qui m’évoquent les premiers albums de Midnight Oil (dans l’état d’esprit et le son), autre découverte fatale de mon adolescence (merci au paternel et à sa collection de Cds, que j’ai dépassé depuis quelques temps maintenant). Adoubés par John Peel en personne, j’ai eu du mal à sélectionner un titre représentatif de leur (courte) discographie. Cela dit, « A View From A Hill » constitue un vrai joyau de songwriting enrobé d’une atmosphère délicieusement embrumée et d’une beauté saisissante. Et puis, c’est le dernier morceau de l’album « Script Of The Bridge »(1983) considéré, à très juste titre, comme un indispensable. A découvrir de toute urgence !

Creative Mornings avec Mirwaïs et Laetitia Masson

creative mornings_laetitia masson_mirwais

Immédiatement après avoir été informé (via Twitter) du Creative Mornings de ce mois de novembre, je me suis rapidement inscrit car il était évident que la thématique suivante allait mobiliser notre ligne éditoriale : « Deux artistes et entrepreneurs évoque la création autrement, à la marge du système et grâce aux nouvelles technologies. » Les artistes en question n’étaient d’autre que le musicien producteur Mirwaïs et la réalisatrice Laetitia Masson (en ce moment en train de collaborer sur un film). Et leur point de vue étaient forcément pertinents, sortant des sentiers battus des stratégies marketing traditionnelles de l’industrie du cinéma vouées à une évidente disparition (la musique ayant déjà emboité le pas). Alors, pour éviter de nous embarquer dans de longues phrases et suivre la ligne Twitter (celle qui nous a embarqué dans les Salons Marboeuf), nous avons relevé quelques passages clés de cette conférence et nous terminerons en musique avec l’excellente « Naive Song » de Mirwaïs :

@Mirwaïs
Celui qui gagne, ce n’est pas celui qui crée mais celui qui diffuse.
@Mirwaïs
Le créateur doit savoir diffuser, ce n’est pas une question d’argent mais de networking.
@Mirwaïs
La simplification de la technologie bouleverse le principe de création.
@Mirwaïs
La pop culture n’échappe pas à l’imposture (quid de l’art contemporain).
@Laetitia Masson
La pub récupère la création contemporaine et les agences de communication peuvent jouer le rôle de distributeur en élevant la création.
@Mirwaïs
La société a besoin d’artistes. Pourquoi tant de mauvaise musique dans les charts?
@Laetitia Masson
L’artiste a un rôle dans la société. Il n’est pas censé être dans l’establishment.
@Mirwaïs
La création, c’est créer son identité.
@Laetitia Masson
La musique ne doit pas être codée. On doit pouvoir créer des associations entre gens du même bord.
@Mirwaïs
Formuler, passer à l’action avant de réfléchir aux moyens. L’idée étant de raccourcir le temps entre deux productions.


Julee Cruise – Floating Into The Night

Classée dans l’onglet « Discothèque idéale Qobuz », Julee Cruise ne retient pas immédiatement l’attention. Et pourtant, elle trouva une place de choix auprès de David Lynch lorsqu’il travailla sur la musique de son éminente série Twin Peaks. Typiquement, « Falling » est le genre de chansons (le riff de guitare y est pour beaucoup) que l’on a entendu mille fois et dont on peine à identifier l’auteur. Faisant suite à cette belle découverte, je poursuis l’écoute et m’empare de l’album « Floating Into The Night », une vraie pépite qui a probablement inspiré El Perro Del Mar (par ailleurs superbe) et tout un pan de la scène downtempo indie shoegazing. Splendide et hautement recommandable.


Velvet Underground Revisited

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister au concert-hommage rendu au Velvet Underground l’an dernier à La Cité de la Musique (dans le cadre du Festival Days Off), Citedelamusiquelive.tv vous permet de vivre un instant gracieux avec quelques pointures de la scène pop actuelle : Gaz Coombes (Supergrass), Nigel Godrich (le producteur que l’on ne présente plus), Joey Waronker (batteur de Beck notamment), Nicolas Godin (moitié du duo d’Air), Colin Greenwood (bassiste de Radiohead)… Supergroupe monté pour l’occasion, c’est avec délectation que l’on retrouve les grands morceaux de Lou Reed and co interprétés avec talent par des fans respectueux d’une des oeuvres majeures de la musique contemporaine du vingtième siècle. Chapeau également pour l’ambiance visuelle.

A découvrir ici.

Jason Lytle – Dept. Of Disappearance (2012)

 
C‘est en parcourant les bacs à disques de la Fnac (profitons-en avant qu’elle les remplace par des lave-linge ou des fours à micro-ondes) que mon regard s’est posé sur la pochette du nouvel album de Jason Lytle, leader de feu (ou pas) Grandaddy, groupe génial et définitivement mésestimé. Sans aucune hésitation, je m’empare de la galette persuadé que ce « Dept. Of Disappearance » fera le bonheur de mes longues sessions musicales du dimanche. La première écoute montre que le natif de Modesto (Californie) n’a rien perdu de son sens de la composition pop et des arrangements de synthés bricolo analogiques. La chanson « Dept. Of Disappearance » annonce clairement un retour vers le meilleur de Granddady sur l’album « Sumday » avec un final crescendo non sans rappeler les envolées d’un « Yeah Is What We Had ». Idem pour « Matterhorn », magnifique titre évoquant les sommets enneigés avec toujours cette once de nostalgie présente dans la voix. Sur « Young Saints », on arrive presque à retrouver la patte d’un Neil Young (« Your Are Gone ») tandis que « Get Up And Go » ouvre une éclaircie lumineuse vers une pop que n’aurait pas reniés les Beach Boys. Alors que les tics de production de Jason (petits gimmicks de synthés ou arpégiateurs) parsèment les chansons de l’album, « Last Problem Of The Alps », plus introspectif, nous renvoie à Mercury Rev, autre grand nom d’une pop américaine dite symphonique, mais également au « He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot », morceau de bravoure de l’album « The Sophtware Slump » paru en 2000. Sur « Somewhere There’s A Someone », on jurerait entendre une mélodie disparue de Lennon, jusqu’à l’entrée du mellotron et d’une légère session rythmique, alors que « Your Final Setting Sun » parvient à insuffler l’énergie contenue d’une power pop d’excellente facture jouée par un groupe au complet (ce qui n’est pas le cas ici, Jason Lytle ayant joué de tous les instruments). Enfin, « Gimme Click Gimmy Grid », comme son nom l’indique, (considérant le titre révélant un jargon propre à la musique « programmée ») est une tentative électro lo-fi planante peut-être un peu poussive et pas à la hauteur des titres précédents. Qu’importe, avec ce deuxième album solo, le californien donne une densité plus important à ses chansons quitte à rompre avec la fraîcheur de sa carrière solo naissante (l’album « Your Truly, The Commuter » sorti en 2009).


MC Hammer featuring Barack Obama

 
En ce premier week-end de victoire à la présidentielle pour Barack Obama, il était difficile de ne pas relayer ce montage vidéo/son plutôt drôle et particulièrement réussi issu des Barack Dubs, l’initiative mashup d’un individu non identifié voulant faire émerger les talents hip-hop du président américain. Parce que Barack est désormais intouchable, on se jette sur ce brand new « Can’t Touch This » de MC Hammer sans plus tarder.


Buck 65, concert à La Maroquinerie (Paris), Mardi 6 Novembre

Buck 65, c’est une longue histoire, amorcée avec l’album « Talkin’ Honk Blues » en 2003 et l’excellent « Wicked And Weird qui a tourné en boucle tout l’été, sur la route des Eurockéennes, la vingtaine à peine entamée. Evidemment, le canadien fait partie des meubles, avec son abstract hip-hop teinté de country, de blues, de rock et de musique électronique, le tout avec un goût pour les histoires croustillantes, non dénuées d’un humour piquant (« Superstars Don’t Love ») ou l’appropriations des tendances audiovisuelles du moment (« Zombie Delight »). Ultra prolixe, Richard Terfry a sorti près d’un album par an depuis sa signature chez Warner en 2003, multipliant les collaborations (dont l’exquis projet Bike For Three! (2009) avec Joëlle Phuong Minh Lê, responsable de la production électronique de l’opus) et les featurings improbables (Olivia Ruiz, Electrelane…). En ce mardi de novembre frisquet, c’est un Buck qui retrouve une Maroquinerie pleine à craquer, visiblement prête à accueillir beats, flow éraillé et déambulations approximatives du canadien qui a délaissé ses traditionnels costards de scène pour une tenue plus urbaine, avec casquette vissée sur la tête et désir de s’approprier la scène avec danses improbables et mimes cocasses. Solo, il enchaîne ses titres avec quelques scratchs qui parsèment un set non sans surprises allant jusqu’à s’approprier un classique eighties (le « Smalltown Boy » de Bronski Beat alias Jimmy Sommerville) ou changer l’instrumental de « Wicked And Weird » (un des thèmes d’Amélie Poulain signé Yann Tiersen). Alors qu’il évoque la sortie de son prochain album pour avril 2013, Buck descend de la scène, check le son de l’une de ses prochaines productions et disparaît un instant avant de revenir pour un rappel où il reviendra une nouvelle fois dans le public serrer quelques paluches et engager la conversation. Accessible, aventureuse et complètement atypique, cette musique urbaine servie par un cow boy cool et racé des temps modernes est à découvrir sur scène (et ça tombe bien, il sera de retour à l’Olympia au mois de février prochain!).

« Zombie Delight » (« 20 Odd Years », 2010)


Rone – Tohu Bohu (2012)

La french touch n’est pas toujours là où on l’attend. La musique électronique française faisant actuellement l’objet d’une exposition au Musée des Arts Décoratifs (focalisée sur l’axe graphique), il est intéressant de constater que les écuries Ed Banger ou Record Makers ne sont pas les uniques dénicheurs de beats ravageurs, de plages ambiantes ou de barbus gourous. Grand amateur de la sphère Nathan Fake, Boards Of Canada ou M83, les confins de la toile m’ont guidé vers Rone, un musicien électronique français qui sévit depuis quelques années sur le label Infiné. Adoubé par les plus grands (Massive Attack en tête), il s’est installé « logiquement » à Berlin, berceau de la techno minimale, pour concevoir « Tohu Bohu », un album cotonneux et aérien. Rone ne juge que par la synthèse et la progressivité de ses mélodies, inspirées et jamais éloignés d’un paradis perdu (« Tempelhof », « Parade »). La musique de Rone renvoie au rêve, à un espoir relativisé par l’évidente domination de la machine, un schéma sonore qui nous renvoie directement au cinéma d’Andrew Niccol (« Bienvenue à Gattaca ») ou à la folie palpable d’un Lars Von Trier (« Melancholia »). Mais nous sommes déjà loin, très loin dans le temps, et avant d’explorer les tréfonds de nos esprits chercheurs, laissons Rone s’emparer une quarantaine de minutes de l’espace sonore…

Extrait, « Parade »de l’album « Tohu Bohu » (Infine 2012)